Catégorie : 18 Chroniques de Serge

  • Notre Dame de Paris

    Notre Dame de Paris

    Notre-Dame de Paris poursuit sa résurrection

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    Dans la soirée du 15 avril 2019, un incendie ravageait la charpente de la cathédrale, faisant tomber sa flèche de plomb haute de 96 mètres. Trois ans et demi plus tard, Notre-Dame de Paris,  symbole intemporel de Paris et chef-d’œuvre de l’architecture gothique, renaît progressivement de ses cendres… tel le Phénix. Ce chantier titanesque devrait s’achever en 2024.

    La flèche de la cathédrale Notre-Dame était en cours de restauration quand l’incendie s’est produit. L’échafaudage, installé à cet effet, a résisté à l’effondrement de la flèche, mais il a été déformé par la chaleur du brasier. Il était constitué de 40 000 pièces qui ont été soudées entre elles par les flammes. D’un poids total de 200 tonnes, elles menaçaient les voûtes et la structure même de la cathédrale.

    ND2
    Après plusieurs opérations de nettoyage des poussières de plomb puis ensuite la pose d’un revêtement translucide par la Ville de Paris, le parvis de la cathédrale a pu rouvrir au public fin mai 2020. D’un coût de 165 millions d’euros, la sécurisation de l’édifice a été entreprise dès le lendemain du sinistre et sa consolidation a pris fin à l’été 2021. Quant à la restauration proprement dite de la cathédrale, elle a débuté cette année 2022, avec la reconstruction en avril des voûtes, ce qui a nécessité l’extraction de pierres provenant d’une carrière dans le département de l’Oise.

    La dépose du grand orgue

    Parallèlement au démontage de l’échafaudage, pendant que les compagnons du Tour de France travaillaient au sommet, une autre opération délicate s’imposait : la dépose du grand orgue, le plus grand de France qui, heureusement, était resté intact. Mais ses 8000 tuyaux (certains font 10 mètres de haut tandis que d’autres sont de la taille d’un stylo), 7 sommiers, 5 claviers et son pédalier, avaient été recouverts par la poussière de plomb soulevée lors de l’effondrement de la voûte.

    Une fois démonté, 6 mois seront nécessaires pour nettoyer et restaurer le grand orgue dans les règles de l’art.

    En revanche, l’orgue de chœur a été endommagé par l’eau. Cheville ouvrière de la liturgie au quotidien, il a été abondamment arrosé par les eaux projetées pour lutter contre l’incendie, ainsi que les suies chargées de plomb qui ont recouvert l’instrument. Après expertise, seule une partie de sa tuyauterie est réutilisable. La console, l’ensemble de la tuyauterie bois, ainsi que les systèmes de soufflerie et de transmission seront à reconstruire à neuf.

    Chefs-d’œuvre de l’art médiéval

    Les trois portails de la façade Ouest, ouverts  sur la ville, sont toujours inaccessibles. Il s’agit du portail de la Vierge Marie, mère du Christ, à qui la cathédrale est dédiée, de celui du jugement dernier (XIIIe siècle) et enfin du portail de Sainte-Anne. Construits vers 1220, tous trois représentent des chefs-d’œuvre de la sculpture du Moyen âge, complétés par des restitutions du XIXe siècle. Ils ont été conçus comme une entrée triomphale, symbole des portes du paradis, et constituent un témoignage de la riche histoire de Notre-Dame et de sa continuité dans le temps.

    ND4
    Inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco au titre des Rives de la Seine, Notre-Dame de Paris, témoin historique du génie humain puisque édifiée il y a près de 860 ans, a vu sa première pierre posée en l’an 1163. Restauré ensuite sous la direction d’Eugène Viollet-le-Duc et de Jean-Baptiste Lassus de 1844 à 1864, c’est le monument le plus visité d’Europe.  

    Selon le président de la République, qui s’est rendu mardi 15 avril 2021 sur le chantier de la toiture, la réouverture de la cathédrale aura lieu en avril 2024, c’est-à-dire pour la célébration des fêtes chrétiennes de Pâques.

    Serge MOROY

  • Christian Zuber

    ZuberLe 23 juillet 2005, la cause animale perdait l’un de ses plus ardents défenseurs
    Christian Zuber nous quittait des suites d'un cancer. Il avait 75 ans.
    L'homme savait que c'était son dernier combat, le plus terrible pour ce grand explorateur, qui avait pourtant connu bien des frayeurs sur ce globe qu'il connaissait par cœur.
    Un combat très inégal contre une maladie insidieuse et impitoyable. Jusqu'au bout Christian aura lutté, s'étourdissant de travail et ne laissant surtout rien paraître aux autres de sa maladie : c'eut été pour lui un aveu de faiblesse et une démission devant la tâche inlassable qu'il s'était assignée.
    Car Christian était un véritable bourreau de travail pour lui-même. J'ai encore le souvenir de l'entretien qu'il m'avait accordé début novembre 2002 pour Infos-Ciné dans les locaux d'un studio de production à Boulogne Billancourt (Hauts-de-Seine) où il achevait le montage d'une émission pour la fondation Bardot destinée à la télé (cf. Infos-Ciné 53 – mars 2003). Au cours de cette entrevue, si courte fut-elle, j'ai pu découvrir et apprécier toute sa dimension humaine, c'est-à-dire un mélange extraordinaire de force, de conviction, de détermination et de cordialité spontanée.
    Cet homme infatigable, à un âge où tout un chacun aspire à une retraite paisible et méritée, loin des soucis et des trépidations de la vie active, refusait obstinément de poser les valises. D'ailleurs, il avait le complexe de l'âge et refusait de vieillir. Estimant qu'une vie n'est intéressante que si elle est motivée par un engagement personnel, Christian définissait son devoir comme devant être là où l'on massacre, bat, torture, mutile, exploite les animaux afin de dénoncer et témoigner devant le tribunal du genre humain. Il avait du cran et ne mâchait jamais ses mots devant quiconque, qui qu'il soit. Son arme, fidèle et efficace, était avant tout sa caméra et son appareil photo et, dans ce domaine, il faisait sans conteste figure de leader emblématique.
    Cet ardent défenseur de la faune animale savait pertinemment que son combat était loin d'être terminé. En bon pédagogue (son premier métier était enseignant), il n'avait jamais cesser de sensibiliser les jeunes générations à la sauvegarde des espèces et à la protection de la nature grâce à ses émissions télé, ses longs-métrages et aussi ses livres sur ces expéditions. Son slogan était d'ailleurs resté le même depuis le début, une profession de foi inébranlable pour ce grand reporter : c'est l'information qui sauvera la nature !
    Ne félicitons surtout pas la télévision qui avait passé sous silence sa disparition, lui qui l'avait pourtant si bien honorée avec sa célèbre série animalière Caméra au poing (apparue sur les écrans fin 1972). On lui aura certainement préféré des Reality Show ou autres niaiseries (je veux rester poli) dont on nous abreuve à gogo aujourd'hui et qui flatte assurément le mauvais goût des téléspectateurs.
    Malgré tout, les multiples combats de Christian n'auront pas été vains. Des progrès considérables ont été obtenus et des espèces sont désormais protégées dans de nombreux pays grâce à lui. Nous et nos enfants lui sommes redevables de notre bien-être car « ce n'est pas uniquement pour protéger des espèces animales que nous nous battons, c'est aussi pour la beauté de la nature et son harmonie indispensable au bonheur de l'homme » (L'arche de Noé – Edition Flammarion – 1974).
    En ce qui me concerne, il me sera maintenant difficile de contempler le spectacle de la nature sauvage sans avoir une pensée émue et sincère pour Christian ZUBER. S. Moroy
  • Potemkine

    Potemkine

    POTEMKIN 1905
    ODESSA, plus grand port ukrainien donnant sur la mer Noire, est une ville stratégique pour les Russes qui occupent déjà Kherson. Je ne peux m’empêcher de songer à la séquence des escaliers d’Odessa, tirée du film POTEMKINE, chef-d’œuvre de Sergueï Eisenstein (1925).

    L’action, qui prend presque la véracité d’un documentaire, se situe pendant la guerre russo-japonaise de 1904 à 1905. L’équipage du cuirassé Potemkine, révolté par les mauvais traitements infligés par ses officiers, s'est mutiné.
    La population d’Odessa, où est accosté le navire, fraternise avec les rebelles et leur apporte des vivres. Mais un matelot a trouvé la mort et la ferveur révolutionnaire monte peu à peu.
    Le gouvernement tsariste donne l’ordre à l’armée de disperser la foule.
    La scène des escaliers monumentaux d’Odessa, d’où les cosaques descendent, fusil au poing, pour déchirer la foule, reste un morceau d'anthologie.
    Eisenstein nous révèle de façon poignante ce terrible drame historique survenu le 29 juin 1905. Depuis, le grand escalier Richelieu a été rebaptisé escalier Potemkine.
    S Moroy, 6 mars 2022
    Potemkine0
  • Hôtel Berlin 43, Vicki Baum

    Hôtel Berlin 43, Vicki Baum

    Vicki BaumHOTEL BERLIN 43
    VICKI BAUM
    METAILIE
    Écrit en pleine guerre, ce roman de Vicki Baum ressuscite dans sa version originale et sans censure pour la rentrée littéraire 2021.
    Parmi la production foisonnante de la rentrée littéraire 2021 (521 romans, dont 379 français et 142 étrangers) figure le roman de Vicki Baum, Hôtel Berlin 43, publié aux éditions Métailié. Il raconte avec un réalisme surprenant ce que personne en Allemagne n’avait osé imaginer en 1943.
    Il ne s’agit donc pas d’un livre contemporain puisqu’il est sorti pour la première fois en 1944 et qu’il a connu la censure et des coupures au fil de ses retirages successifs, notamment tous les passages érotiques et ceux où l’auteur critiquait l’Allemagne nazie.
    Il était donc justifié que ce livre ressorte enfin dans une traduction fidèle à l’œuvre originale.
    Née en Autriche en 1888, Vicki Baum a rédigé ce livre depuis son exil aux Etats-Unis où elle obtiendra la citoyenneté américaine en 1938. Elle avait en effet des origines juives et a été déchue de sa nationalité, tandis que ses livres étaient brûlés dans les autodafés du Troisième Reich.
    Dans Hôtel Berlin 43, elle essaye d’imaginer ce qui a pu se passer dans son pays qu’elle a dû quitter précipitamment en 1931.
    Après la guerre, Vicki Baum voyagera en Europe, mais ne retournera jamais en Allemagne ni en Autriche.
    Un microcosme du Troisième Reich
    Ce grand hôtel berlinois, qui a subi les bombardements des Alliés, est une sorte d’annexe semi-officielle du gouvernement hitlérien en même temps qu’une vitrine de la propagande nazie. On y organise des grandes réunions diplomatiques et l’on y scelle d’importants accords commerciaux entre pays. Les généraux allemands viennent y prendre un peu de repos aux bras d’actrices et de quelques prostituées mises à leur disposition.
    L’intrigue se déroule dans un huis-clos et sur une durée de vingt-quatre heures selon le sacro-saint principe du théâtre : unité de temps, de lieu et d’action. Son suspense repose sur le jeu du chat et de la souris, c’est-à-dire entre les agents de la Gestapo et Martin Richter, leader d’une révolte d’étudiants à Leipzig, qui a échappé à ses bourreaux la veille de son exécution.
    Cependant une rumeur circule selon laquelle il serait peut-être caché là où on l’attendrait le moins, c’est-à-dire dans cet hôtel surveillé par la Gestapo.
    Entre théâtre et cinéma
    L’ambiance du théâtre est donc prégnante.
    Il faut dire que Vicki Baum a eu la chance de voir plusieurs de ses livres adaptés au théâtre et au cinéma. Elle possède en effet un vrai sens du scénario, du rebondissement et du coup de théâtre avec des personnages qui se cachent, se déguisent et évoluent. A la lecture, on a l’impression que certaines scènes ont été pensées pour une future adaptation, avec des fondus enchaînés entre deux chapitres et de bons dosages de suspense, d’érotisme et d’humour dans un contexte historique éminemment dangereux. Peter Godfrey réalisera d’ailleurs en 1945 « Hôtel Berlin », un film produit par la Warner et dont l’intrigue s’inspire du roman.
    Mais au-delà de ce côté théâtral, on sent chez l’auteur un véritable effort pour sonder le ressenti de ses compatriotes. A cet effet, elle a créé toute une galerie de personnages animés par leurs propres histoires et drames.
    Chacun poursuit son être, disait Spinoza et, dans cet hôtel, chacun poursuit sa vie avec les moyens dont il dispose pour améliorer son ordinaire ou un semblant de paraître, tout en croyant toujours ou non en la victoire de l’Allemagne nazie : l’employé de réception, Kauders lieutenant en permission devenu fou, Von Dahnwitz le général vainqueur de Kharkov, fatigué et venu prendre du bon temps, Helm, commissaire rusé de la Gestapo, Tilli la prostituée, Lisa Dorn l’actrice préférée du Führer, etc.
    Des personnages certes un peu caricaturaux au début, mais qui gagnent en ambivalence au fur et à mesure que l’action va progresser.
    Sous prétexte de fiction, Vicki Baum imagine avec clairvoyance ce qui va arriver à l’Allemagne. Elle le fait sans concession et d’une manière assez visionnaire puisque le livre, rappelons-le, rédigé pendant l’été 1943, décrit par exemple une attaque aérienne sur des civils… qui n’existait pas encore à cette époque.
    Une préface en guise de conclusion
    Dans sa préface à l’édition de 1947 (la première aura lieu en 1944 en anglais), Vicki Baum déclarait :« J’ai peu de choses à ajouter aujourd’hui, sinon que je souhaiterais que les Allemands, tout comme leurs adversaires d’hier, établissent une différence claire entre responsabilité et faute. La faute de la guerre incombait, incombe aux dirigeants allemands qui ont précipité sans raison le monde entier dans ce malheur effrayant. Mais la responsabilité de l’issue dévastatrice de cette guerre incombe au peuple allemand qui n’eut ni le courage ni le désir de renverser ses dirigeants quand il en était encore temps. Mon livre ne prétend être rien d’autre qu’un petit miroir, sans doute un peu trouble, dans lequel se reflète le visage de l’Allemagne tel qu’on pouvait le voir deux ans avant la fin de la guerre. » Serge Moroy

    Extrait choisi (pages 56-57-58) :

    Le serveur venait de faire tomber une cuiller quand on frappa timidement à la porte. C’est le général pensa-t-elle (car même dans ses pensées, elle se sentait rarement assez intime pour l’appeler par son nom), et elle dit, une légère nuance de déception dans la voix : « Entrez ». Terminée, ma soirée tranquille, songea-t-elle. La porte s’ouvrit avec hésitation, deux hommes en uniforme se tenaient sur le seuil. Lisa se leva.

    –  Que la Fraulein veuille bien nous excuser. Nous sommes de la police, dit l’un d’eux.

    –  La police ? s’étonna Lisa. Que voulez-vous ?

    – Nous sommes désolés de déranger la Fraulein, dit le plus grand. Mais les ordres sont les ordres. Nous devons perquisitionner toutes les chambres.

    – Dans votre cas ce n’est qu’une formalité, bien sûr, Fraulein Dorn, ajouta l’autre.

    – Faites comme chez vous, messieurs, dit Lisa, assez amusée par l’embarras des policiers. Cela ne vous dérange pas que je prenne mon souper avant qu’il ne soit froid ? Vous voulez une cigarette ?

    – Merci, Fraulein, dit le plus grand.

    – Merci, Fraulein dit le plus petit.

    Ils se servirent avec avidité dans le petit coffret doré. « Excusez-nous », dirent-ils à l’unisson avant de déambuler dans la pièce. Lisa les observait tout en tendant sa tasse au serveur pour qu’il y verse un liquide marron appelé café. C’était comme au théâtre. Le plus grand approchait du lit de l’alcôve comme s’il risquait de lui exploser au visage à tout instant. Il maîtrisa difficilement son regard exorbité et son petit sourire en lorgnant sur la chemise de nuit de mousseline bleue. L’autre se perdait dans les profondeurs de la garde-robe, entre les nouvelles tenues, ne cessant de lui lancer de curieux regards obliques. Ils jetèrent un coup d’œil de pure forme  au balcon puis pénètrent dans la salle de bain. Le tout avait à peine duré deux minutes.

    – Excusez-nous, dirent-ils en réapparaissant. Le petit rassembla tout son courage : Je n’aurais jamais imaginé avoir l’honneur de faire personnellement la connaissance de Lisa Dorn. Ma femme sera bien étonnée quand je lui raconterai. Et ma petite fille… serait-ce trop vous demander de vous prier de me donner un autographe ? Ma fille en fait collection. Merci infiniment, Fraulein, vous êtes très gentille.

    – Je vous ai vue dans L’amour par le bout du nez, Fraulein Dorn, dit l’autre. Je ne vais pas beaucoup au cinéma mais ce film m’a vraiment plu.

    Il parcourait son négligé du regard. Lisa en eut soudain assez.

    – Bonne nuit, messieurs. J’espère que vous trouverez ce que vous cherchez.

    – Excusez-nous, firent-ils en chœur, se dirigeant vers la porte en trébuchant. Nous ne faisons que notre devoir : excusez le dérangement. Heil Hitler.

    Quand la porte se referma, Lisa fut frappée d’une pensée déplaisante. Elle se précipita dans la salle de bain. Son précieux savon Roger & Gallet était toujours là. Dieu merci. Mais le petit morceau de savon gris rationné avait disparu du lavabo. Tandis qu’elle hésitait entre colère et rire, un bruit mat provint de sa chambre. Elle ouvrit la porte. Le serveur s’était évanoui. Pendant quelques instants de confusion, Lisa ne sut que faire. Tout ce qu’elle avait appris dans la formation de la Croix-Rouge s’était envolé. S’agenouillant, elle souleva la tête du jeune homme, versa de l’eau sur sa serviette de table, lui tamponna le visage. Elle se souvient enfin qu’il fallait desserrer le col et ouvrir la chemise. Après s’être cassé un ongle dans sa tentative, elle considéra d’un air impuissant ce procédé inconnu. La chemise se dénoua soudain, se défit d’une secousse. Ce n’était qu’un plastron raide et blanc avec une cravate noir et un col de celluloïd. Lisa considéra l’objet avec étonnement ; elle pensait qu’on n’utilisait ce genre de plastron que dans les farces, à des fins comiques. Elle posa avec hésitation les mains sur le torse dénudé de l’homme pour sentir son cœur. Il avait la peau chaude et moite. Ses doigts réticents rencontrèrent une étrange compresse noire, sèche, friable, près de l’épaule gauche et lorsqu’elle la déplaça, une ligne rouge se mit à couleur sur la petite pointe, terriblement inconnue, du sein gauche, et disparut dans le queue-de-pie noir et froissé.

    Au théâtre ou au cinéma, Lisa avait connu d’innombrables situations bizarres qui s’étaient résolues selon les lois strictes et efficaces du drame, mais à présent, la panique l’envahissait. Elle écarta la tête du serveur de ses genoux, celle-ci heurta le parquet avec un bruit mat. Trébuchant sur l’ourlet de son négligé, elle se précipita vers l’alcôve, s’empara du téléphone de la table de nuit et demanda l’opérateur d’une voix rauque.

    -Posez ce téléphone, dit tout à coup l’homme à terre.

    On aurait cru un mort qui se mettait à parler. Lisa en eut le souffle coupé. « Posez ce téléphone », répéta-t-il. Lisa le dévisagea, téléphone à la main, le cœur battant de peur. Il s’était redressé en position assise mais vacillait de vertige. Pour Lisa, c’était comme un rêve où elle se trouverait sur scène pour jouer une pièce dont elle n’avait jamais entendu parler, pour interpréter un rôle dont elle ne connaissait pas la moindre ligne. Dans la seconde qui lui fut nécessaire pour regagner une parcelle de contenance, l’homme se précipita à travers la pièce et arracha la fiche murale du téléphone. Voilà qui lui redevenait familier (Les gens du fleuve, acte II, scène 3), et son esprit s’ouvrit, lui offrit une réplique.

    – Si vous faites un seul geste, je tire, dit-elle d’une pauvre petite voix.

  • NAPOLÉON ET LES FEMMES, Le coup de foudre pour Joséphine

    NAPOLÉON ET LES FEMMES, Le coup de foudre pour Joséphine

    NAPOLÉON ET LES FEMMES 
     
    Josephine
    Le coup de foudre pour Joséphine
     
    Si plus de 200 films relatent l’épopée napoléonienne, celui d’Abel Gance, sorti en avril 1927, émerge nettement du lot. Ce film est actuellement en cours de restauration à la Cinémathèque française, reconstitué dans son intégralité grâce à des séquences retrouvées. Les restaurateurs ont respecté les intertitres d’origine (que j’ai indiqués), mais se sont basés également sur les notes, très explicatives, d’Abel Gance.
    Voici donc celles concernant la première rencontre de Napoléon avec Joséphine de Beauharnais. Coup de foudre immédiat pour l’empereur. La scène se passe au bal du 6 octobre 1795, après que le jeune général ait maté l’insurrection des royalistes à Paris.
    Le général Vendémiaire
    Violine, la jeune cantinière amoureuse de Napoléon, cf. # Napoléon et les femmes (4), sourit en rangeant des vêtements. Tout à coup, elle pâlit et est obligé de s’asseoir. Heureusement que sa compagne ne s’émeut pas de regarder un brillant général, car c’est Bonaparte, éblouissant, qui tend son manteau.
    Bonaparte est méconnaissable et séduisant comme personne n’eût pu le penser. Habillé de neuf, chapeauté d’or, cravaté d’or, ceinturé d’or, avec des éperons qui brillent comme deux étoiles… il passe.
    Violine le suit des yeux, bouleversée. Quand il est passé, elle arrache, de l’énorme plumet du chapeau qu’il a déposé, une plume qu’elle glisse dans son sein.
    Bonaparte entre dans le bal où il fait sensation. La salle, immobile, silencieuse et curieuse, détaille ce jeune et fringant général de la République.
     La brusque notoriété de Bonaparte au lendemain de Vendémiaire s’éclipsait cependant devant la grâce de trois femmes célèbres du moment…
    Madame Tallien
     
    Madame Tallien
    L’huissier annonce son entrée dans le bal. 25 ans. Très belle, très dévêtue, presque licencieuse, ses cheveux d’un noir de velours sont courts et frisés tout autour de la tête ; cela s’appelle coiffure à la Titus. Elle est radieuse, exubérante de santé et de bonheur et reine de la vie facile. Vénus du Capitole, harmonie parfaite.
    Mouvement d’admiration dans la salle. Une cour se forme. L’ancien régime est toujours là dès qu’il s’agit du charme féminin. Bonaparte la regarde, impassible.
     
    Madame RecamierMadame Récamier
    L’huissier annonce son entrée. 17 ans. Beauté, grâce et simplicité d’une Vierge de Raphaël. Aucun bijou. Plus on la regarde, plus on la trouve belle.
    Nouvelle houle d’admiration.
    Une autre cour se forme, peut-être plus grande encore que celle qui, comme un essaim, bourdonne autour de Madame Tallien. Tous les vieux messieurs en sont.
    Bonaparte la regarde, impassible.
     
     Madame de Beauharnais
    L’huissier annonce son entrée. 30 ans. Cette femme met à vivre une grâce qui n’a qu’elle. Au corps, nulle entrave, nul corset, pas même une brassière. Ses mouvements ont une souplesse nonchalante, s’accentuant avec naturel en des poses négligées, qui donnent à sa personne une exotique langueur. Son teint mat, où transparaît l’éclat de l’ivoire, prend une douce animation sous les reflets veloutés de grands yeux bleu foncé, aux longs cils légèrement relevés. Les cheveux, d’une sorte de nuance fulgurante, s’échappent en spirales d’un réseau d’or, et leurs boucles folles viennent encore ajouter un charme indéfinissable à une physionomie dont la mobilité est excessive mais toujours attrayante.
    Sa toilette complète l’aspect vaporeux de toute sa personne ; sa robe est de mousseline de l’Inde, et son ampleur exagérée trace autour de son corps des sillons nuageux. Le corsage, drapé à gros plus sur la poitrine, est arrêté sur les épaules par deux têtes de lion émaillées de noir. Les manches courtes, froncées sur des bras nus fort beaux, ornés au poignet de deux petites agrafes d’or.
    A elles trois, ces femmes ont affolé Paris et vu tomber des personnages les plus illustres à leurs pieds, ces beaux pieds qu’elles portaient nus et seulement chaussés de cothurnes avec des émeraudes aux doigts.
    Troisième vague d’admiration pour Joséphine.
    Cette fois, Bonaparte tressaille.
    Groupe Joséphine. Compliments, admiration d’adorateurs nombreux. Barras, dissimulant mal sa liaison avec Joséphine, est un des plus ardents. Bonaparte se mêle au groupe. Il est près d’elle, fasciné.
    Joséphine s’arrête de rire pour regarder Bonaparte, prisonnier dans le groupe. Cela le gêne. Il rompt la chaîne de fleurs, avance brusquement ; aux cris des admirateurs de Joséphine, il se retourne, les toise, et quitte soudain le groupe. Offusquée Joséphine ne sait que faire, mais elle se décide à rire.
    Joséphine rejoint Madame Tallien et Madame Récamier.
    Elles suivent, très intéressées, Bonaparte, qui ne les voit pas et qui, entouré, encensé, ne sait comment s’évader des compliments.
    Joséphine dit, rêveuse et adorable : « Il est vraiment charmant ce petit Buonaparte ».
    Mesdames Tallien et Récamier se font un signe et s’éloignent…
    Rapide, Joséphine se place sur son chemin, sans en avoir l’air. Bonaparte arrive, la voit, montre son empressement. Elle le regarde curieusement. Il lève les yeux sur elle. Silence doré.
    Bonaparte plonge ses yeux dans ceux de Joséphine. Cela la trouble. Elle se protège derrière son éventail et déclare : « C’est ici, Monsieur Buonaparte, qu’on m’a appelée pour l’échafaud ! ».
    Sources :
    Abel Gance, Napoléon épopée cinématographique (Jacques Bertoin, 1991)
    Abel Gance (Roger Icart, 1983).
    Abel Gance et Napoléon, Cinématographe, revue n° 83 (nov. 1982)
     
    1280px-Le_divorce_de_lImperatrice_Josephine_15_decembre_1809_Henri-Frederic_Schopin15 décembre 1809 Divorce de Napoléon et Joséphine
  • NAPOLÉON ET LES FEMMES, Violine FleurI

    NAPOLÉON ET LES FEMMES, Violine FleurI

    NAPOLÉON ET LES FEMMES, VIOLINE FLEURI
     
    Violine fleuri
    Violine Fleuri, la jolie cantinière qui brûlait d’amour pour l’empereur
    Le « Napoléon », d’Abel Gance (1927), est un film grandiloquent d’une durée de… 5 heures 30 ! Il est actuellement restauré par la Cinémathèque française pour être diffusé à la rentrée 2021 dans une version remasterisée. Il évoque l’histoire de Tristan Fleuri, qui entre au service de Bonaparte, alors consul, et qui l’accompagnera jusqu’à la fin. Sa fille, Violine, âgée de 16 ans, éprouve pour Bonaparte un amour quasi religieux dès qu’elle l’aperçoit pour la première fois à Paris en 1792. Elle sera elle-même femme de chambre de Joséphine, puis aide-cantinière pour suivre Napoléon dans ses campagnes, avant de mourir pendant la terrible retraite de Russie de 1812. Juste avant, Violine aura eu le temps de révéler à l’empereur la passion brûlante qu’elle éprouvait pour lui.
    Fantaisie ou réalité ? Abel Gance a toujours affirmé respecter l’histoire de son grand héros pour lequel il vouait une vive admiration (on n’en a jamais douté). Pourtant aucun historien n’a corroboré l’existence de Violine, rôle tenu par Annabella (1907-1996), dont c’était le tout premier film. Un prétexte pour faciliter l’adhésion du public populaire à son œuvre ? Alors qu’il planchait sur le scénario, Abel Gance déclarait le 15 septembre 1923 (source Cinématographe n° 83, nov. 1982) : « Je me suis permis cependant de dresser dans l’ombre de l’empereur une histoire touchante et obscure pour donner encore plus de relief et d’éclat par contrastes à mon film, et lui éviter la froideur et la raideur continue des tableaux de David par exemple, mais cela, sans jamais changer une virgule de l’histoire. » 
    S. Moroy 
  • NAPOLÉON ET LES FEMMES,  Eléonore Denuelle de la Plaigne

    NAPOLÉON ET LES FEMMES, Eléonore Denuelle de la Plaigne

    Danielle Darieux -Eleonore Denuelle-
    NAPOLÉON ET LES FEMMES 
    Eléonore Denuelle de la Plaigne : celle qui lui prouva qu’il n’était pas stérile
    Dans sa fresque consacrée à Napoléon (1955, durée 3 heures) et qui bénéficie d’une distribution exceptionnelle, Sacha Guitry (encore lui) évoque l’aventure amoureuse de l’empereur avec Eléonore Denuelle de la Plaigne (interprétée par Danielle Darrieux). Éléonore Denuelle de La Plaigne  maîtresse de Napoléon  et mère de son premier enfant.
     
    Dame de service de Caroline Murat, épouse du maréchal de l’empire, dont elle deviendra la maîtresse… avant de s’intéresser de plus près à l’empereur.
     
    En décembre 1806, elle lui donnera un fils, Charles-Léon, lui prouvant ainsi qu’il n’était pas stérile mais plutôt l’impératrice Joséphine de Beauharnais (rôle campé par Michelle Morgan). Hélas pour Eléonore, son impérial amant ne veut plus la revoir – même s’il lui octroiera par la suite une rente confortable – lorsqu’elle viendra frapper aux portes du château de Fontainebleau.
    S. Moroy
  • NAPOLEON ET LES FEMMES « Marie Walewska » Clarence Brown

    NAPOLEON ET LES FEMMES « Marie Walewska » Clarence Brown

    Marie Walewska : sans doute le plus grand amour de Napoléon
     
    Maris Walewska
    « Marie Walewska » (Conquest) est un film américain de 1937 de Clarence Brown qui relate la passion entre Napoléon et Marie Walewska, comtesse polonaise. Le rôle de l’empereur est interprété par Charles Boyer et celui de Marie Walewska par la sublime Greta Garbo qui devient, une fois pour toute, la « Divine ». Une épithète amplement justifiée par sa beauté et son élégance, non démenti dans ses films suivants : « Le roman de Marguerite Gautier » et « Ninotchka ».
    « Je n’ai vu que vous, je n’ai admiré que vous, je ne désire que vous »
    Elle est blonde, a 20 ans et les yeux bleus. Napoléon fait sa rencontre en janvier 1807 alors que ses troupes occupent la Pologne, pays divisé en trois : Autriche, Prusse et Russie. Certains historiens invoquent le fait « qu’elle s’est sacrifiée pour sauver la Pologne » avec la création du Duché de Varsovie. Quoi qu’il en soit, ils sont très épris l’un de l’autre, même si elle semble réticente au début. Bien que mariée, elle devient sa maîtresse et l’empereur va s’organiser de façon à lui consacrer du temps.
    Elle lui donne un fils
    Waleska2 (2)Marie deviendra son « épouse polonaise » et leur amour donnera naissance en mai 1810 à un fils, Alexandre.
    Napoléon apprend sa naissance alors qu’il est en Belgique avec l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche, qu’il choisira pourtant pour devenir la seconde impératrice (choix stratégique et c'était aussi, à l'époque, la plus grande princesse d'Europe).
    Marie Walewska reçoit une dotation très confortable de l’empereur et s’installe pendant deux ans dans une maison à Boulogne-sur-Seine (au 7 rue de Montmorency, toujours visible) avec ses deux fils, dont le leur. Marie Walewska et son fils lui rendront même visite début septembre 1814 alors qu’il est en exil sur l’île d’Elbe.
    Elle mourra en 1817, à l'âge de 31 ans, pendant un accouchement.
    S. Moroy
  • NAPOLÉON ET LES FEMMES  Le destin fabuleux de Désirée Clary, film de Sacha Guitry (1942).

    NAPOLÉON ET LES FEMMES Le destin fabuleux de Désirée Clary, film de Sacha Guitry (1942).

    Le destin fabuleux de Désirée Clary, film de Sacha Guitry (1942).
     
    Desirée Clary (Guitry)
    La vie de Napoléon Bonaparte est une source d’inspiration intarissable dans laquelle romanciers et auteurs ont puisé allégrement. Sacha Guitry (1885-1957) a réalisé ce film en 1942 alors que la France était occupée. Il en a fait la mise en scène, mais aussi le scénario et les dialogues. Qui d’autre que lui, d’ailleurs, pouvait traiter un sujet historique de façon aussi romantique et raffinée, instructive et divertissante avec, toujours, ce brin d’humour piquant qui reste sa marque de fabrique tout au long de son œuvre (125 comédies et 35 films).
     
    Le destin de Désirée Clary est en effet fabuleux. Née à Marseille en 1777, elle mourut en 1860 à Stockholm en tant que reine de Suède. Entre-temps, elle aura été la première fiancée de Napoléon Bonaparte.

    En 1794, Bonaparte, alors jeune général de la République en garnison à Marseille, fait sa connaissance et en tombe amoureux.
    Désirée gaby morlay
    Ils se fiancent avant de partir en Vendée pour prendre, sous Hoche, le commandement de l’artillerie. Bonaparte promet à la jeune fille de l’épouser dès que la guerre le permettra. Finalement, il refuse d’aller mater la répression en Vendée et rejoint Paris où il erre dans l’attente d’une autre affectation.
    Il y rencontre Joséphine de Beauharnais, dont il tombe éperdument amoureux (elle, ambitieuse, y voit le moyen de reconquérir ses titres de noblesse) et l’épouse avant de partir pour la campagne d’Italie. Désirée Clary jure de se venger. Ce qu’elle fait en épousant Bernadotte, qu’elle connaissait à peine mais qu’elle a choisi parce que « il était homme à tenir tête à Napoléon ».
    Devenu empereur, Napoléon se méfie de Bernadotte, mais pour réparer ses torts envers Désirée, il le nomme maréchal d’empire. En 1810, Bernadotte propose sa candidature à la succession de Charles XIII de Suède. Espérant avoir un solide allié dans le nord de l'Europe, Napoléon donne son accord, et c’est ainsi que Désirée Clary devint princesse héritière de Suède. La période qui va suivre nous révélera le rôle de Bernadotte dans la chute de l’empereur et le film se termine en 1840, avec le rapatriement de ses cendres en France sur ordre de Louis-Philippe.
    Nota : C’est Sacha Guitry lui-même qui joue le rôle de Napoléon 1er et Jean-Louis Barrault celui du général Bonaparte. Gaby Morlay incarne Désirée Clary. Un remake américain sera tourné en 1954 (Désirée), avec Marlon Brando et Jean Simmons.
    S. Moroy
    ► Critique du journal L’illustration du 5 septembre 1942 :
    « Après une période de production assez terne, Le destin fabuleux de Désirée Clary ouvre brillamment la nouvelle saison
    cinématographique française. »
    Memorial sainte hélène► Réflexion de Napoléon sur les femmes et la polygamie (Juin 1816) :
    « Si l’homme fait une infidélité à sa femme, qu’il lui en fasse l’aveu, s’en repente, il n’en demeure plus de traces ; la femme se fâche, pardonne, ou se raccommode, et encore y gagne-t-elle parfois. Il ne saurait en être ainsi de l’infidélité de la femme : elle aurait beau l’avouer, s’en repentir ; qui garantit qu’il n’en demeurera rien ?
    Le mal est irréparable ; aussi ne doit-elle, ne peut-elle jamais en convenir. Il n’y a donc, mesdames, et vous devez l’avouer, que le manque de jugement, les idées communes et le défaut d’éducation qui puissent porter une femme à se croire en tout l’égale du mari : du reste, rien de déshonorant dans la différence ; chacun a ses propriétés et ses obligations : vos propriétés, mesdames, sont la beauté, les grâces, la séduction ; vos obligations, la dépendance et la soumission, etc. »
    Extrait du « Mémorial de Sainte-Hélène » du Comte de Las Cases (édition 1895) – Tome II, page 682 – dont je possède un exemplaire. S Moroy
     
  • Une exposition sur Napoléon, Les yeux dans les yeux

    Une exposition sur Napoléon, Les yeux dans les yeux

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    LES YEUX DANS LES YEUX

    Pour le bicentenaire de sa mort, l’empereur des Français sort de nos manuels d’histoire. L’occasion mémorielle pour lever un coin du voile sur un véritable mythe.

    Car adulé ou détesté, le personnage continue de fasciner, faisant chaque jour l’objet d’un article ou d’un livre dans le monde. On lui doit, entre autres, le Code civil (qui inspirera de nombreux pays), le code pénal, la création des lycées et universités, l’Arc de Triomphe, la Bourse de Paris, la Cour des comptes, la Légion d’honneur, l’église de la Madeleine, la numérotation pair-impair des rues de la capitale, le canal de l’Ourcq…

    Avec le concours de la bibliothèque de la Roseraie, l’association Loisirs Jeunes de Villevaudé lui consacre une exposition originale sous forme de dix panneaux, dont quatre consacrés au baron de Percy, père de la chirurgie militaire et qui a résidé dans notre commune à la fin de sa vie.

    IMG_6980Pierre-François Percy (1754-1825) créé une antenne de chirurgie mobile en 1792, sous la Révolution. Il a l’idée d’un corps de santé indépendant et neutre, concept qui inspirera Henri Dunant, fondateur de la Croix-Rouge en 1863. Percy est aussi l’auteur de nombreux ouvrages qui font autorité. Chirurgien en chef de la Grande Armée, il participe à presque toutes les campagnes de l’empereur. Distingué, décoré, récompensé, son nom figurera sur une colonne de l’Arc de Triomphe érigé par Napoléon, dont la construction débute en 1806 pour s’achever en 1836 sous Louis-Philippe. En 1815, la monarchie restaurée, Percy est mis à la retraite et se livre alors à des activités agricoles dans sa propriété au hameau de Bordeaux, à Villevaudé. L’hôpital d’instruction des armées à Clamart (92) porte son nom et affiche, gravée dans le marbre, la profession de foi du médecin militaire.

    IMG_6985L’exposition évoque également le sacre de Napoléon (par lui-même), le 2 décembre 1804 à la cathédrale Notre-Dame de Paris, illustrant les principaux participants : Joséphine de Beauharnais, bien sûr, mais aussi sa mère, ses trois sœurs et quatre frères. On apprend que deux de ses frères, Lucien et Jérôme, ainsi que leur mère, Letizia, n’assistaient pas en fait à cette cérémonie. Sur ordre impérial, le célèbre tableau de David a donc fait quelques concessions avec la réalité, unité du bloc familial oblige.  

    D’autres tableaux représentent l’aigle dans son intimité : son mariage avec Marie-Louise, des scènes de famille avec le roi de Rome, son fils légitime. Car Napoléon a eu d’autres enfants… puisqu’il a connu d’autres femmes.

    IMG_6986Et une autre originalité de cette exposition est justement de les évoquer au travers du cinéma, c’est-à-dire devant la caméra d’Abel Gance, Sacha Guitry, Christian-Jaque, Clarence Brown, Roger Richebé…

    Danielle Darieux -Eleonore Denuelle-Daniele Darieux

    Ainsi Eléonore Denuelle de la Plaigne lui donnera son premier fils, lui prouvant la stérilité de son épouse Joséphine de Beauharnais. Marie Walewska, comtesse polonaise, peut-être l’une de ses plus grandes passions, lui en donnera un second.

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    L’exposition se termine avec un panneau sur les monuments funéraires de la famille Bonaparte, dont le Dôme des Invalides (construit sous Louis XIV) et où reposent les dépouilles de Napoléon 1er et du roi de Rome, et un autre sur une sélection de livres dédiés à l’empereur et à quelques uns de ses contemporains, parfois tombés dans l’oubli :

    Pellapra-emilie.0.pellapraEmilie Pellapra, fille naturelle de l’empereur, (photo ci-contre)  Régula Engel, surnommée l’Amazone de l’empereur ou encore le comte de Las Cases, qui recueillera ses mémoires pendant son exil à Sainte-Hélène.

    L’exposition est gratuite. Visible jusqu’à fin décembre 2021 à la bibliothèque de la Roseraie, à l’entrée du parc municipal, 16 rue Charles de Gaulle (face à la mairie).

    Du lundi au samedi de 10 heures à 12 h 30 et le mercredi de 14 heures à 18 heures.

    Pass sanitaire et port du masque obligatoires. SM