Catégorie : 18 Chroniques de Serge

  • Le Père Noël est-il vraiment une ordure ?

    Le Père Noël est-il vraiment une ordure ?

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    Figure débonnaire, ventre généreux, barbe fournie, cheveux blancs, sourcils en bataille et tout de rouge vêtu, voici le Père Noël ou encore Santa Clause dans les pays anglophones. Depuis une cinquantaine d’années, il affiche, plus ou moins, la même allure sur tous les continents. Mais… peut-on vraiment lui faire confiance ?  

    A priori, il suffit d’endosser une longue cape écarlate, boucler un gros ceinturon, chausser des bottes noires et porter une hotte en osier pour prétendre apporter des jouets aux enfants… qui ont, cela va de soi, tous été bien sages.

    Mais lui, le modèle, le mythe, la légende, l’icône l’a-t-il réellement été… sage ? Car certains oublient un peu vite que l’habit ne fait pas toujours le Père Noël. Ainsi, par exemple, le cas du psychopathe de « 3615 Code Père Noël », de René Manzor (1990) où un faux Père Noël animant un grand magasin est renvoyé parce que trop violent et qui, du coup, va chercher à se venger en éliminant le fils de son ex-patronne.

    Dans le même registre de l’aigreur, le boulevard Haussmann, à Paris, a rageusement été arpenté par Félix, notre Père Noël le plus négativement célèbre de France, mais néanmoins magistralement interprété par Gérard Jugnot dans « Le Père Noël est une ordure ». Initialement une pièce de théâtre puis un film de Jean-Marie Poiré 1982 avec l’inénarrable équipe du Splendid, succès oblige.

    L’histoire relate un réveillon épouvantable dans une atmosphère aussi déjantée que drôle. Plus de quarante ans après sa sortie, son succès est toujours fidèle au rendez-vous sur notre petit écran, comme s’il faisait rituellement partie de nos fêtes de fin d’année. Un film à faire mentir l’humoriste Pierre Desproges (1939-1988) qui déclarait : « On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui. Ou avec tout le monde. En fait, on ne sait pas trop ». Avait-t-il seulement songé au Père Noël ? Là est la vraie question.

    Frappadingue et pépère pervers

    Si notre douce France connaît quelques avanies avec ces singuliers énergumènes – dont le dernier des soucis est bien de distribuer des cadeaux aux petits et aux grands – de l’autre côté de l’Atlantique, les usurpateurs se veulent plus doux ; en tout cas un tantinet plus enclins à la repentance. Quoique.

    C’est le cas du Grinch (film de Ron Howard, 2000) avec l’époustouflant Jim Carrey qui, par vengeance, entend voler la fête de Noël aux habitants de Whoville (ville fictive) car ces derniers ont eu le malheur de le rejeter lorsqu’il était enfant. Il reste, avec le précédent film français évoqué, l’un de mes préférés sur la thématique de Noël.

    Dans « Maman, j’ai raté l’avion », comédie résolument jubilatoire de Chris Colombus (1990), le jeune Macaulay Culki (âgé de 10 ans), oublié par sa famille, se joue avec malice et ingéniosité de deux cambrioleurs – dont le génial Joe Pesci – qui visitent la nuit les maisons inoccupées pendant les fêtes de fin d’année. La repentance, cette fois, viendra, ô surprise, d’un personnage secondaire a priori très sombre. Rappel important : ne jamais se fier aux apparences.

    A propos d’apparences, dans « Bad Santana » (ou « Très méchant Père Noël »), film noir et irrévérencieux signé Terry Zwigoff (2003), Billy Bob Thornton incarne un Père Noël de grand magasin. Alcoolique et grand fumeur, c’est aussi un dragueur invétéré et il a beaucoup de mal à tenir son rôle devant les enfants venus l’admirer. La nuit de Noël, il entreprend de percer le coffre-fort du magasin qui l’emploie. En fait, ce long métrage n’est pas franchement destiné aux enfants car il comporte environ 300 injures (un record en soi) et son titre a été traduit par « Santa is a pervert » pour sa sortie en République tchèque. C’est tout dire.

    La magie de Noël est sauve 

    Heureusement, Jack Skellington, héros du chef-d’oeuvre d’animation de Tim Burton, « L’étrange Noël de Monsieur Jack » (1993), désire quant à lui endosser le mythique habit du Père Noël, tellement fatigué qu’il est de passer son temps à effrayer les braves gens pendant Halloween. Avec cette reconversion affirmée, il retrouvera le véritable esprit de Noël, empreint de fraternité et de partage et, in fine, la joie indicible de vivre. Alléluia !  

    Enfin, l’un des rares films où l’on a enfin affaire au « vrai » Père Noël est bien « Super Noël » (1994). Avec sa suite, « Hyper Noël », tournée huit ans plus tard, ce sont deux longs métrages produits par les studios Walt Disney dans lesquels le héros, incarné par Tim Allen, tue accidentellement le vénérable bonhomme. Il se voit du coup obligé de le remplacer in extremis. Victime de son rôle, il deviendra finalement le « vrai » Santa Clause. Et, dans le second épisode de ses aventures, pour le rester, il devra trouver… une femme ! Bigre, pas une mince affaire quand on connaît le personnage. Conçu pour les petits, cette fiction touchera également les grands par son romantisme sous-jacent. Au final, il n’en demeure pas moins un conte de Noël dans le plus bel et noble esprit qui soit

    Il existe encore beaucoup d’autres films sur le thème de Noël, me direz-vous. Oui, vous avez mille fois raisons. Alors à vous de nous les raconter, selon le ton et le style qu’il vous plaira.

    Joyeux Noël à tous !

    Serge Moroy

     

  • Notre-Dame de Paris s’expose à Villevaudé

    Notre-Dame de Paris s’expose à Villevaudé

    Sur l’initiative de Monique Mazoyer, une exposition sur la cathédrale Notre-Dame de Paris se tient à la bibliothèque de la Roseraie, près de la mairie, jusqu’au dimanche 12 janvier 2025.

    Photo Monique Mazoyer (1)
    Visible le lundi et samedi de 10 heures à 12 h 30 et mercredi de 14 heures à 18 heures. Entrée libre. 

    Affiche expo

    « Sachant que Notre-Dame rouvrira ses portes aux fidèles et visiteurs le 8 décembre prochain, j’ai souhaité rappeler son histoire et les grandes étapes de sa restauration » explique Monique Mazoyer, Villevaudéenne, secrétaire de l'association de la bibliothèque de la Roseraie et membre de la S.H.C.E. (Société d’histoire de Claye et de ses environs).

    Son exposition s’affiche sur une dizaine de panneaux retraçant l’histoire de la cathédrale, de 1163, année de la pose de sa première pierre, au 15 avril 2019, date de l’incendie qui a ravagé sa charpente et fait tomber sa flèche de plomb de 96 mètres ; jusqu’à sa restauration déclinée année par année.

    Un chantier de 5 ans, 7 mois et 22 jours

    L’émotion à peine passée, s’ensuit une mobilisation internationale dès le lendemain du sinistre : 846 millions de dons sont ainsi collectés. Grâce à eux, la restauration peut être budgétée.  « Bien que la décision fut rapidement prise de la reconstruire à l’identique, il fallut attendre un an avant que le chantier ne démarre. En raison de la pandémie de Covid, mais aussi parce qu’il fallait évacuer les débris et le plomb qui jonchaient encore le parvis » poursuit l’organisatrice de l’exposition. Sur décision de la Ville de Paris, le parvis de la cathédrale rouvre finalement au public fin mai 2020.

    ND Geoffroy Van der Hasselt  AFPLa flèche de la cathédrale était en cours de restauration quand l’incendie s’est produit. L’échafaudage, installé à cet effet, a résisté à l’effondrement de la flèche, mais a été déformé par la chaleur du brasier. Il était constitué de 40 000 pièces soudées entre elles par les flammes. D’un poids de 200 tonnes, elles menaçaient les voûtes et la structure même de la cathédrale. Son démontage a duré six mois, de juin à novembre 2020. (Photo Geoffroy Van der Hasselt AFP)

    ND SERGE 2 - CopiePhoto Serge Moroy

    Et pendant que les compagnons du Tour de France s’affairent au sommet de l’édifice, une autre opération délicate s’impose : la dépose du grand orgue, le plus grand de France et qui, heureusement, était resté intact. Ses 8000 tuyaux (certains font 10 mètres de haut tandis que d’autres sont de la taille d’un stylo), 7 sommiers, 5 claviers et son pédalier, avaient été recouverts par la poussière de plomb lors de l’effondrement de la voûte. Celui-ci est démonté en décembre 2020.


    2021 voit enfin la restauration proprement dite de Notre-Dame avec, de février à juillet, la pose de cintres en bois sous les voûtes et la restauration des statues des 12 apôtres de Notre-Dame. Ces statues en cuivre, hautes de 3,40 m et pesant 150 kg chacune, avaient été déposées avant l’incendie de 2019 et présentées à la Cité de l’Architecture et du patrimoine, place du Trocadéro. Elles n’avaient jamais été restaurées auparavant.

    En 2022 intervient la phase de nettoyage et, avec elle, des fouilles archéologiques. « Ces fouilles menées sous le transept de la cathédrale ont permis de découvrir un corps enterré au XVIe siècle dans un cercueil de plomb. Plusieurs indices laissent à penser qu’il s’agirait probablement du célèbre poète Joachim du Bellay, mort en 1560 à Paris et contemporain de Pierre de Ronsard » commente Monique Mazoyer.  


    NOTRE DAME 15 AVRIL
    « La flèche de la cathédrale renaît en avril 2024, dévoilant son extraordinaire cuirasse de métal. C’est une opportunité unique de voir la flèche pour moitié couverte et pour moitié en bois. En effet, beaucoup de gens pensaient jusqu’alors que celle-ci était en métal ou bien en pierre » ajoute-t-elle. 

    Nettoyées, les huit cloches (16,75 tonnes) sont de retour dans le beffroi Nord. Elles ont été bénies le 12 septembre dernier par Monseigneur Ribadeau Dumas, recteur de la cathédrale. Et depuis le mois d’octobre, les échafaudages sont progressivement démontés.

    Tel le Phénix renaissant de ses cendres

    ND YG 3 - CopiePhoto Y Godefroy

    Notre-Dame de Paris est inscrite au patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco depuis 1991 qui la reconnaît comme « un chef-d’œuvre architectural » et l’érige en référence de l’architecture gothique. Il ne faut donc pas s’étonner que plus de 250 entreprises et des centaines d’artisans d’art, tous corps de métier confondus, aient eu à cœur de travailler sur ce chantier hors norme pour relever cet énorme défi de 700 millions d’euros. Les quelque 146 millions restants couvriront, toujours grâce à l’exceptionnelle générosité des donateurs, une troisième phase en 2025 visant à consolider les arcs-boutants (les plus grands jamais construits au Moyen âge) et rénover les extérieurs de la sacristie de Viollet-le-Duc. Notons que sur les 340.000 donateurs, 60 millions proviennent de l’étranger, dont plus de la moitié des États-Unis.

    ND YG 7Photo Y Godefroy

    OUVERTURE NOV 2024« Notre-Dame de Paris a peut-être ouvert quelques perspectives vraies sur l’art du Moyen Âge, sur cet art merveilleux jusqu’à présent inconnu des uns, et ce qui est pis encore, méconnu des autres », écrivait Hugo, grand admirateur de ce joyau gothique âgé aujourd’hui de 861 ans.

    Serge MOROY

  • Elvis Presley for ever

    Elvis Presley for ever

    Elvis Presley for ever

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    Le 16 août 1977, le monde entier apprenait avec stupeur le décès d’Elvis Presley, victime d’une crise cardiaque à l’âge de 42 ans. Retour sur une (vraie) légende qui a vendu plus d’un milliard de disques dans le monde et dont l’icône demeure toujours intacte.

    Rocker charismatique à la voix exceptionnelle, mais piètre acteur (31 films mièvres, à l’exception peut-être de « King Créole » de M. Curtiz en 1958 et du « Rock du Bagne » de R. Thorpe en 1957), Elvis a su incarner une Amérique, dont il était devenu le symbole, avec sa soif inassouvie de liberté, ses innombrables excès et son cortège interminable de contradictions.

    John Lennon déclarait à son sujet : « Avant Elvis, il n’y avait rien. Sans lui, les Beatles n’auraient jamais existé ! ».

    Mais pourquoi, dès 1956, des millions de personnes se sont-elles entichées de cet ex-conducteur de camion ? Pourquoi son impact a-t-il dépassé, en ampleur comme en émotion, celui de tous les autres chanteurs ? Pourquoi la quasi-totalité de ses chansons, des titres qu’il a créés pour la plupart, ont-elles toujours autant de succès, tout comme ses films qui font l’objet d’un véritable culte, et ce malgré les chansons souvent sirupeuses qu’il interprète ? Dick Rivers esquissait en 1966 une réponse : « Il est le symbole de la jeunesse. Il nous a tout apporté. »

    Lors de son grand retour sur scène, à Las Vegas en 1969, le présentateur de télévision Steve Allen commentait pour sa part : « Il est l’attraction la plus sensuelle de Las Vegas. Et quand on sait que les plus grandes stars y travaillent, ce n’est pas un petit compliment. Elvis peut remplir une salle et vider celle d’à côté, même s’il y a Sammy Davis, Frank Sinatra ou Dean Martin à l’affiche ».

    Enfin, pour Denis Sanders, réalisateur de « Elvis, That’s the way it is », un documentaire qu’il lui a consacré en 1970 :  « C’était un artiste tel qu’il est, c’est-à-dire dans et hors de son contexte de phénomène mondial de la musique actuelle populaire ».

    Aujourd’hui, 47 ans après sa disparition, le mythe n’a pas pris une seule ride. Tant il est vrai que les vraies étoiles ne s’éteignent jamais. Ainsi, de New York à Los Angeles, ils sont encore nombreux à ne pas croire à sa mort. Et, après tout, ils n’ont peut-être pas tort. Elvis Presley est l’homme par qui la libération des mœurs outre-Atlantique est arrivée. Les fruits de cette émancipation sont toujours bien présents et la légende du King toujours aussi vivace. Elvis n’a peut-être pas inventé le rock’n’roll, mais il l’a offert aux Blancs qui, jusqu’alors, étaient plutôt coincés. En cela, la culture du rock lui doit beaucoup. C’est indéniable.

    Serre-moi fort

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    Sur cette photo, Elvis embrasse une belle inconnue dans l’escalier d’une salle de spectacles de Richmond  (en Virginie), juste avant d’entrer en concert (juin 1956). Ce cliché a été pris par Alfred Wertheimer, photographe spécialement engagé par la maison de disques RCA pour la promotion médiatique du jeune chanteur. Elle a été baptisée « Hold me tight » (Serre-moi fort).

    La photo a ensuite été achetée par Diane Keaton, qui considère que c’est le baiser le plus érotique qu’elle ait jamais vu. Comment lui donner tort ?

    La jeune femme blonde sur cette photo a finalement révélé son identité en 2011, soit… 55 ans plus tard. Mieux vaut tard que jamais ! Bien que plusieurs femmes aient déjà affirmé être celle de la photo, les détails qu’elle a fournis au magazine Vanity Fair ont fini par convaincre que c’était vraiment elle.

    La belle inconnue s’appelle Barbara Gray. Elle avait 17 ans à l’époque et travaillait comme vendeuse dans un magasin de chaussures. Le soir, elle était également danseuse dans un club. Elle a confié au magazine : « C’était un gamin vraiment drôle, très dingue. Nous courions dans tous les sens en nous pourchassant, nous étions jeunes. Il m’a coincée dans un coin du hall en me demandant si je voulais aller au Steven Allen Show avec lui et j’ai répondu : ‘’Non, je suis en route pour Philadelphie pour voir mon petit ami.’’ Il a pris cela comme un défi ».

    Le photographe, qui suivait toujours Elvis, sentant qu’il allait se passer quelque chose, les mitrailla aussitôt. A la fin, sur cette photo, destinée à devenir aussi mythique que « Le baiser » de Robert Doisneau, elle lui tira la langue. Et il lui répond de même. Par jeu. Leurs deux langues se touchèrent…

     Serge MOROY

  • Babar, l’ami qui n’a jamais trompé, est de nouveau orphelin.

    Babar, l’ami qui n’a jamais trompé, est de nouveau orphelin.

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    Laurent de Brunhoff, aquarelle originale pour Babar et ce coquin d’Arthur, p. 4-5, 1946
     
    Babar ne fêtera pas ses 94 ans. 
    L’auteur et illustrateur français Laurent de Brunhoff est  mort le 22 mars 2024 à l’âge de 98 ans. Il a poursuivi les aventures de BABAR, personnage connu de tous les enfants du monde entier, créé en 1931 par ses parents Jean et Cécile.
     
    A Chessy en Seine-et-Marne, un soir d’été 1930, Cécile de Brunhoff raconte à ses deux enfants, Laurent et Mathieu, l’histoire d’un éléphanteau qui s’enfuit de la jungle après qu’un chasseur a tué sa maman. Il se réfugie en ville où il s’habille comme un homme, avant de revenir plus tard en voiture dans la jungle pour y apporter les enseignements de la civilisation humaine. Il sera alors couronné roi des éléphants.
     
    Naissance d’un mythe
    Cette histoire aurait pu rester anonyme, mais les enfants la racontent à leur tour à leur père, Jean de Brunhoff. Comme ce dernier est peintre en aquarelle, la suite s’enchaîne logiquement et « Histoire de Babar » paraît en 1931 aux éditions du Jardin des modes.
    Succès immédiat. Aujourd’hui, avec 13 millions d’exemplaires vendus, Babar est traduit en 27 langues et s’exhibe sur de multiples supports, notamment dans l’univers du jouet où il représente l’une des licences françaises les plus importantes.
    Grâce à Laurent de Brunhoff, les aventures de l’éléphanteau se poursuivent encore de nos jours, pour la plus grande joie des enfants. Peintre lui aussi, Laurent a repris les personnages inventés par son père, décédé en 1937. Il en a intégré de nouveaux et en a profité pour agrandir la famille.
    « En 1945, je me suis installé à Montparnasse. J'étais fasciné par la peinture abstraite. Mais il y avait Babar. J'étais persuadé qu'il devait continuer à vivre. J'ai alors dessiné l'album, Babar et ce coquin d'Arthur. Ma mère était très heureuse, l'éditeur était ravi. Mes deux frères avaient leur vie. Je ne me suis jamais demandé pourquoi moi. Je l'ai fait très naturellement » explique-t-il en décembre 2011, dans une interview consacrée au Figaro.
    BABAR2Un ami de 94 ans
    Babar, ami fidèle des enfants, ne les a jamais trahis en quoi que ce soit. Il porte toujours son éternel costume de couleur verte et promène sa placide bonhomie souveraine. Ce héros anthropomorphe de notre plus tendre enfance méritait à juste titre son inscription dans notre patrimoine culturel. Outre ses albums d’aventures, des jouets à son image et des dessins animés ont été créés.
    L’illustre et alerte pachyderme, qui a traversé le temps sans une ride ni un rhumatisme, est devenu entre-temps grand-père d’un petit Badou dans la série 3D intitulée « Babar, les aventures de Badou ».
    Bon sang ne saurait mentir.
    En 2011, la BnF avait consacré une exposition pour les 80 ans de Babar
     
    S. Moroy
    Photo: « Mariage et couronnement du roi Babar et de la reine Céleste », aquarelle extraite d'Histoire de Babar, le petit éléphant (1931).
     
     
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  • 95 ans après, MICKEY sourit toujours

    95 ans après, MICKEY sourit toujours

    Mickey

    « L’impérialisme américain n’est rien qu’un tigre de papier » proclamait Mao-Tsé-Toung. Il se trompait car l’impérialisme américain a plutôt l’apparence d’une petite souris nommée… Mickey.
    Mickey est le plus populaire des personnages conçu par Walt Disney (1901-1966) et, bien que né en 1927, il a su rester étonnamment jeune. En effet, pas de meilleur agent de la culture et de l’idéologie américaines que cette bestiole-là, citoyen vertueux et paisible, ambassadeur infatigable de « l’American Way of Life ».
    Ne m’appelez plus Mortimer !
    En fait, son premier nom était Mortimer. Pas très fun. Selon la légende, propagée jovialement par Walt Disney lui-même, c’est son épouse Lilian, qui aurait trouvé le nom de Mickey à son nouveau personnage, estimant celui de Mortimer trop sérieux. On peut cependant penser que la pression issue d’éventuels distributeurs n’était pas tout à fait étrangère à ce soudain changement de nom. Quoi qu’il en soit, Mickey était né.
    Surtout aidé par Ub Iwerks (1901-1971), talentueux dessinateur de son studio californien, Walt Disney travaille aussitôt sur le premier film d’animation qui présentera Mickey Mouse au public. Et, contrairement à ce que l’on croit, celui-ci n’est pas « Steamboat Willie » mais « Plane Crazy ». Dans ce cartoon, les yeux de Mickey sont ovales, avec de grosses pupilles noires. Il ne portait ni gants ni chaussures et ses pieds étaient noirs. Son short n’était alors qu’une ébauche de celui qu’il porte actuellement : un pantalon serré avec deux gros boutons sur le devant.
    Mais la vraie révolution viendra bel et bien avec « Steamboat Willie », projeté le 18 novembre 1928 au Colony Theatre de New York. Bien qu’en noir et blanc, il disposait nec plus ultra d’une bande sonore synchronisée. Et le scénario était déjà une référence en la matière : Mickey sauve Minnie des griffes du Capitaine Jambe de bois, dont le dessin préfigure celui de Pat Hibulaire.
    Fort d’un tel succès, les dessins animés contant ses nombreuses aventures vont s’enchaîner. Petit à petit, Mickey s’assagit, devient plus amical, adoptant finalement l’attitude bienveillante qu’on lui connaît aujourd’hui.
    La souris se propagera rapidement dans 25 pays en parlant 17 langues différentes. Il y aura en tout 121 cartoons de Mickey et le premier en couleurs sortira en 1935, « The Band Concert » (L’orchestre de Mickey).
    Enfin dans le domaine public
    Selon la législation américaine, les droits d’auteur sur Mickey Mouse ont pris fin le 1er janvier 2024, tombant ainsi dans le domaine public. Sa première version peut donc être reproduite sans risquer de subir un recours du service juridique de la puissante compagnie Disney, comme c’était le cas jusqu’alors. Une aubaine pour les artistes et créateurs qui pourront copier, adapter ou même détourner l’icône disneyenne, ainsi que les journalistes qui illustreront sans crainte leurs articles avec son effigie.

    95 ans après, MICKEY sourit toujours
    Serge MOROY

     

  • Les amours d’ Apollinaire.

    Les amours d’ Apollinaire.

    " Il avait tous les dons y compris celui de souffrir et de faire souffrir "
     
    Annie PaydenAnnie Playden (1880-1967) : le premier grand amour d’Apollinaire
    En 1901, Guillaume Apollinaire enseigne le français dans une famille noble allemande qui réside en Rhénanie. Il y tombe amoureux de la gouvernante anglaise, Annie Playden, qui, d’abord réceptive, s’effraie de sa fougue et finit par le rejeter. Il ne parle pas anglais, elle ne parle pas le français. De retour à Paris, en 1902, il reprend pourtant contact avec elle et part à Londres à deux reprises pour la revoir. Las, Annie Playden ne répond pas à sa flamme et il en est mortifié. Sa belle partira pour l’Amérique en 1905. Apollinaire relatera sa relation malheureuse dans plusieurs poèmes emplis d’amertume dont, notamment, « La chanson du mal-aimé » (Alcools, 1913) car le poète évoque aisément sa souffrance, caractéristique commune aux premiers romantiques allemands (Goethe, Shiller, Novalis…).
    Adieu faux amour confondu
    Avec la femme qui s’éloigne
    Avec celle que j’ai perdue
    L’année dernière en Allemagne
    Et que je ne reverrai plus.
     
    M laurençin1Marie Laurencin en 1905 (autoportrait).
    C’est grâce à Picasso que Guillaume Apollinaire fait la connaissance en 1907 de Marie Laurencin (née le 31 octobre 1883 à Paris). Elle devient sa compagne et sa muse avant que, fatiguée par ses infidélités et son penchant pour l’alcool, elle ne mette fin à leur relation 5 ans plus tard. Pour tenter de l’oublier Apollinaire s’engage au premier jour de la guerre et lui écrit l’un des ses plus beaux poèmes, « Sous le pont Mirabeau », dans lequel il évoque leur séparation.
    Marie meurt le 8 juin 1956 à Paris. Elle sera inhumée au Père-Lachaise dans une robe blanche, tenant dans sa main une rose et, posées sur son cœur, quelques lettres d’amour de Guillaume Apollinaire dont la sépulture repose à quelques pas de la sienne.
    « L’automne est morte souviens-t’en
    Nous ne nous verrons plus sur terre
    Odeur du temps brin de bruyère
    Et souviens-toi que je t’attends. »
    Adieu, quatrain de G. Apollinaire pour leur rupture en 1912.

    4Guillaumeapollinaire«Tu te souviens, Rousseau, du paysage aztèque, des forêts où poussaient la mangue et l'ananas…», écrit Apollinaire. Mais le Douanier n'est jamais allé plus loin que le Jardin des Plantes ! De là une oeuvre un peu vite qualifiée de naïve.
    Henri Rousseau, le Douanier, avait proposé à Apollinaire de réaliser son portrait. Le poète racontera qu'avant de le faire poser, le peintre «avait soigneusement mesuré son nez, sa bouche, ses oreilles, son front, ses mains, son corps tout entier». Pendant ce temps, pour qu'il ne s'ennuie pas, Rousseau lui avait chanté des airs de son enfance. On imagine la scène ! Et on connaît le résultat : conservé au musée de Bâle, le portrait d'Apollinaire le représente à côté de Marie Laurencin, une Marie Laurencin plutôt grassouillette. «Mais ça ne me ressemble pas du tout», s'était écriée la pauvre jeune femme, toujours soucieuse de son élégance et de sa sveltesse. Sans se démonter, Henri Rousseau lui avait répondu : «Guillaume est un grand poète, il a besoin d'une grosse muse.» Il était comme ça, le Douanier : naïf, têtu, maladroit. Et même pas spécialement doué pour la peinture.
     
    LouiseLouise de Coligny-Châtillon (1881-1963) : amour fou d’Apollinaire et l’une des premières aviatrices françaises (mais on ne trouve aucune trace sur ses aptitudes ou ses vols).
    Guillaume Apollinaire s’est engagé au premier jour de la guerre. En attendant son incorporation, il rencontre à Nice Louise de Coligny-Châtillon, qui lui fait oublier Marie Laurencin. Il tombe amoureux, mais la belle lui résiste avant de se donner à lui juste avant son départ pour le front. Il lui écrit des lettres enflammées (Poèmes à Lou) jusqu'en janvier 1916. Mais elle l’oublie. Apollinaire fait bien partie des poètes maudits.
    Lou si je meurs là-bas souvenir qu’on oublie
    -Souviens-t’en quelquefois aux instants de folie
    De jeunesse et d’amour et d’éclatante ardeur
    Mon sang c’est la fontaine ardente du bonheur
    Et sois la plus heureuse étant la plus jolie
    Ô mon unique amour et ma grande folie
    La nuit descend
    On y pressent
    Un long destin de sang.
    Guillaume Apollinaire, extrait de « Si je mourrais là-bas » (Poèmes à Lou, Nîmes, 30 janvier 1915).

    Madele PagèsMadeleine Pagès (1892-1965), la fiancée « épistolaire » d’Apollinaire
    2 janvier 1915. Guillaume Apollinaire prend le train à Nice après une permission de deux jours. Il retourne au 38e régiment d'artillerie de campagne de Nîmes où il fait ses classes. Dans son compartiment, il rencontre une jeune femme, Madeleine Pagès. Elle est institutrice à Oran et doit embarquer à Marseille. Les deux voyageurs parlent de poésie, échangent leurs adresses. Apollinaire fréquente toujours Lou, mais leurs relations s’effilochent de plus en plus, surtout à partir du mois de mars.
    Trois mois plus tard, Apollinaire envoie sa première carte postale à Madeleine du front de Champagne. Rapidement, leurs lettres deviennent très tendres. Pendant plusieurs semaines, le poète encourage sa « petite fée » à se déclarer : « Écrivez-les ces mots qui font que l'on vit », l'implore-t-il. Après les aveux, se développe une relation épistolaire d'une liberté inouïe, fondée sur le mythe du coup de foudre et de l'amour idéal. Il ne commence à la tutoyer que le 25 août 1915 et ils se fiancent « par correspondance ». Glissés dans les lettres, certains poèmes sont très érotiques, tel « Les neuf portes de ton corps ». A la faveur d'une permission accordée en décembre 1915, il passe 15 jours à Oran chez Madeleine.
    Mais Apollinaire est blessé en Picardie par un éclat d’obus le 17 mars 1916. Il lui écrit moins pendant sa convalescence et refuse de recevoir sa visite. Ses dernières lettres datent de novembre 1916. Madeleine ne se mariera jamais. Elle continuera d’enseigner à Oran puis dans des lycées de jeunes filles à Saint-Cloud, avant de mourir à Antibes le 2 mars 1965.
     
    Jacqueline Kolb (1891-1967) : Madame Apollinaire, la jolie rousse
     
    Kolb
    Le 2 mai 1918, à Paris, Guillaume Apollinaire se marie avec Amélia Kolb (dite Jacqueline ou encore Ruby), artiste peintre. Parmi les témoins, Lucien Descaves et Pablo Picasso, Ambroise Vollard et Gabrielle Picabia. Le poète ne profitera que trop de cette union puisqu’il décédera le 9 novembre 1918 de la grippe espagnole, soit deux jours avant la signature de l’Armistice. Il avait 38 ans.
    Ses cheveux sont d'or on dirait
    Un bel éclair qui durerait
    Ou ces flammes qui se pavanent
    Dans les rose-thé qui se fanent.
    "La jolie rousse" (extrait).
     
    Serge Moroy
     
    Né Wilhelm de Kostrowitzky sujet polonais, le conseil de révision avait ajourné sa première demande d'engagement dans l'armée française. Le 4 avril 1915, il part avec le 38e régiment d'artillerie de campagne pour le front de Champagne, ce qui lance sa procédure de naturalisation.
    Alors qu'il vient d'obtenir notification de sa naturalisation, Guillaume Apollinaire, sous lieutenant au 96e régiment d'infanterie est blessé le 17 mars 1916 d'un éclat d'obus à la tempe droite, au bois des Buttes, au pied du Chemin des Dames.
    " Je lisais le "Mercure de France". A quatre heures, un 150 éclate à 20 mètres, un éclat perce le casque et troue le crâne … On m'endort pour fouiller, l'éclat a enfoncé la boîte crânienne et y est resté, on l'y laisse."
    Le 9 novembre 1918, la grippe espagnole emportait Guillaume Apollinaire, très affaibli par ses blessures de guerre.
  • J.F. Kennedy, 22 novembre 1963

    J.F. Kennedy, 22 novembre 1963

    Assassinat de J.F. Kennedy : Quand la presse se presse
     
    J.F. Kennedy
    Un témoignage inédit
     
    Le 22 novembre 1963 à 18 h 30 (heure française), John Fitzgerald Kennedy, 35e président des Etats-Unis, était abattu à Dallas (Texas). Le lendemain matin, le journal Ouest-France faisait la Une de l’événement… avec une photo à l’appui !
    Cet assassinat était un scoop pour la presse mondiale qu’il ne fallait absolument pas rater. Bernard Thomazeau travaillait alors en tant qu’illustrateur au quotidien Ouest-France, et ce depuis avril 1957. Il se rappelle encore la pression qu’il a connue lorsque, dans les bureaux de Rennes, il attendait fébrilement une photo du président assassiné. Celle-ci devait en effet paraître à la Une de l’édition du lendemain, le samedi 23 novembre 1963.
    Allô Rennes Ouest-France ? Ici New York
    L’image allait être transmise par un correspondant de presse aux États-Unis via le Bélinographe. C’est à Firmin Chaudet, journaliste à Ouest-France, qu’incombait le soin de rédiger l’article devant faire la Une. Bernard se souvient de cette journée particulière tant elle est gravée dans sa mémoire.
    « J’ai reçu un appel de New York m’informant de l’envoi imminent d’une seule et unique photo du président assassiné à Dallas, et ce pour le départ des premières éditions. Vu le nombre de demandes qui affluaient alors, l’envoi ne sera pas doublé. Me voilà donc prévenu ! ».
    Cinq minutes plus tard, une nouvelle sonnerie retentit en effet dans l’atelier et une voix annonce dans un mauvais français : « Rennes Ouest-France à toi ! Fais bien ta mise au point du blanc. Ok, j’envoie… ça roule ! ».
    Firmin Chaudet tournait comme un lion en cage dans l’atelier où s’affairait Bernard, surveillant le moindre de ses gestes. Ce dernier poursuit.
    « La réception venait à peine de commencer et il fallait compter quinze minutes pour que la photo soit totalement transmise et, avec le cylindre, file au labo pour y être développée. Firmin ne me lâchait pas d’une semelle tant il était collé à moi. »
    Surprise au labo
    Dans le labo plongé dans la lumière rouge inactinique, la photo en noir et blanc apparaît progressivement dans le bac du révélateur. Bernard et Firmin sont pétrifiés par l’émotion : le cliché est bon. Il ne présente même aucun parasite dans les lignes ; ce qui leur évitera des retouches et leur fera gagner un temps précieux.
    A peine est-elle fixée et lavée que la photo, encore humide, est présentée tel un trophée au rédacteur en chef. Elle fera bien la Une de l’édition du 23 novembre 1963. Ouf, l’honneur était sauf !
    Comment fonctionne le Bélinographe ?
    Il résulte de l’invention du savant français Edouard Belin en 1907. L’instrument est en mesure de transmettre dans le monde entier des images photographiques grâce à l’utilisation du réseau de l’électricité.
    C’est en fait de la télé-photo qui fonctionne sur le principe de l’émission- réception. Une photo est prise sur un cylindre qui tourne sur lui-même et se déplace latéralement devant l’objectif.
    Celui-ci capte la teinte placée devant lui et la transmet alors devant une cellule photo-électrique. Le rôle de cette dernière est de transformer la source lumineuse en courant électrique qui, modifié en puissance, selon la luminosité de la teinte de la photo, sera à son tour, et après amplification, transmis par ligne télégraphique.
    Nouvelle transformation au poste récepteur où un oscillographe fera du courant électrique un spot lumineux, qui sera lui-même retransmis au moyen d’un objectif sur un film fixé autour d’un cylindre.
    Enfermé dans une petite chambre noire, ce cylindre tourne sur lui-même à la même vitesse que le cylindre émetteur. Il faut en moyenne une vingtaine de minutes pour réceptionner une télé-photo ; depuis la mise en route de l’appareil jusqu’à l’obtention du négatif qu’il est alors possible d’agrandir sur papier.
    A tour de rôle
    Avant son transfert en 1972 à Chantepie (35), le service du Bélinographe était assuré par l’atelier de photos reproduction et des services artistiques, placé sous la direction de Charles Barmay.
    Afin d’assurer la réception et l’envoi des photos, deux dessinateurs polyvalents s’y relayaient chaque semaine à tour de rôle. Les journées les plus chargées étaient celles du dimanche, avec la rubrique des sports, toujours copieuse.
    Une fois installé à Chantepie, le Bélinographe sera détaché sur le plateau des rédacteurs et aura Michel Corvaisier comme permanent.
    S. Moroy
    Cet article a pu être rédigé grâce aux souvenirs de Bernard, qu’il en soit ici remercié / Photo : Bernard devant le Bélinographe (photo journal Ouest-France).
  • La malediction, Richard Donner

    LA MALÉDICTION, un film maudit ?

    MALEDICTION
    L’occasion m’a été donnée de revoir LA MALÉDICTION, un film d’horreur de Richard Donner sorti en 1976. Je l’avais vu peu après sa sortie, dans la foulée de ces films devenus cultes qui déferlaient alors dans les années 1970 et dont le héros n’était autre que le Diable.

    Malgré le temps, ce film  n’a pas pris une ride et son atmosphère demeure toujours oppressante. Le gamin maléfique n’est pas plus terrifiant que certains autres, il serait même attachant (et c’est peut-être bien là le pire). En revanche, toutes les créatures (personnages et animaux) qui gravitent autour de lui pour assurer sa protection, sont effrayantes. Mais là où Richard Donner fait fort, c’est que si on pensait être enfin rassuré à la vue d’un homme d’église… il n’en est rien.

    Rappelons succinctement l’histoire. A Rome, Robert et Katherine Thorn (Grégory Peck et Lee Remick) attendent leur premier enfant, qui malheureusement meurt à sa naissance. Robert Thorn accepte alors la suggestion d'un prêtre : substituer à l’enfant décédé, et à l’insu de Katherine, un autre bébé dont la mère est décédée en le mettant au monde. Robert Thorn est ensuite nommé à Londres comme ambassadeur des États-Unis. L’enfant, Damien, semble détenir dès 5 ans un pouvoir maléfique. Alors que l’on célèbre son anniversaire dans le jardin, sa nurse se suicide en se pendant au balcon de sa chambre.

    Les tragédies vont dès lors se succéder autour de la famille Thorn.

    Satan fait un malheur

    LA MALÉDICTION a connu un énorme succès aux Etats-Unis. Il obtint même trois nominations aux Oscars et inspirera trois suites (en 1978, 1981 et 1991), ainsi qu’une série de dix épisodes diffusés en 2016 à la télévision (Damien). Le film a été critiqué par l’église catholique, qui lui a reproché de déformer l’eschatologie chrétienne.

    La musique, composée par le talentueux Jerry Goldsmith, utilisa pour la première fois des chœurs « maléfiques », chantant une messe en latin à la gloire de Satan (Ave Satani). Le film obtint l’Oscar de la meilleure musique de film en 1977.

    La symbolique du nombre 7

    « Tout a été organisé selon le nombre » disait Pythagore. Et sept serait un nombre parfait, un symbole de l’abondance divine. Outre les 7 jours de la Création, on le retrouve dans les 7 jours de la semaine. Toujours selon la Bible, il est aussi le nombre du châtiment, de la purification et de la pénitence. Mais, comme toute médaille a son revers, ce nombre est également attribué à Satan qui, comme chacun sait, s’ingénie à copier Dieu. Ainsi, la bête infernale de l’Apocalypse possède sept têtes (Apocalypse, 13-1). Il y a aussi les 7 fléaux de l’Apocalypse et ses 7 trompettes, à l’origine de la chute de Jéricho. Plus connus sont les 7 péchés capitaux. Et selon Saint Augustin, si ce ne sont pas les plus graves, ils sont pourtant à l’origine de tous les autres.

    Or, bizarrement, le film fut émaillé de plusieurs drames avant, pendant et après son tournage, le dernier ayant eu lieu en 2016. Au nombre de 7 exactement. A tel point qu’une rumeur se répandit selon laquelle la production aurait été réellement frappée par une malédiction.

    Jugez vous-même.

    ►1 – Le fils de Grégory Peck, 31 ans, se suicide sans explication deux mois avant le début du tournage, soit le 26 juin 1975.

    ►2 – L’avion de Gregory Peck, parti de Los Angeles pour Londres, fut frappé par la foudre, ainsi que celui de Mace Neufeld, l’un des deux producteurs du film, parti quant à lui de Rome. De son côté, Richard Donner aurait, paraît-il, failli perdre une jambe, restée bloquée dans la portière d’une voiture.

    ►3 – Londres, l’une des villes du tournage, avec  Jérusalem, Rome et Chicago, subissait à cette époque une vague d’attentats perpétrés par l’Armée Républicaine Irlandaise (IRA). Ainsi, le 12 novembre 1975, une bombe explosa dans le restaurant où plusieurs membres de l’équipe du film s’apprêtaient à dîner.

    ►4 – L’avion, qui devait transporter l’équipe pour filmer Londres depuis le ciel, fut attribué à 7 autres clients. Le 20 novembre 1975, il décolle de l’aérodrome de Dunsfold et s’écrase après avoir percuté une nuée d’oiseaux qui ont endommagé ses deux moteurs. Au cours de son atterrissage forcé, l’avion a traversé une route frappant de plein fouet une voiture avec à son bord la famille d’un des pilotes. Les 7 passagers et les deux membres de l’équipage s’en sont sortis quasiment indemnes. En revanche, les 6 passagers de la voiture sont morts. 

    ►5 – Pour les séquences concernant le zoo, une scène (finalement non retenue) fut tournée près des enclos à félins du Windsor Safari Park, non loin de Londres. Après le départ de l’équipe, un tigre a mortellement attaqué un gardien. Le parc a finalement fermé en 1992.

    ►6 – Deux mois après la sortie du film, John Richardson – qui avait supervisé la scène de la décapitation du reporter dans le film – a été victime d’un terrible accident de la route aux Pays-Bas alors qu’il travaillait sur le film UN PONT TROP LOIN, de Richard Attenborough. Il a survécu à ses blessures, mais Liz Moore, son assistante et compagne, qui se trouvait à ses côtés, a été… décapitée.

    Le drame s’est produit le 13 août 1976, près d’un panneau signalant que la ville d’Ommen (Pays-Bas) était située à 20 km. Précisons que le titre original du film est THE OMEN.

    Curieusement, la borne kilométrique de l’accident indiquait paraît-il 66,6 (rumeur à vérifier). Or 666 correspond à la 6e heure du 6e jour du 6e mois qui voit la naissance de l’Antéchrist, le fils de Satan, toujours selon le livre des Révélations (l’Apocalypse).

    ►7 – L’acteur anglais Harvey Stephens qui joue le rôle de Damien, a été condamné le 13 janvier 2017 à une peine de prison avec sursis pour avoir frappé deux cyclistes dans un accès de rage parce qu'il ne pouvait pas les dépasser en voiture. L’agression s’est produite le 21 août 2016 et il avait 46 ans.

    Certains allégueront que ce ne sont que de simples coïncidences, tandis que d’autres trouveront cela bizarre. Vous avez dit bizarre ? Comme c’est étrange.

    Serge Moroy

  • Jean Cocteau et Georges Mathieu : une courte mais solide amitié

    Jean Cocteau et Georges Mathieu : une courte mais solide amitié

    On célébrait le 11 octobre 2023 le 60e anniversaire de la mort de Jean Cocteau. 

    Visiter l'exposition dédiée aux peintres représentatifs de l'Art Abstrait proposée par la fondation Gandur était l'occasion de lui rendre hommage en évoquant l'amitié qui le liait au peintre Georges Mathieu. YG

    Jean Cocteau (1889-1963) vouait une grande admiration au peintre Georges Mathieu (1921-2012), figure de proue de l’abstraction d’après-guerre et chantre du spectacle pictural.

    « Pendant 20 ans, [André] Breton s’est acharné à me perdre… Votre réponse est admirable. C’est sans doute ce qui vous a poussé vers moi et moi vers vous. De cœur, votre Jean Cocteau » débute ainsi sa première lettre à Georges Mathieu en date du 14 juin 1960.

    Cocteau et Mathieu en 1962 (1)Jean Cocteau et Georges Mathieu : une courte mais solide amitié

    Après un échange d’une centaine de lettres, il lui écrira sa dernière le 27 septembre 1963, soit 15 jours avant sa mort. Preuve évidente d’une amitié, certes courtes, mais néanmoins indéfectible.

    « Georges Mathieu est un grand seigneur »

    Jean Cocteau voyait en lui « un grand seigneur », ajoutant que « tout ce qu’il touchait devenait féodal et noble. Tout papier, toute toile deviennent parchemin s’il y appose la vaste griffe inimitable dont il exige qu’elle soit ensemble son œuvre et le paraphe qui la signe. »

    Car le touche-à-tout de génie qu’était Cocteau avait décelé dans les compositions lyriques et éclatées de son contemporain des signes palpitants. Abscons aux yeux du profane mais familiers à ceux de l’initié, ils lui révélaient ces mondes interdits qu’il n’avait de cesse d’explorer au travers de ses expériences pour « rendre visible l’invisible ». On en trouve un exemple dans son dernier film « Le testament d’Orphée » (1959) où le poète, « condamné à vivre pour crime d’innocence », erre dans son propre univers onirique, « marchant un pied dans la vie, un pied dans la mort ». Et l’on sait combien le rêve était capital chez Cocteau, qui lui a donné vie sous toutes les formes « existentiellement » possibles et imaginables : roman, poème, dessin, théâtre, cinéma, peinture, sculpture, fresque, céramique, vitraux, ballet…

    « Jean Cocteau reste aujourd’hui un inconnu »

    Radio

    HOMMAGE A JEAN COCTEAU, 13 octobre 1963 – Fresque réalisée à la feuille d'or, Maison de la Radio, Paris 

    Georges Mathieu qualifiait Cocteau « d’incomparable ami » et de « génie protéiforme ». Très affligé, il assiste à ses obsèques le 16 octobre 1963 et lui dédie sa fresque de 20 mètres sur 3 réalisée à la feuille d’or pour orner le studio 105 de la Maison de la radio (inscrite au titre des Monuments historiques par arrêté du 26 mars 2018). Dans une lettre du 2 octobre 1988, soit 25 ans après la mort de son ami, il exhorte à sa reconnaissance : « En dépit de la ‘’raclée’’ d’honneurs tombée de partout sur ses épaules : Académie royale de Belgique, Académie française, allemande, américaine, Doctorat d’Oxford, il aurait préféré le destin de Nietzche sombrant dans la démence. Le culte de la malédiction ne l’aura jamais quitté. Son œuvre est l’apologie de la Beauté comme promesse de bonheur. Puisse-t-on commencer à le découvrir ! La France, hélas, ignore encore la place immense qui est la sienne en ce XXe siècle. Celle d’un Voltaire ou d’un Schiller pour le XVIIIe ! »

    Piece 10 Francs Mathieu (1)
    Georges Mathieu était surtout connu du grand public pour ses réalisations audacieuses comme la fameuse pièce de dix francs de 1974, le logotype d’Antenne 2 en 1975, ainsi que plusieurs timbres postaux.

    Antenne2_1975 (2)

    Antenne 2 – 1975


    Timbre commemoratif du Gal de Gaulle -1980-

    Parmi ces derniers, celui du Général de Gaulle commémorant le double anniversaire de l’appel du 18 juin 1940 et de sa mort, le 9 novembre 1970 ; et qui fut édité en 1980.

    En 1975, bien que controversé pour ses prises de position sur la technocratie culturelle, la politique d’enseignement artistique et les médias, il a été élu membre de l’Académie des beaux-arts de Paris. Depuis, il n’a jamais cessé de militer pour une politique culturelle à dimension européenne, indépendante du pouvoir et de l’économie, mais partie intégrante de l’éducation. « En art point de frontière » disait Victor Hugo.

    S. Moroy

    Quelques œuvres de Georges Mathieu sont exposées jusqu’au 25 novembre à l’Académie des beaux-arts, 27 quai de Conti, Paris 6e (entrée libre). Merci à Yvette Godefroy pour sa précieuse iconographie sur Georges Mathieu.

  • Exposition « Éloge de l’abstraction » et Fondation Gandur pour l’Art.

    Exposition « Éloge de l’abstraction » et Fondation Gandur pour l’Art.

    ÉLOGE DE L’ABSTRACTION: L’expo gratuite des peintres de l’Académie des beaux-arts
    Depuis hier, la Fondation Gandur pour l’art propose une exposition de 25 tableaux représentatifs de l’art abstrait. Tous proviennent de 7 anciens membres de l’Académie des beaux-arts (Institut de France), que le public pourra découvrir gratuitement jusqu’au dimanche 25 novembre.
     
    Beaux arts 1
    Hans Hartung
     
    BEAUX ARTS 4
    Obscuration  – Georges Mathieu – 1957
     
    Les tableaux sont signés Jean Bertholle, Chu Teh-Chun, Olivier Debré, Hans Hartung, Georges Mathieu, Antoni Tàpies et Zao Wou Ki. La plupart ont été réalisés entre 1945 et 1965, période d’une grande vitalité durant laquelle deux générations d’artistes français et étrangers ont scellé leurs destins à Paris. En effet, après-guerre, la capitale était redevenue le phare de l’avant-garde artistique dans le monde.
     
    BEAUX ARTS5Zao Wou Ki
     
    Les artistes ont eu manifestement recours aux moyens les plus radicaux pour révolutionner la peinture. Leurs œuvres, non-figuratives et antigéométriques, inventent les signes d’un nouveau langage pictural, créé dans les méandres de la matière et de l’amplitude du geste. Bertrand Dumas, conservateur de la collection beaux-arts à la fondation Gandur explique que « ce langage agit comme un miroir. Il reflète l’intériorité du peintre tout en réfléchissant l’agitation du monde libre en train de se reconstruire après les horreurs de la guerre. »
     
    BEAUX ARTS3Je me suis attardé sur les œuvres de Georges Mathieu (1921-2012), peintre figuratif avant de passer soudainement à l’abstraction en 1944. A cette date, ses œuvres expriment une « mémoire traumatique » et se voulaient être alors un cri… plutôt qu’un style.
    Dès 1957, jouissant d’une renommée internationale G. Mathieu a voyagé aux quatre coins du monde. Chaque pays où il se rendait devenait un lieu de création d’une série de toiles, souvent exécutées en public devant de nombreux spectateurs.
    Ces derniers assistaient alors aux premières performances artistiques du genre, placées sous le signe de la vitesse, de l’improvisation et de la spontanéité.
    En 1962, soucieux de défendre le beau dans la vie quotidienne, il s’est essayé aux arts appliqués (le musée d’Art moderne de Paris lui a consacré une rétrospective en 1967).
    Texte & photos : S. Moroy
     
    Académie des beaux-arts
    Pavillon de la Comtesse de Caen
    Entrée libre, du mardi au dimanche (11 h -18 h)
    27, quai de Conti, Paris 6e (rive gauche).