Catégorie : 18 Chroniques de Serge

  • L’aventure des films. Histoire de vingt tournages mythiques, Olivier Rajchman

    L’aventure des films. Histoire de vingt tournages mythiques, Olivier Rajchman

    Couverture livre (1)L'AVENTURE DES FILMS

    Histoire de vingt tournages mythiques

    OLIVIER RAJCHMAN

    PERRIN

    Des « Lumières de la ville » (1931) à « Barbie » (2023), en passant par « Blanche-Neige » (1937) ou « 2001, l’odyssée de l’espace » (1968), ce sont vingt chefs-d’œuvre dont Olivier Rajchman, journaliste et historien de cinéma, nous conte les coulisses. Voici l’envers du décor de leur tournage, leur petite histoire en quelque sorte, dans un style captivant puisque celui de la confidence. Petit florilège…

    En août 1958, à New York, au beau milieu de Madison Avenue, Cary Grant est entouré de techniciens, mais aussi de passants anonymes se retournant sur les premières prises de vues de « La mort aux trousses ». L’occasion pour Alfred Hitchcock de démentir sa réputation de cinéaste n’aimant pas tourner en décors naturels. Pour autant, à sa sortie, son film ne sera pas le grand classique du suspense qu’il deviendra plus tard. Personne ne ressent alors, par manque de recul, son atmosphère particulière. Plus qu’un thriller, cette traversée trépidante des États-Unis à la fin des années 1950 apporte un témoignage saisissant sur l’esthétique, l’architecture et les modes d’un Occident très préoccupé par la guerre froide.

    Jugé trop long par la production, « Le guépard » a subi moult coupures tandis que ses couleurs pâlissent au fil du tirage successif des copies en 35 mm. Car, tourné initialement en 70 mm, le film a finalement été « rétréci » dans ce format d’exploitation usuel dans les salles de cinéma ; ce qui exaspère au plus haut point Luchino Visconti. Décédé en mars 1976, le maître italien ne verra pas sa grande fresque historique enfin restaurée dans ses couleurs d’origine et dans une durée presque complète (soit 185 minutes tout de même), qui aurait pu lui convenir. En fait, chez Visconti, tout comme chez Proust d’ailleurs, il est toujours question de… temps perdu.

    Après le krach financier de 1929, le cinéma hollywoodien est en crise. Et le studio Disney n’y échappe pas malgré les succès de Mickey et des Silly Symphonies (Les trois petits cochons, Le vilain petit canard, Des arbres et des fleurs, etc.). Un soir d’été 1934, Walt Disney réunit toute son équipe. Il lui expose son projet d’un long métrage d’animation tout en couleurs et sonore, tiré d’un conte des frères Grimm tombé dans l’oubli : « Blanche-Neige et les sept nains ». Stupéfaits, tous les participants voient alors leur patron mimer les personnages (y compris la reine-sorcière) dans les séquences clefs du futur film. Quatre années seront nécessaires pour réaliser ce chef-d’œuvre techniquement novateur présenté le 21 décembre 1937 à Los Angeles. Disney, le visionnaire, a gagné son pari fou. En février 1939, suprême consécration, il reçoit huit Oscars : un grand et sept petits symbolisant les héros de son film.

    Œuvre majeure, « révolutionnaire » selon certains, cassant allégrement les poncifs du western, « Il était une fois dans l’Ouest » en est paradoxalement à la fois le plus grand et le dernier. Le titre est déjà une déclaration d’intention évoquant les contes perdus de la vieille Amérique… pour mieux les bousculer. Car Sergio Leone ne fait jamais les choses à moitié. Il est maniaque et soucieux du détail, ce qui le rapproche de Visconti. Bruits d’ambiance, gros plans, brièveté des dialogues, silences éloquents… A l’inverse d’un John Ford bavard exaltant le chemin de fer comme vecteur de civilisation, Leone en démonte les bienfaits et souligne les stigmates sociaux et raciaux de l’époque. La musique somptueuse d’Ennio Morricone coule de source et les acteurs s’en inspirent avec délectation. L’alchimie fonctionne et le résultat crève l’écran. L’écho lancinant de l’harmonica résonne toujours dans nos têtes.

    Claude Sautet est tombé amoureux de Romy Schneider dès sa première audition (comment lui donner tort ?). Lors de leur rencontre, l’actrice, 32 ans, née à Vienne mais allemande (puisque Hitler avait annexé l’Autriche en mars 1938), porte un chignon. Ce fameux chignon qu’elle nouera plus tard dans le film, avant qu’elle ne se penche sur la machine à écrire de Pierre (Michel Piccoli). « J’ai simplement éprouvé la sensation confuse qu’elle était intelligente, avec quelque chose de plus » confiera Sautet en la choisissant. Débute entre eux une liaison brève mais singulière, pour ne pas dire ambigüe, qui ne sera jamais assumée au grand jour. A l’instar des héros du roman de Paul Guimard qui vivent une relation amoureuse faite de hauts et de bas. Quoi qu’il en soit leur collaboration artistique se poursuivra avec quatre autres films et raconte bien plus qu’une simple idylle de cinéma. Entre rêve, vie et trépas, il y a l’amour. Ce sont « Les choses de la vie ».

    Les films
    • Les lumières de la ville (Chaplin – 1931)
    • Blanche-Neige et les sept nains (Disney -1937)
    • Citizen Kane (Welles -1941)
    • Les enfants du paradis (Carné – 1945)
    • Chantons sous la pluie (Donen & Kelly – 1956)
    • Certains l’aiment chaud (Wilder – 1949)
    • La mort aux trousses (Hitchcock – 1959)
    • A bout de souffle (Godard – 1960)
    • Lawrence d’Arabie (Lean – 1962)
    • Le guépard (Visconti – 1963)
    • 2001 l’odyssée de l’espace (Kubrick – 1968)
    • Il était une fois dans l’Ouest (Léone – 1968)
    • Les choses de la vie (Sautet – 1970)
    • Le limier (Mankiewicz – 1972)
    • Chinatown (Polanski – 1974)
    • Les dents de la mer (Spielberg – 1975)
    • Taxi Driver (Scorsese – 1976)
    • Le dernier métro (Truffaut – 1980)
    • Barbie (Gerwig – 2023).
    L’aventure des films. Histoire de vingt tournages mythiques – Olivier Rajchman – 448 pages – Format broché – Encart folio de 20 photos en noir et blanc des films évoqués – Editions Perrin – ISBN : 978-2-262-10454-2 – Dépôt légal : avril 2025.

  • Un film inédit sur la libération de Paris

    Un film inédit sur la libération de Paris

    Libération de Paris

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    Un film amateur sur la libération de Paris trouvé récemment prouve, une fois encore, que les cinéastes amateurs sont bien les témoins de leur temps.

    La fréquentation des brocantes et trocs et puces réserve parfois de belles surprises. Comme ce petit film tourné par un anonyme dans le format 8 mm (format amateur sorti en 1932) sur la libération de Paris entre le 19 août et le 25 août 1944, date de l’arrivée triomphale de la 2e Division Blindée du Général Philippe Leclerc.

    En voici le descriptif détaillé.

    Une troupe d’artilleurs allemands (une trentaine d’hommes) remonte en bon ordre une avenue, suivie par deux chevaux tirant chacun un petit chariot bâché. Deux soldats ferment la marche (scène prise du haut d’une fenêtre, mais bien filmée).

    Trains immobilisés en gare par la grande grève déclenchée par les cheminots (elle a débuté le 10 août 1944 et constitue le premier mouvement d’insurrection populaire contre l’occupant pour libérer la capitale). 

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    Une poule blanche arpente une rue pavée déserte, avant de disparaître sous une porte cochère.

    Non loin d’une gare, une barricade avec ses occupants. Les jeunes combattants exhibent des armes lourdes. Les visages sont graves et déterminés, mais quelques uns sourient à la caméra.

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    Des curieux s’approchent d’une automitrailleuse allemande neutralisée. Deux  fillettes posent devant en souriant.

    Une foule importante s’agglutine devant l’hôtel de ville où l’on hisse le drapeau tricolore au cours d’une cérémonie officielle à laquelle assistent des gendarmes mobiles au garde à vous. Applaudissements et gros plans sur les visages du public. 

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    Place de la Concorde, un homme, juché sur le toit d’une automobile, harangue la foule qui sourit car il semble ivre, cherchant constamment son équilibre. Des avions en escadrille survolent la capitale.

    Un accordéoniste devant la devanture de l’établissement « Au petit Bougnat » (rue de Courcelles, 17e arrondissement) fait danser quelques jeunes gens dans la rue.

    Une batterie DCA allemande étroitement surveillée par trois résistants casqués non loin d’un jardin (Tuileries ?).

    Les murs criblés de balles et les vitres fracassées de grands immeubles (rue de Rivoli ?).

    Les Parisiens envahissent en masse les parcs (Tuileries, Luxembourg…) afin de savourer leurs premières heures de liberté enfin retrouvée.

    A la gare d’Austerlitz, des pancartes informent les voyageurs qu’aucun train ne circulera le dimanche 3 septembre (jour fixé pour la fête de la Libération).

    Une foule importante remonte les Champs-Élysées pour assister au défilé des troupes de la 2e DB du Général Leclerc dans la matinée du 25 août. Scènes de liesse générale. Des femmes se hissent sur les marchepieds des jeeps pour embrasser les soldats. Certaines sont debout, cheveux au vent, dans les cabines des véhicules militaires. Un homme caresse une oie blanche, mascotte juchée sur l’un des chars de la 2e DB arborant la cocarde bleu-blanc-rouge. 

    La joie prédomine, mais quelques visages graves révèlent la fatigue et la dureté des combats livrés.

    Le trafic ferroviaire (vues sur les voies ferrées vides) toujours totalement interrompu.

    Une nuée de vélos envahit la place de la Concorde.

    Une foule dense, contenue par des gendarmes mobiles, se presse atour de l’Arc de Triomphe où le drapeau tricolore a été hissé. Des monoplans survolent la scène. Fin.  

    Commentaire

    A l’évidence, ce film a été réalisé par un amateur averti qui devait faire partie d’un club de cinéastes amateurs parisien au vu de la qualité de son film : il a même placé une mire au début pour faire la mise au point et conclu son film avec le mot "Fin". Aucun flou, nombreux plans variés et dynamiques (dont beaucoup de gros plans) tournés au cœur même de la foule.

    On sent très nettement la différence d’ambiance entre les premières images : celles où l’on voit les Allemands (leur départ a commencé le 19 août 1944), les rues désertes (la poule blanche) et les barricades érigées par des combattants et FFI – puis celles où la foule envahit massivement les rues pour assister à l’arrivée, le 25 août, de la 2e Division Blindée du Général Leclerc. Les grappes humaines agglutinées sur les plateformes des bus et des camions, les cohortes de Parisiens remontant l’avenue des Champs-Elysées vers l’Arc de Triomphe où flotte  à nouveau le drapeau français…

    Ce document exceptionnel prouve une fois de plus que les cinéastes amateurs sont bien les témoins privilégiés de leur temps. Des images très intéressantes sur la 2e DB de Leclerc dont les étapes victorieuses qui l'accompagnèrent du Tchad au Rhin en passant par Paris, rendirent célèbre.

    Grâce aux images qu’il a ainsi enregistrées, ce cinéaste a su restituer l’atmosphère fébrile et enthousiaste de la libération de Paris, n'hésitant pas à se déplacer pour capter les émotions à chaud. A un moment, on voit son reflet quand il filme avec sa petite caméra 8 mm l’impact d’une balle dans la vitrine d’un magasin (il s’agit d’un quinquagénaire).

    Quelques séquences surexposées – l’opérateur n’ayant pas eu le temps de régler correctement la mesure de la lumière (à cette époque les caméras n’étaient pas équipées de posemètre automatique). La présence de nombreux gros plans et plans de coupe attestent d’un bon savoir-faire dans la pratique du montage. La cadence de tournage est de 16 images/seconde (vitesse standard à l’époque) et on projettera donc ce précieux document à la vitesse de 18 images/seconde sur un projecteur Standard 8 mm.

    Ce document est en très bon état (aucune rayure). Les contrastes sont très bons dans les noir et blanc de la pellicule KODAK que le cinéaste avait dû conserver malgré les restrictions. Rappelons que se procurer de la pellicule durant la période de l’occupation était très rare car extrêmement difficile et dangereux : on pouvait être soupçonné d’espionnage et donc être fusillé sur le champ.

    La bobine en aluminium est de marque allemande DEGETO, non voilée, et rangée dans une boîte alu sans marque. Six ou sept collures ont dû être refaites par mes soins car devenues cassantes.

    S.Moroy

  • « Vallauris terres et flammes »

    « Vallauris terres et flammes »

    Quand Picasso était potier et céramiste à Vallauris

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    Plat espagnol décoré d’un œil et de taureaux (Cannes-Vallauris, 20 mai 1957). Terre rouge avec décor aux engobes et incisions. Dation Pablo Picasso 1979. Photo  S.Moroy, Musée national Picasso, Paris 3e 

    Vu récemment « Vallauris terres et flammes », le documentaire de Robert Mariaud réalisé en 1951 sur le travail et les œuvres de Pablo Picasso (1881-1973) quand il s’était installé à Vallauris.

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    Photo S. Moroy  prise à l'écran 

    Vallauris, dans les Alpes-Maritimes, centre rayonnant de la poterie, dont les fumées laborieuses sont le symbole de sa tradition ouvrière et artisanale, garde intact son art si ancien.

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    Photo S. Moroy  prise à l'écran

    Un art immuable, dont les gestes se sont perpétués à travers les âges pour nous parvenir, semblables à ce qu’ils étaient dans les temps les plus reculés. Les collines et bois alentour abondent en argile riche en teneur et son extraction, pénible, laisse de profonds terriers. Entre le séchage sur terrasse et la cuisson, les pièces passent dans les mains de l’engobeuse. Elles sont ornées aux oxydes colorants et baignées dans un vernis transparent qu’est l’émail. Les procédés et dosages du céramiste sont nombreux. Disposées dans un grand four, les pièces cuisent à la flamme libre… [prélude du film].

    Photo B - CopieAinsi, à travers l’évocation du travail des potiers de Vallauris, nous découvrirons celui de Pablo Picasso. Il a emménagé dans le village en 1948 (il y restera jusqu’en 1955) pour y créer pas moins de 4000 œuvres uniques, apportant sa prospérité et sa renommée au village provençal.

    Picasso près du poêle sur lequel est posé la sculpture « Tête (pour la femme en robe longue) » dans son atelier du Fournas, à Vallauris. Septembre 1952. Photo de Robert Doisneau / Succession Picasso 2021 – Photo  S.Moroy: Musée national Picasso, Paris 3e.

    Car l’artiste espagnol a maîtrisé rapidement les techniques ancestrales des potiers vallauriens pour créer de nombreuses pièces aux formes et thématiques variées, y ajoutant sa propre expression, si particulière et reconnaissable entre toutes. 

    Son travail, dont les réalisations sont exposées dans le film en pleine nature, innove par sa nouvelle interprétation des formes, des motifs et des coloris ; faisant redécouvrir le folklore et les arts primitifs. On voit l’artiste travailler dans son atelier et présenter à la caméra, entre autres créations, les pichets provençaux, les cruchons en forme de hiboux, les assiettes en forme de visage noir, la chèvre, etc.

    Texte  S. Moroy

  • Villevaudé ► Fête communale

    Villevaudé ► Fête communale

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    Villevaudé ► Claude François suscite toujours l’émoi

    Ce n’est rien de moins que le meilleur sosie de Claude François que la municipalité a invité, samedi 28 juin 2025, pour la traditionnelle fête estivale du village. Un concert qui a embrasé la soirée (déjà chaude) et réjoui grands et petits. 

    En souhaitant la bienvenue à ses administrés, le maire, Nicolas Marceaux, a confirmé sa candidature pour les municipales 2026.

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    Les chansons de Claude François, disparu le 11 mars 1978 à  l’âge de 39 ans, sont indémodables. Pour preuve, le concert en son hommage offert aux villageois et organisé avec la société Emergence Production, a rassemblé beaucoup de spectateurs sur l’esplanade verdoyante des Merisiers.

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    Originaire de Béziers (Hérault), Yannick Bons, 36 ans, est fan du chanteur depuis ses 12 ans et a réussi à parfaire son idole jusque dans le moindre détail.

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     Aujourd’hui, victime de son succès, il enchaîne depuis dix ans les tournées au rythme d’une cinquantaine par an. « On a bataillé ferme pour l’avoir car il est très sollicité. Mais heureusement pour nous, il a fini par accepter » a révélé, plutôt fier, Stéphane Vartanian, premier adjoint au maire chargé de l’environnement et du cadre de vie.

    Dans le cercle très fermé des sosies de Cloclo, Yannick est en effet l’un des meilleurs, réunissant trois qualités rares mais capitales : une ressemblance troublante, une similitude de voix et une réelle énergie sur scène. Accompagné de son orchestre, de deux choristes et bien sûr de quatre Clodettes, Yannick a donc interprété plusieurs titres, dont Belle-belle-belle, Chanson populaire, Le lundi au soleil, Belinda, Magnolias for ever, Le chanteur malheureux, Le mal aimé, J’avais 17 ans, Sale bonhomme, Alexandrie Alexandra… Bluffé par sa prestation, Christian, un Courtrysien de 55 ans, confie : « Sa voix est la plus proche de celle de Cloclo de tous les sosies que j’ai jusqu’alors entendus. »

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    Comme d’habitude
    faisait également partie du répertoire de l’artiste bitterois. Cette chanson, coécrite en 1967 par Claude François, connut un succès international après son adaptation en anglais et fut d’ailleurs interprétée par les plus grands : Paul Anka, Franck Sinatra, Nina Simone et Elvis Presley.

    Cloclo11Ce soir-là, émotion et nostalgie ont délicieusement envahi le public qui n’a pas boudé son plaisir. Il a dégusté jusqu’à la dernière minute le spectacle – dont le final  avec le fameux jeté de veste et le retour sur scène en peignoir blanc  – fredonnant en chœur les tubes de l’idole. Délicate attention, Yannick a fait monter sur scène plusieurs enfants pour Le téléphone pleure.

    Prisca, 67 ans, ancienne Clodette, habite près de Gap (Hautes-Alpes). Elle avait fait le déplacement pour soutenir Yannick, comme d’ailleurs bon nombre de ses fans venus du Sud de la France. Prisca a travaillé cinq ans avec Claude François (de 1973 à 1978) et relaté, après quelques pas de danse sur scène, sa dernière tournée en Suisse, soit juste avant son retour à Paris et sa tragique disparition : « Il aimait son public et se donnait à fond. Parfois jusqu’à l’épuisement. Je l’ai trouvé heureux et, pour une fois, je l’ai même vu sourire : il refaisait sa vie avec Kathalyn ».

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    Comme un chanteur malheureux. Que l’on n’écoute plus. Comme un chanteur malheureux. Que les gens n’aiment plus…. La soirée a démontré, bien au contraire, que le chanteur était toujours bien vivant dans les cœurs. Quel plus bel hommage pouvait-on lui rendre ?

    Texte et photos : S. Moroy

  • Vaccination contre la tuberculose : 20 ans de combat

    Vaccination contre la tuberculose : 20 ans de combat

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    Vaccination contre la tuberculose : 20 ans de combat

    Vu récemment « Une tâche difficile », film réalisé par Jean Leduc en 1956 et consacré à l’histoire de la découverte du BCG (Bacille Calmette et Guérin). Ce documentaire passionnant a été réalisé pour le Ministère des affaires sociales et a bénéficié du soutien de l’Education nationale.

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    La trame du film

    En août 1930, sur le bateau qui le mène à la conférence sur la tuberculose à Oslo (Norvège), Albert Calmette (1863-1933) évoque avec Camille Guérin (1872-1961) ses travaux qui, commencés en 1901, le conduiront à la première vaccination antituberculeuse le 21 mai 1921. Calmette s’éteignait en octobre 1933 après avoir vu le monde entier adopter le vaccin BCG et son vaccin disculpé dans la tragédie de Lübeck.

    Débuts et essais à Lille

    Remarqué par Pasteur, Albert Calmette arrive à Lille en 1897, en tant que directeur de la filiale de l’Institut Pasteur qui vient d’être créée. Lille est encore une ville très ouvrière, et la tuberculose, maladie mortelle y est répandue. Calmette commence un travail de longue haleine : la recherche d’un vaccin. Il fait alors appel à Camille Guérin, vétérinaire diplômé de l’école de Maisons-Alfort et jeune chercheur de 24 ans. Guérin pourra notamment aider Calmette pour les expériences sur les animaux.

    Les bovins sont en effet touchés par une souche de tuberculose bovine, très proche de celle de l’homme et qu’on pensait à l’époque identique. En 1908, Calmette et Guérin mettent en culture, afin de l’étudier, une souche de la tuberculose bovine isolée d’une mammite de vache. Ils ne se doutent alors pas que c’est cette mise en culture, sur un milieu constitué de fragments de pomme de terre auto-clavée et de bile de bœuf, qui les mènera à la découverte du vaccin. Toutes les trois semaines, ils effectuent un repiquage des bactéries.

    Le repiquage consiste à prendre une partie des bactéries cultivées pour les mettre sur un nouveau milieu, toujours avec la même composition. Leurs essais sont interrompus par la Première Guerre mondiale et l’occupation allemande dans le Nord de la France en 1915. Le laboratoire de Lille est même endommagé par une explosion. Heureusement, la culture souche est intacte.

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    Première vaccination

    En mai 1921, le premier essai sur un nourrisson est enfin réalisé. Calmette accepte de réaliser cet essai car, né dans un milieu tuberculeux, les chances de survie du nourrisson sont très précaires. L’enfant est sauvé grâce au vaccin et sa croissance s’effectue normalement. De 1924 à 1928, le vaccin BCG est administré à 114.000 enfants en France et 60.000 en Indochine sans aucun incident. Dès lors la vaccination dans les colonies comme à l’étranger se développe.

    Le scandale de Lübeck

    Mais en mai 1930 arrive une terrible nouvelle. A Lübeck (Allemagne), 71 enfants seraient morts après avoir été vaccinés par le BCG. Calmette vit là une période dramatique de sa vie : la persistance du moindre doute peut détruire 30 ans d’un labeur scrupuleux.  Mais son vaccin n’était pas en cause. Le 6 février 1932, la justice déclare que les accidents de Lübeck sont dus à une erreur commise au laboratoire allemand pendant la préparation du vaccin. Pour Calmette, c’est la fin d’un profond cauchemar. Le BCG vivra, mais lui-même, marqué par cette dernière épreuve s’éteint le 29 octobre 1933. Les paroles qu’il avait un jour prononcées sur l’œuvre de Pasteur pouvaient aussi s’appliquer à lui : « Vous verrez comme tout cela grandira plus tard. »

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    Le BCG a servi à vacciner des millions et des millions de sujets. Du Nord au Sud, d’Occident en Orient, comme dans cette Indochine où Calmette fonda l’institut Pasteur de Saïgon. Quel chemin parcouru. Et qui mieux que Guérin, qui a vécu cette prodigieuse aventure commencée il y a maintenant plus de 55 ans, peut témoigner qu’elle a abouti parce que ceux qui l’ont engagée au début du siècle ont fait leurs les paroles de Pasteur :

    « Croire que l’on a trouvé un fait scientifique important, avoir la fièvre de l’annoncer et se contraindre des journées, des semaines, parfois des années à se convaincre soi-même, à s’efforcer de ruiner ses propres expériences et ne les produire que lorsque l’on a épuisé toutes les hypothèses, est une tâche difficile. »

    Qu’en est-il aujourd’hui ?

    La vaccination par le BCG n’est plus obligatoire, mais reste fortement recommandée pour les enfants résidant en France et présentant des facteurs de risque, idéalement au cours du 2e mois de vie. Elle peut être effectuée dans un centre de protection maternelle et infantile (PMI).

    Texte et photos (prises à l’écran) : S. Moroy

     

  • Rodin ou le désir brûlant de créer

    Rodin ou le désir brûlant de créer


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    Vu en 9,5 mm, format cinéma aujourd’hui disparu, le documentaire sur Rodin réalisé par René Lucot en 1942 et édité par PATHÉ en 1946 sous le numéro de catalogue 4651.

    Résumé

    En 1840, au 3 rue de l’Arbalète, entre le Panthéon et l’église Saint-Médard, naquit celui qui deviendra le plus grand sculpteur des temps modernes : Auguste Rodin.

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    Jeune homme, il étudie au Musée du Louvre, la statuaire des Egyptiens et des Grecs et s’exerce à modeler. Rodin a aussi la passion du dessin et fait des croquis même pendant ses repas. Admiratifs, ses camarades le poussent à se présenter à l’école des Beaux-arts. Trois fois de suite, il y est refusé. Sans se décourager, il continue à sculpter et, en 1864, il envoie au salon un véritable chef-d’œuvre : le buste de Bibi, palefrenier du marché aux chevaux. La figure est refusée. Placé comme apprenti chez un ornemaniste, Rodin admire Carpeaux dont le groupe de la Danse, à l’Opéra, constitue le chef-d’œuvre (visible au Musée d’Orsay, Paris 7e). 

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    Sa sœur unique, qui est entrée au couvent, y meurt. Très pieux également, Rodin décide d’entrer dans un cloître. La Congrégation des Pères du Saint-Sacrement l’accueille sous le nom de frère Augustin. Mais Rodin a des mains qui ne sont pas faites pour la prière : elles brûlent du désir de créer. Un bienheureux père lui demande de faire son buste et le persuade de quitter le couvent. En 1874, le buste de Bibi, sous le nom de Monsieur B… est finalement accepté au salon. 

    Trois ans plus tard, il entreprend sa première grande œuvre : L’âge d’Airain. La surprise que cause au salon la merveilleuse statue est telle que l’artiste est accusé de l’avoir moulé… sur un corps vivant ! La critique qui répand cette calomnie, fait connaître enfin le nom de Rodin. L’Etat achète l’œuvre et lui commande une porte monumentale, destinée au futur Musée des arts décoratifs. La Divine Comédie de Dante, que Rodin relit si souvent, lui inspire l’œuvre de sa vie : La Porte de l’Enfer. Les 200 figures que comporte cette porte constituent un monde dans lequel Rodin ne cessera de puiser. Il en détache Le Penseur (son œuvre la plus célèbre), Le Baiser, Ève, etc. 

    La ville de Calais charge Rodin de glorifier ses six bourgeois s’offrant au vainqueur pour sauver leur ville natale. Chacun des personnages traduit par le geste, le mouvement, l’expression des mains, le sacrifice qu’il fait de son existence.

    La Société des gens de lettres commande à Rodin la statue de Balzac. Cette œuvre heurte tous les préjugés, mais la Société des gens de lettres eut beau refuser la statue, elle finit par s’imposer, pour la plus grande gloire des deux maîtres. Un tel génie semblait défier la mort ; pourtant, ces mains créatrices de grands chefs-d’œuvre cessèrent de vivre le 17 novembre 1917. Selon son souhait, Rodin fut enterré dans sa propriété de Meudon, sous le bronze du « Penseur ».

    Commentaire

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    La vie et l’œuvre de Rodin (1840-1917), de sa naissance dans le 5e arrondissement de Paris à son apogée, sont ici minutieusement relatés. Merveilleuse photographie noir et blanc soulignant le moindre des détails et la beauté des sculptures du maître. Présentation du chef-d’œuvre de sa vie : la Porte de l'Enfer, de laquelle il a extrait la plupart de ses créations : le Penseur, le Baiser, l'Homme qui marche, Saint Jean Baptiste. La genèse de son Balzac, ses bustes, ses dessins…

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    Les inventions formelles de ce génie ont marqué son époque, préfigurant l’art moderne. Son processus créatif va en effet mettre en avant des caractéristiques saisissantes qui ont fortement imprégné ses recherches, comme l’expérimentation, le travail en série, la perpétuelle mutation des formes.

    Texte et photos prises à l’écran : S. Moroy

  • Au pays des mages noirs, le film de Jean Rouch

    Au pays des mages noirs, le film de Jean Rouch

    Au pays des mages noirs, le film de Jean Rouch

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    Vu récemment le premier court métrage de Jean Rouch, souvent cité comme référence du film documentaire ethnographique : « Au pays des mages noirs » (1947).

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    Pour sa réalisation, ce film avait reçu le soutien du Ministère de la culture et du Centre national de la cinématographie (C.N.C.).

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    D’emblée, un préambule avertit le spectateur : « Le chasseur d’images qui, au centre de l’Afrique noire, a réussi à filmer la vie publique et secrète d’un village du Niger, a dû, en raison de leur caractère sacré, prendre les plus extrêmes précautions pour enregistrer les scènes saisissantes de la danse de la possession.

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    Le public excusera donc les imperfections qui peuvent entacher certaines images que nous n’avons cependant pas cru devoir retirer en raison de l’intérêt qui s’attache à cet extraordinaire document.
     »

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    Résumé

    Nous sommes dans cette partie de l’Afrique noire qui longe le Niger, entre Gao et Niamey. Les Songhai vivent sur les bords du fleuve Niger, à la lisière de la forêt. C'est un peuple vivant de la culture, de la chasse et de la pêche. Tandis que les enfants pilent le mil, les hommes fabriquent les harpons en vue de la grande chasse à l'hippopotame car la recherche de viande est l'objectif de la saison sèche. 


    Tous les harpons sont ensuite réunis sur la place du village pour leur consécration au génie du fleuve, via un sacrifice de mouton. Cette cérémonie est le prélude rituel à la chasse.

    Le jour fixé par les Augures, les pirogues partent à la recherche de l'animal. Vu par un guetteur, l'assaut sur ce dernier est donné. Toutes les pirogues s'élancent pour placer les harponneurs à bonne portée. A plusieurs reprises, les chasseurs lancent leurs harpons.

    Une fois la bête abattue, les pirogues s'approchent du cadavre pour le remorquer. Arrivés sur la berge, en présence de tout le village, le dépeçage de l'animal et le fumage de la viande peuvent commencer, rythmés par les chants de la population.

    Sur la place du village, c'est maintenant l'heure des danses sacrées. La danse des génies (ou danse de la possession) réunit les femmes et les hommes au son des calebasses.

    Le rythme s'accélère, l'emprise des génies est progressive, jusqu'à l'extase. Une femme entre en transe, possédée par Zicco, le génie du fleuve. L'hystérie devient collective et se traduit par des convulsions, l'émission de bave et des sauts désordonnés dans tous les sens.

    Le lendemain, le village a retrouvé son calme et la vie quotidienne a repris. L'Afrique ajoute une année à ses millénaires. Rien n'a changé. L'Afrique éternelle ou plutôt l'Afrique sans âge.

    Commentaire

    Jean Rouch (1917-2004) a été formé par le cinéaste Jacques Becker (Goupi Mains Rouges, Casque d’or, Ali Baba et les 40 voleurs, Touchez pas au grisbi…) à la technique cinématographique alors qu’il effectuait un voyage au Sahara.

    Au sujet de ce premier court-métrage, il déclarera : « Je n’avais aucune notion des raccords. Je tournais par morceaux, ce qui m’intéressait, sans souci du montage à venir ». Les scènes de transes sont assez saisissantes, telles celles de l'homme qui se brûle le torse avec une torche, l'homme ne cessant de faire des sauts en arrière ou encore celui qui bave abondamment.

    Un documentaire dur mais fascinant qui fait encore aujourd’hui référence dans le genre, même si le commentaire adopte un ton délibérément colonialiste car récupéré par les Actualités françaises d’après-guerre.

    Le film est visible sur YouTube :

    https://www.youtube.com/watch?v=C1WeSAeuNhM

     

  • Anniversaire  Bécane et cinoche : 130 bougies au compteur

    Anniversaire Bécane et cinoche : 130 bougies au compteur

    Anniversaire

    Bécane et cinoche : 130 bougies au compteur

    La moto et le cinéma sont presque jumeaux puisque nés tous deux en 1895. Le premier film fut tourné le 19 mars 1895 par les frères Lumière pendant que d’autres frères, les Werner, planchaient sur la première motocyclette dotée d’un moteur à essence et, surtout, de freins.

    Duck Soup
    Il s’agit donc bien d’une histoire de fratrie. Mais, comme dans la plupart des familles, les enfants terribles ne se ressemblent pas vraiment et leurs amours épisodiques ont souvent tendance à nous surprendre.

    Terribles mais drôles

    Leurs premiers pas s’effectuèrent ensemble. Et plutôt joyeusement. Dès 1912, dans les comédies de Mack Sennett, les poursuites des « Keystone Cops », ces fameux flics américains juchés sur des Indian ou des Harley-Davidson (firme fondée en 1903) ont beaucoup contribué à la renommée de la compagnie Sennett pendant l’âge d’or du cinéma burlesque américain.

    Le grand délire arrive plus tard avec Stan Laurel et Oliver Hardy. En 1929, dans le film Two Tars (V’la la flotte), nos deux joyeux compères, qui incarnent des marins en permission, détruisent méthodiquement les voitures bloquées par un embouteillage. Survient un flic qui béquille posément sa Harley au milieu de la route pour entreprendre d’arrêter le massacre. Un camion déboite et roule sur la moto, la transformant en feuille de métal.

    Des gags, encore des gags avec les Marx Brothers. Léo Mac Carey réalise en 1933 La soupe au canard (Duck Soup), dans lequel on voit Harpo sautant dans un side-car (« panier » dans le jargon motard) attelé à une Harley pilotée par Groucho. Celui-ci démarre en trombe, laissant sur place le pauvre Harpo tranquillement installé dans le panier.

    Un autre comique américain, W.C. Fields, conduit un étrange engin dans The big Broadcast (1938). Sa machine ressemble à un scooter et sa propulsion est assurée par une hélice d’avion à l’arrière. Deux petites ailes peuvent se déployer et le convertir en avion. W.C. Fields l’utilise sur un green de golf pour gagner du temps. Son parcours achevé, il presse un bouton et s’envole pour atterrir sur un paquebot au milieu de l’océan Atlantique.

    Moto rebelle

    Equipee sauvageL’Amérique nous livre en 1953 un classique du genre qui deviendra rapidement un mythe viril à part entière : L’équipée sauvage (Laslo Benedek) dans lequel la belle et indomptable Triumph Thunderbird 6T acceptait un mariage de déraison avec Marlon Brando pour former un couple d’enfer.

    A tel point que la violence et la noirceur sociale du film lui vaudront d’être interdit au Royaume-Uni jusqu’en 1966.

    A propos d’enfer, Les anges de l’enfer (The Wild Angels) débarquent en 1966 pour soulever la terreur dans un petit village américain.

    Peter Fonda et Mary Sinatra sont les principales vedettes parmi une authentique bande de loubards recrutés pour les besoins du tournage, qui donna bien des sueurs froides au réalisateur Roger Corman, pourtant spécialiste des films de frissons.

    Les grands conflits inspireront deux chefs-d’œuvre : Lawrence d’Arabie (David Lean, 1963) avec Peter O’Toole et sa Brough Superior, une moto anglaise d’exception avec laquelle il aura un accident en mai 1935 qui lui coûtera la vie (c’est d’ailleurs l’intro du film). Lawrence avait reconnu que la vitesse lui procurait autant d’excitation que les combats qu’il avait menés jusqu’aux portes de Damas.

    Moto  liberté

    La grande évasion (John Sturges, 1963) est le second long métrage. Sa scène culte est bien sûr celle où Steve McQueen saute par-dessus le grillage de la frontière avec une Triumph Trophy 650 pour voler vers la liberté.  

    Easy-rider

    Cette prouesse spectaculaire a été réalisée par Bud Ekins, cascadeur professionnel, et non par Steve comme certains persistent à le croire encore aujourd’hui. Mais comment Steve a-t’il pu se procurer une Triumph sur le sol allemand ? La production de motos était alors essentiellement assurée par BMW et Zündapp, cette dernière firme ayant même doté la Wehrmacht de 750 cm3 avec marche arrière pour la campagne de Russie.

    On passera sur le navrant Roustabout (L’homme à tout faire, 1964) avec un Elvis Presley désœuvré poussant la chansonnette et sa rutilante Honda CB 77 de 300 cm3 au gré des fêtes foraines.

    Inspiré par le phénomène hippie, le mythe de la moto-liberté déboule en 1969 avec Easy Rider. Cette fois, Peter Fonda chevauche, une Harley chopérisée avec réservoir et casque aux couleurs des States. Il est accompagné par Dennis Hopper, réalisateur du film. Ce dernier était venu en octobre 2008 à Paris inaugurer la rétrospective que la Cinémathèque française lui avait consacrée. L’histoire relate un Road Trip tragique dénonçant moins les méfaits du LSD que la bêtise et la xénophobie des « bons citoyens » américains infatués d’eux-mêmes.

    Moto gangster

    Le cinéma français s’intéresse également à la moto mais pour la faire jouer au gendarme et au voleur. En 1959, tandis que Jean-Luc Godard tournait son premier long métrage, A bout de souffle – dans lequel on pouvait voir plusieurs motos (Ratier, Terrot,  Motobécane, BMW et Triumph) – Claude Sautet réalisait Classe tous risques.

    Les motardsOn y suivait la fuite d’un gangster sur une belle Italienne : une Moto Guzzi Falcone 500.

    Dans un registre beaucoup moins dramatique, Les motards (Jean Laviron, 1959) nous relate les démêlés de Roger Pierre, motard de la police nationale, avec son beau-frère, motard zazou et gaffeur, interprété par Jean-Marc Thibault. Pour l’anecdote, la fameuse réplique de drague « c’est à vous ces beaux yeux ? » provient de ce film… bien de chez nous.

    Dans L’homme de Rio (Philippe de Broca, 1964), Jean-Paul Belmondo, infatigable Tintin des temps modernes, enfourche une Triumph TRW « empruntée » à un policier pour se lancer sur le périph parisien à la rescousse de sa fiancée (Françoise Dorléac) que l’on vient de kidnapper sous ses yeux.

    Jean-Pierre Melville, réalisateur spécialiste du film noir, utilise lui aussi des motos, mais pour des scènes de cascades bien plus violentes, comme dans Le deuxième souffle (1966).

    La motocyclette, de Jack Cardiff, sort sur les écrans en 1968 avec Alain Delon et Marianne Faithfull, celle-ci alors en couple dans la vie avec Mick Jagger. Une jeune femme (M. Faithfull) reçoit comme cadeau de mariage une Harley-Davidson Electra Glide de son amant (A. Delon), qui l’a initiée aux plaisirs de la moto (entre autres). Elle se tuera avec en allant le rejoindre.

    On retrouve notre Delon national dans Le gitan (José Giovanni, 1975). Il s’échappe cette fois d’une villa de Saint-Maur (Val-de-Marne) grâce à une Kawazaki 750 H2B (moto deux temps trois cylindres, modèle emblématique de la marque à l’époque) devant les forces de l’ordre qui l’encerclent.

    Une journee bien remplie

    Noir, très noir

    Mention spéciale pour Une journée bien remplie (1973), petit bijou d’humour noir et premier film de Jean-Louis Trintignant comme réalisateur. Jacques Dufilho, froid et implacable, sillonne les routes du Gard sur une BMW R75 attelée à un side-car où sa mère a pris place. Son but : tuer méthodiquement les jurés d’assises qui ont envoyé son fils à l’échafaud.

    La moto a très mauvais genre dans L’agression (Gérard Pirès, 1975). Mais faut-il vraiment se fier à l’apparence d’un blouson de cuir noir ? Les mythes ont souvent la vie dure. Outre la brillante prestation de J-L Trintignant, Catherine Deneuve et Claude Brasseur, le film est remarqué pour ses courses-poursuites entre voitures et motos. Ces dernières pilotées par de vrais champions motocyclistes : Michel Rougerie, Jean-Claude Chemarin, Jean-François Baldé et Jean-Paul Boinet. Et qui sont les beautés fatales ? Une Norton Commando, une BMW R50, une Kawazaki Z900 et une Kawazaki 500 Mach III (la plus nerveuse) affectueusement surnommée… « la faiseuse de veuve ».

    Bon sang ne saurait mentir, c’est encore une Kawa Z900 que chevauche Minos, le terrifiant serial killer poursuivi par l’intrépide et coriace commissaire Letellier (Belmondo) dans Peur sur la ville (Henri Verneuil, 1975).

    Sport, apocalypse… et retraite

    Les documentaires de Jérôme Laperrousaz, comme Continental Circus en 1972, nous dévoilent la vie particulière sur les circuits motos, avec les grands pilotes du moment : Giacomo Agostini, Jack Findlay et Bill Ivy.

    Mammuth
    Ce dernier effectuait des doublures dans des films impliquant des motos, comme La motocyclette, décrit plus haut.

    Mad Max (George Miller, 1979) tente de survivre dans un monde post-apocalyptique extrêmement violent où la notion de temps n’existe plus mais où un véhicule et de l’essence sont les seules choses qui comptent. Ce premier volet de la saga lança la carrière de Mel Gibson au guidon d’une Kawa Z1000 carénée, accompagnée de quelques consœurs nippones : Honda CB 750, Yamaka 750 XS et Honda CB 900.

    Toujours dans l’univers impitoyable de la science-fiction, Terminator 2 : le jugement dernier (James Cameron, 1991) nous montre un Schwarzeneger en grande forme, sauver in extremis le jeune John Connor à l’issue d’une spectaculaire course-poursuite entre son Harley Fat Boy et un monstrueux poids lourd.

    Dans Mammuth (Kervern et Delépine, 2010), Gérard Depardieu enfourche tranquillement sa colossale Münch Mammuth 1200TT, moto allemande rare  car produite à moins de 500 exemplaires, pour chercher des  bulletins de salaire auprès de ses anciens employeurs afin de consolider sa retraite.

    Sauver le monde sinon rien

    L’agent spécial Ethan Hunt, alias Tom Cruise, affectionne tout particulièrement la moto. Pas pour courir après des papiers de retraite, mais pour épouser une cause beaucoup plus noble : sauver le monde.

    Mission impossible Rogue Nation
    Dans Mission impossible : Rogue Nation, le cinquième opus de la série diffusé en 2015, il devient enfin crédible au guidon de sa BMW S 1000 RR. En effet, dans ses trois aventures précédentes, l’agent secret prêtait plutôt à sourire avec ses acrobaties plus qu’improbables sur sa Triump Speed Triple 955I. Et tout ça sans casque bien entendu.

    Mais il faut rendre à César ce qui appartient à César. Trente ans plus tôt, c’était une Kawa GPZ 900 Ninja (machine la plus puissante en 1986) qui propulsait (toujours sans casque) la carrière de Tom Cruise avec Top Gun, élevé depuis au rang de film culte..

    Mon coup d’œil dans le rétroviseur était bien sûr sélectif. Donc forcément réducteur vis-à-vis de nombreux autres films, sans parler de la déferlante des séries TV sur le petit écran.

    Aujourd’hui, force est de constater que malgré leurs 130 bougies, la bécane et le cinoche n’ont pas pris une ride tant brille encore la flamme de la passion. Jamais de malentendu entre ces deux là qui s’entendent toujours à merveille pour faire les quatre cents coups et nous étonner. Pour le meilleur comme pour le pire.

      Serge MOROY

    ► Quelques repères sur deux inventions françaises

    Cinéma

    Louis Lumière réalise une synthèse des appareils d’Etienne-Jules Marey, Thomas Edison et Emile Reynaud et dépose le 13 février 1895 un brevet pour un « appareil chronophotographique ». Finalement appelé « cinématographe », il sert aussi bien à la prise de vues qu’au tirage des films et à leur projection, et ce au rythme de 16 images par seconde.

    La sortie de l’usine Lumière à Lyon est le premier film réalisé à titre expérimental par les frères Lumière un mois plus tard, le 19 mars. Il montre les portes de l’usine s’ouvrir pour laisser sortir ses ouvriers et sera projeté en séance publique le 28 décembre 1895 au Grand Café de Paris.

    Moto

    En 1868, l’ingénieur français Louis Guillaume Perreaux dépose un brevet pour la toute première moto. La « Perreaux » comprend un cadre vélo avec un moteur à vapeur entraînant la roue arrière et des pédales pour la roue avant.

    Le Français Félix Millet planche sur une « bicyclette automobile ». Le 22 décembre 1888, il dépose un brevet pour un moteur rotatif à 5 cylindres en étoile. En 1895, il le monte sur la roue arrière d’une bicyclette, produite à quelques exemplaires.

    La même année, le constructeur De Dion-Bouton commercialise un tricycle muni, pour la première fois, d’un moteur à essence. L’engin rencontre un vif succès : près de 15.000 exemplaires vendus en Europe.

    Enfin, toujours en 1895, les frères Eugène et Michel Werner, Français d’origine russe, travaillent sur un vélocipède dont le moteur à essence se situe cette fois au-dessus de la roue avant. Ils l’équipent de freins et le baptisent « motocyclette » lors de son exposition au salon de Paris de 1897.

  • Quand Louis Braille mit une clarté dans la nuit

    Quand Louis Braille mit une clarté dans la nuit

    A l’occasion de la journée mondiale du Braille qui s’est déroulée le 4 janvier 2025, et ce depuis 2001, j’ai eu l’occasion de voir un documentaire 16 mm « Clarté dans la nuit », réalisé par Pierre Zimmer en 1955. C’était un film de la cinémathèque centrale de l’enseignement public, principal distributeur de films documentaires de 1920 à 1996 dans les établissements scolaires, de la maternelle jusqu’à l’université et qui portait sur l’invention de Louis Braille, né à Coupvray le 4 janvier 1809 et mort à Paris le 6 janvier 1852.

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    Résumé

    Un homme aveugle et deux enfants se recueillent devant la tombe de Louis Braille (son corps sera transféré au Panthéon en 1952. Seule la relique de ses mains est conservée au cimetière de Coupvray, dans une urne scellée sur sa tombe). Son souvenir est dès lors évoqué au travers de la survivance de son œuvre, en particulier l’application de sa méthode universelle, qui touche aussi bien aux divers domaines de l’enseignement classique qu’à la pratique de la culture artistique, notamment la musique.

    Commentaire

    AVEUGLESLa première école pour les enfants aveugles est fondée à Paris en 1784 par Valentin Haüy (1745-1822). Surnommé le « premier instituteur des aveugles », il est alors influencé, entre autres, par la philosophie des Lumières (notamment Diderot et sa « Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient ») et par l'abbé de l'Épée (1712-1789), éducateur et inventeur de l'alphabet digital pour les personnes sourdes.

    Les aveugles quant à eux devaient arriver à reconnaître par le relief chaque lettre de l’alphabet et peu y parvenait. Alors, lui-même aveugle, Louis Braille a inventé à l’âge de 15 ans une méthode, simple et valable, pour la lecture, l’écriture, le calcul, la musique… aussitôt employée par tous les aveugles du monde. 240 méthodes ont tenté depuis de la remplacer. Chaque fois, il a fallu revenir à la méthode de Louis Braille car parfaite du premier coup.

    A la fin du film, on découvre une école pour jeunes aveugles, ainsi que leur insertion dans la vie active : standardiste, ouvrier, masseur, agriculteur, accordeur d’instruments, musicien, dactylo… Le jour est venu où, grâce à leur courage et à leur ténacité, ils peuvent prendre enfin place dans la société.

    Serge Moroy

    L’association Valentin Haüy est marquée par trois grands personnages : Valentin Haüy, Louis Braille et Maurice de La Sizeranne. Chacun de ces hommes est intervenu à sa façon afin d’aider les personnes aveugles ou malvoyantes à acquérir plus d’autonomie.

  • L’équipage: un roman, un film, un chef d’oeuvre

    L’équipage: un roman, un film, un chef d’oeuvre

    Vu récemment en 16 mm, « L’équipage», film d’Anatole Litvak, 1935. Drame d’après le roman éponyme de Joseph Kessel publié en 1923.
    Pendant la Première Guerre mondiale, avant de rejoindre son escadrille sur le front, Herbillon (Jean-Pierre Aumont) a une liaison avec une femme mariée (Annabella).
     
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    Le jeune aviateur découvre que sa maîtresse n’est autre que l’épouse de Maury (Charles Vanel) avec lequel il fait justement équipage dans l’avion.
     
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    Le film nous fait découvrir l’univers méconnu des pilotes de guerre de la Première Guerre mondiale, avec ses règles, codes de conduite, mais surtout la solide amitié unissant ces hommes embarqués dans le même avion. Amitié d’autant plus renforcée que leur missions, souvent périlleuses, rendent leur espérance de vie parfois très courte. Dans ce contexte, le dilemme amoureux est d’autant plus complexe qu’il en devient poignant et même douloureux.
     
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    Le drame est servi par une interprétation magistrale et les scènes de combat aérien sont suffisamment réalistes pour être captivantes.
     
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    Lui-même enrôlé dans l’aviation française pendant la Première Guerre mondiale, Joseph Kessel (1898-1979) remporte avec « L’équipage » son premier grand succès et fait entrer l’aviation dans la littérature. C’est la deuxième fois que son roman est porté à l’écran, le premier film étant signé par Maurice Letourneur en 1928.
    Le film connaîtra un grand succès à sa sortie. A tel point que A. Litvak en fera un remake qui sortira en 1937 (The Woman I Love).
    Selon l’anecdote, Jean Mermoz est ressorti en larmes de la projection (c’était peut-être le plus beau compliment qu’on pouvait faire au film). Rappelons que Mermoz est porté disparu un an plus tard, le 7 décembre 1936 en survolant l’océan Atlantique.
    Texte et photos (prises à l’écran) : S. Moroy