Catégorie : 18 Chroniques de Serge

  • A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, Hervé Guilbert (Gallimard)

    A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, Hervé Guilbert (Gallimard)


    Sida hervé Guilbert
    Hervé Guibert est décédé le 27 décembre 1991, victime du sida à l’âge de 36 ans.
    Il a été un écrivain prolixe, mais aussi un journaliste et photographe renommé. Il apprend sa séropositivité en 1988 et va l’annoncer dans un roman autobiographique publié en 1990 chez Gallimard, et qui sera son œuvre la plus connue du public : « A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie ».
     
    Dans celui-ci, il révèle de façon frappante le combat qu’il mène au quotidien contre la maladie, ainsi que le cruel espoir qu’il nourrit d’être guéri grâce à un traitement miraculeux élaboré aux Etats-Unis.

    « De même que je n'avais avoué à personne, sauf aux amis qui se comptent sur les doigts d'une main, que j'étais condamné, je n'avouai à personne, sauf à ces quelques amis, que j'allais m'en tirer, que je serais, par ce hasard extraordinaire, un des premiers survivants au monde de cette maladie inexorable. »
    Mais hélas le remède miracle n'existe pas.
    Au-delà d'un témoignage poignant et dramatique sur le sida, l'amitié et la mort, ce roman frappe par la force et la beauté crue de son écriture et où se dressent à chaque page une rage de vivre et une violence à peine contenue.
    Quand j'ai découvert son roman, en 1991, je l'ai lu d'une traite car la grande force d’Hervé Guibert est peut-être, finalement, de nous faire réagir.
    S. Moroy
     
    Sida Hervéguilbert2A L'AMI QUI NE M'A PAS SAUVÉ LAVIE
    HERVÉ GUILBERT
    GALLIMARD
    Premier tome d'une trilogie autobiographique consacrée au sida.
    J'ai eu le sida pendant trois mois.
    Plus exactement, j'ai cru pendant trois mois que j'étais condamné par cette maladie mortelle qu'on appelle le sida.
    Or je ne me faisais pas d'idées, j'étais réellement atteint, le test qui s'était avéré positif en témoignait, ainsi que des analyses qui avaient démontré que mon sang amorçait un processus de faillite.
    Mais, au bout de trois mois, un hasard extraordinaire me fit croire, et me donna quasiment l'assurance que je pourrais échapper à cette maladie que tout le monde donnait encore pour incurable.
    De même que je n'avais avoué à personne, sauf aux amis qui se comptent sur les doigts d'une main, que j'étais condamné, je n'avouai à personne, sauf à ces quelques amis, que j'allais m'en tirer, que je serais, par ce hasard extraordinaire, un des premiers survivants au monde de cette maladie inexorable".
  • Brexit : le Royaume-Uni quitte l’Union européenne à la fin de l’année

    Brexit : le Royaume-Uni quitte l’Union européenne à la fin de l’année

    Brexit

    Ça y est, le compte à rebours est déclenché. C’est en effet à la date du 31 décembre à minuit, que l’Angleterre quittera officiellement l’Europe. Et si d’autres pays lui emboîtaient le pas ?

    Le Brexit a été plébiscité à près de 52 % par les Britanniques lors du référendum organisé le 23 juin 2016. Même si la sortie du Royaune-Uni de l’Union européenne a été plusieurs fois repoussée, elle sera pourtant effective au 1er janvier 2021.

    L’espace économique européen (EEE) couvre les 27 états de l’Union européenne : Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Croatie, Chypre, République tchèque, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Slovanie, Slovaquie, Suède et Tchéquie ; ainsi que le Royaume-Uni, l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège.

    Or, le Royaume-Uni (Angleterre, Ecosse, Pays de Galle et Irlande du Nord) s’est déjà retiré de l’UE à la date du 1er février 2020. Pendant la période nécessaire aux transactions nécessaires à ce retrait, le droit de l’Union continue d’être applicable au Royaume-Uni.

    Car l’accord de retrait prévoit une période de transition, qui se terminera le 31 décembre. Jusqu’à cette date, le droit de l’UE reste applicable dans son intégralité au Royaume-Uni. Des négociations pour faire le point sur la situation sont d’ailleurs en cours en ce moment entre le premier ministre anglais, Boris Johnson, et la présidente de la commission européenne à Bruxelles, Ursula von der Leyren.

    Une idée pour d’autres pays ?

    Par ailleurs, la crise économique qui frappe la zone euro depuis son entrée en vigueur est loin d’arranger les choses, et ce même si l’Angleterre avait le privilège d’avoir conservé sa monnaie. Au niveau politique, la gestion controversée voire inefficace des migrants, entre autres dossiers sensibles, pourrait bien conforter la position britannique sur l’échec d’un projet européen concerté et son souhait de voler de ses propres ailes.

    Enfin, l’épisode du Brexit pourrait aussi servir de test à d’autres pays qui y songeaient mais hésitaient cependant à franchir le pas. Avec le risque subséquent de fragiliser l’union européenne : Messieurs les Anglais, tirez les premiers !Serge Moroy

  • Geneviève Bossu : « Ce que j’ai fait, tout le monde l’aurait fait »

    Geneviève Bossu : « Ce que j’ai fait, tout le monde l’aurait fait »

    EN 1945, GENEVIÈVE BOSSU RAPATRIAIT LES PRISONNIERS DE GUERRE PAR AVION

    Geneviève Bossu réside à Villevaudé (Seine-et-Marne). Elle a eu 101 ans le 24 novembre et se souvient encore parfaitement des déportés qu’elle a rapatriés d’Allemagne… il y a 75 ans.

    Bossu

    Pendant l’été 1945, près de 16 000 prisonniers français ont été ramenés par avion. Ce rapatriement a été le premier et le plus important de l’Histoire et sa réussite est dû au dévouement des équipages : diplomates, médecins et infirmières, en particulier les IPSA (Infirmières pilotes secouristes de l’air).

    Pour son frère

    Geneviève a 20 ans quand la guerre éclate. Son frère, Roger Albinet (futur maire de Villevaudé, de 1947 à 1971) est prisonnier en Allemagne. Avec un simple diplôme d’infirmière, elle rejoint les IPSA, une section aérienne de la Croix-Rouge française créée en 1934, afin d’aller le chercher.

    C’est la raison pour laquelle je voulais récupérer les prisonniers, même si je savais que je ne le retrouverais pas forcément.

    Mad Bossu 4

    Première mission sanitaire

    Son départ a lieu en avril 1945. Elle doit ramener les prisonniers du camp de concentration de Buchenwald, rassemblés au Luxembourg.


    Bossu
    On les a installés dans le train, sur des brancards. Ils avaient tous une étiquette autour du cou car certains ne parlaient pas. Il y avait beaucoup de Français et j’ai même retrouvé un cousin !

    Avec la première armée française Rhin et Danube

    Le 8 mai 1945, jour où Berlin capitule, elle accompagne à Mengen la première armée française Rhin et Danube. Celle-ci est commandée par le général de Lattre de Tassigny et elle fait partie du convoi d’ambulances qui la suit. Les ponts sur le Rhin sont détruits et le ravitaillement en essence pour l’armée s’effectue par avion, de Strasbourg à la base de Mengen. Les avions repartant à vide, elle et ses cinq collègues les remplissent à raison de trois rotations par jour. Ce sont ainsi 1935 soldats, dont 560 couchés, qui seront convoyés par une centaine d’avions Junker ou Dakota.

    J'ai vu tellement de souffrances qu’aujourd'hui encore, je m'interdis de me plaindre.

    Les rescapées de Ravensbrück

    En août 1945, elle s’envole pour Malmoë (Suède) afin de rapatrier une centaine de femmes que le comte Bernadotte, diplomate suédois, a réussi à extirper du camp de Ravensbrück, deux mois avant la reddition allemande. Un terrible spectacle s’offre alors à sa vue.

    Elles n’étaient plus que squelettes. Notre crainte était que les parents les fassent manger trop. On les a soignées sur place pendant deux mois avant de les ramener en avion.

    La jeune convoyeuse se voit ensuite détachée au ministère des colonies pour évacuer des familles et des malades bloqués par les guerres à Madagascar, en Afrique, Inde et Indochine. Peu rapides et volant assez bas, il fallait six jours aller-retour aux avions pour faire Paris-Dakar.

    Une vie au service des autres

    Fin 1946, elle tombe malade et sa convalescence se déroule dans la demeure familiale, à Villevaudé.

    En 1950, elle obtient son diplôme d’infirmière d’État et sera monitrice IPSA, puis hôtesse à Air Maroc. En 1956, elle épouse Henry Bossu, directeur des essais chez Panhard, et devient, jusqu’en 1967, infirmière pour l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord).

    En 1968, elle travaille dans un laboratoire puis, jusqu’à sa retraite en mai 1981, comme infirmière à la Compagnie générale d’électricité. Après la mort de son époux, en 1995, elle décide de rester à Villevaudé.

    Ce que j'ai fait, tout le monde l’aurait fait.

    Nommée chevalier de l’ordre national du Mérite par décret du 14 novembre 2003, Geneviève Bossu aura le privilège d’être décorée le 11 mars 2004 par Geneviève de Galard, l’héroïque convoyeuse de l’air de Diên Biên Phu (Indochine), elle-même Grand-croix de la Légion d’honneur.

    Repas seniors

    Serge Moroy 
  • ROBERT MARCHAND, LE PLUS VIEUX SPORTIF DU MONDE, VA SOUFFLER 109 BOUGIES

    ROBERT MARCHAND, LE PLUS VIEUX SPORTIF DU MONDE, VA SOUFFLER 109 BOUGIES

    Robert Marchand, doyen des champions cyclistes, fête ses 109 ans ce 26 novembre. Pendant le premier confinement, il s’entraînait tous les jours sur son vélo d’appartement, mais sa nièce, le trouvant affaibli, l’a placé dans la maison de retraite située dans son quartier, à Mitry-Mory (Seine-et-Marne).

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    Mais quel est donc le secret de « ce malicieux diable d’homme qui semble défier le temps » comme l’a si bien surnommé le champion Bernard Thévenet, vainqueur du tour de France 1975 et 1977 ?

    Je bois très peu de champagne et je n’aime pas les gâteaux, trop de sucre. Ma devise ? C’est user de tout, n’abuser de rien. Et aussi pratiquer la culture physique, si possible tous les jours.

    Robert Marchand

    Plus vieux recordman du monde cycliste

    Car parmi son impressionnant palmarès, le Mitryen, un mètre 50 pour quelque 50 kilos, détient le record du monde de l’heure, soit 22,55 km accomplis en une heure.

    Il a réalisé son exploit en 2017, au vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines (Yvelines) et dans la catégorie masters, une catégorie spécialement créée pour lui. Jamais dans l’histoire, un centenaire n’avait réalisé un tel exploit.

    J’aurais pu faire mieux car je m'économisais, pensant que j’avais encore des tours à faire.

    Robert Marchand

    Indestructible

    Mitry-Mory est une petite ville d’à peine 20 000 habitants, mais il y a plus de 3000 licenciés à USJM (Union sportive de la jeunesse de Mitry-Mory) et il y a bien sûr notre ami Robert, qui est un élément fédérateur du club, mais aussi stimulant : comment voulez-vous qu’un cycliste moins âgé que lui vienne se plaindre ? C’est aussi une relation interactive extrêmement positive : il nous apporte et le groupe lui apporte aussi. Robert a une volonté de fer. Il aime relever les défis et, quand il a un objectif en tête, il est redoutable, indestructible.

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    Alain Gautheron, président du club des Cyclos-Mitryens (9 décembre 2018)

    La Robert Marchand : une course en son honneur

    En guise d’hommage, son club organise depuis juin 2018, une randonnée de 647 km avec 4946 mètres de dénivelé positif entre le quartier Cusino où Robert réside à Mitry-Mory, jusqu’au col qui, depuis 2011, porte son nom à Lalouvesc, un village de l’Ardèche. Pour le symbole, le col fait 911 mètres et Robert est né en 1911.

    Le bonhomme, petit par la taille mais grand par le talent, est donc un véritable phénomène. Médaille d’or de la jeunesse et des sports, détenteur de l’Ordre national du mérite, reçu à l’Elysée par François Hollande, alors président de la République, c’est le plus vieux sportif de la planète et il est plus connu que le dernier vainqueur du tour de France.

    Pour la première fois de sa vie, Robert fêtera son anniversaire pratiquement seul et en maison de retraite. A cette occasion, ses amis proposent de lui témoigner leur affection en lui envoyant une carte de vœux ou bien en participant à un cadeau via une collecte en ligne lancée sur Facebook.

    Les amis de Robert Marchand | Facebook

    Itinéraire d’un phénomène 

    Né le 26 novembre 1911 à Amiens (Somme), Robert est un contemporain de Lénine et de Jean Jaurès. Il a 7 ans lorsque l’armistice de la fin de Première Guerre mondiale est signé. Les études n’étaient pas son fort et il a successivement exercé les métiers d’imprimeur, de fabricant de sacs puis de chaussures avant de rejoindre les pompier de Paris.

    En 1939, il est mobilisé. Marié la même année, il est devenu veuf en 1943 et n’a pas eu d’enfant. Robert est parti au Venezuela pour être conducteur de poids lourds puis au Canada pour y devenir bûcheron. De retour en France, il a exercé le métier de maraîcher et ensuite de négociant en vins. Certains se rappellent encore quand il circulait à bord de son fourgon H Citroën pour effectuer ses tournées.

    Comme loisirs, Robert a pratiqué la boxe à 13 ans, la gymnastique (champion de France par équipes à la pyramide en 1925), l’haltérophilie et, enfin, le cyclisme de 1925 à 1930 puis de 1978 à aujourd’hui.

    Outre ses participations aux épreuves nationales, Robert a établi en Suisse, le 17 février 2012, le record de l’heure de cyclisme sur piste pour la catégorie masters des plus proches de cent ans, catégorie créée spécialement pour lui par l’UCI (Union cycliste internationale), soit 24,251 km.

    Le 28 septembre 2012, il a établi à Lyon le record du centenaire le plus rapide sur cent kilomètres à vélo avec 4 heures 17 minutes et 27 secondes, soit une moyenne de 23 km/h.

    Le 31 janvier 2014, sur le vélodrome national de St-Quentin-en-Yvelines, Robert a battu son propre record de l’heure de cyclisme sur piste, soit 26,927 km.

    Enfin, le 4 janvier 2017, toujours sur le vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines, il a décroché le record de l’heure de cyclisme sur piste chez les masters de plus de 105 ans, soit 22,547 km.

    Serge Moroy

  • Il y a 50 ans, le 9 septembre 1970,  disparaissait Charles de Gaulle

    Il y a 50 ans, le 9 septembre 1970, disparaissait Charles de Gaulle

     
    De gaulle 1Incontestablement, il fut un personnage emblématique qui a marqué l’histoire de la France. A tel point, qu’aujourd’hui encore, nombreux sont les partis qui revendiquent son « héritage politique » ou n’hésitent pas à y faire référence.
    Disparu à la veille de ses 80 ans, Charles de Gaulle appartient désormais aux historiens. Sa mort a mis un point final à une période de l’histoire de France longue de 30 ans pendant lesquels, l’homme qui se faisait « une certaine idée de la France » aura eu le principal souci de restaurer l’image de son pays et d’assurer son prestige à travers le monde.
    Les historiens s’arrêteront sans doute à la date du 27 avril 1969, date à laquelle il quitta définitivement l’Elysée après l’échec du référendum, mais ce serait bien réducteur pour résumer l’œuvre d’un tel personnage. Essayons d’y voir plus clair.
    ► La légende en marche
    « La France a perdu une bataille, mais la France n’a pas perdu la guerre ! ». Par cet appel lancé le 18 juin 1940 au micro de la BBC, le général De Gaulle exhorte les Français à continuer le combat contre l’occupant allemand. La légende est en marche.
    Né le 22 novembre 1890 à Lille, au sein d’une famille monarchiste et catholique, diplômé de Saint-Cyr, Charles De Gaulle se retrouve, à sa sortie, sous les ordres du colonel Pétain. Il s’illustre lors de la Première Guerre mondiale et participe à la bataille de Verdun où il est blessé pour la 3e fois. Capturé par les Allemands devant Douaumont en mars 1916, il tente plusieurs fois de s’évader.
    Après la guerre, il entre à l’école militaire comme professeur d’histoire militaire. En 1925, De Gaulle participe au cabinet du maréchal Pétain, alors vice-président du conseil supérieur de la guerre. N’obtenant pas le poste désiré à l’école de guerre, il part au Liban de 1929 à 1931.
    A son retour, il obtient un poste au secrétariat général de la Défense nationale On est alors en pleine construction de la ligne Maginot qui, sur 400 km, doit défendre le pays le long de ses frontières avec la Belgique, le Luxembourg, l’Allemagne, la Suisse et l’Italie.
    ► Un visionnaire sur le rôle des blindés
    La conviction profonde de De Gaulle est que les véhicules blindés sont indispensables en cas de conflit et qu’ils doivent être groupés dans des unités autonomes au sein d’une armée moderne et efficace. Sa conception l’oppose aux principaux responsables de l’armée française (Pétain, Gamelin, Weygand et Giraud) qui sont partisans de la défense statique derrière la ligne Maginot.
    L’offensive allemande de mai 1940 est pour De Gaulle, alors colonel d’une unité blindée, de mettre ses théories en application. Il mène avec ses chars deux contre-attaques victorieuses contre la Wehrmacht à Montcornet et à Abbeville.
    De Gaulle, devenu général de brigade, est appelé par Paul Reynaud, alors président du conseil, pour devenir sous-secrétaire d’Etat à la Défense en juin 1940. Il s’oppose aux partisans de l’armistice avec les Allemands et quitte la France pour Londres, le 17 juin 1940.
    ► L'appel à la résistance
    Le 18 juin de la même année, il lance sur les ondes de la BBC son célèbre appel à la résistance. Il conteste la légitimité du gouvernement de Pétain et organise, à Londres, le comité de la France libre. Il obtient le soutien et la reconnaissance officielle de Churchill. De Gaulle devient alors le chef de la France libre et il est condamné à mort par Pétain. De Gaulle parvient à rallier progressivement les colonies françaises à sa cause. Il installe un conseil de défense de l’empire en octobre 1940. Parallèlement, il organise et fédère les divers mouvements de résistance qui agissent en France occupée.
    Mais De Gaulle, qui n’inspire pas la confiance des Alliés, est tenu à l’écart des grandes décisions (conférences de Téhéran et de Yalta). En novembre 1942, le débarquement américain en Afrique du Nord se fait sans lui et Roosevelt préfère s’appuyer à Alger sur l’amiral Darlan, ex-chef du gouvernement du maréchal Pétain, puis sur le général pétainiste Giraud.
    De Gaulle est informé seulement la veille du débarquement du 6 juin 1944 sur les côtes normandes. De retour en France, à Bayeux, première grande ville libérée, De Gaulle reçoit un fervent accueil, ce qui finit par légitimer sa position aux yeux des Alliés.
    Dans le contexte tragique de l’épuration, le 3 septembre 1944, il prend la tête du gouvernement provisoire qui prépare l’instauration de la IVe République. Mais son opposition avec la majorité de l’Assemblée sur le projet de constitution le décide à quitter brusquement son poste. Il démissionne de ses fonctions le 20 janvier 1946. Son discours à Bayeux, en juin 1946, fixe clairement sa conception d’un pouvoir exécutif. Il fondera en avril 1947 l’éphémère RPF (Rassemblement du peuple français). Après ses premiers succès, le RPF recueille peu de voix aux élections de 1951 et finalement disparaîtra en 1953.
    De Gaulle se met en retrait de la vie politique. A Colombey-les-deux-églises (Haute-Marne), il rédige ses mémoires de guerre.
    ► La Ve République et l'Algérie
    Face aux graves émeutes qui secouent l’Algérie française, Le président René Coty vient chercher De Gaulle comme suprême recours. Nommé chef du gouvernement le 1er juin 1958, De Gaulle fonde la Ve République. Une nouvelle constitution est adoptée par référendum qui renforce considérablement le pouvoir exécutif. De Gaulle devient le 1er président de la Ve République en novembre 1958 pour prendre ses fonctions officielles en janvier 1959.
    Engagé dans la guerre civile en Algérie, De Gaulle privilégie finalement l’autodétermination des Algériens. Ce revirement politique provoque une forte réaction qui mène à la tentative du putsch des généraux d’Alger, partisans du maintien de l’Algérie dans la France, le 22 avril 1961.
    De Gaulle rétablit l’ordre autoritairement et signe, le 19 mars 1962, avec le FLN les accords d’Evian qui reconnaissent l’indépendance de l’Algérie, tandis qu’une organisation clandestine, l’OAS, perpètre des attentats en signe de protestations.
    De Gaulle dote la France de l’arme nucléaire (sous-marin Le Redoutable, essai de la bombe H au Sahara). Il annonce en mars 1966 le départ de l’OTAN afin de marquer l’indépendance de la France vis-à-vis des Etats-Unis, en même temps qu’il renoue des relations diplomatiques avec l’URSS et la Chine. En 1963, il signe avec le chancelier Konral Adenauer un traité de coopération franco-allemande, le premier depuis la fin du conflit en 1945, qui a pour but d’éviter toute nouvelle guerre entre les deux pays.
    ► Le désaveu politique
    La France des années 60 connaît une forte prospérité économique (les trente glorieuses). De Gaulle est réélu face à François Mitterrand, candidat de la gauche unie. Mais la situation sociale est tendue. La grève générale des syndicats et la révolte des étudiants éclatent en mai 1968. La contestation de sa politique est consacrée lors d’un référendum en avril 1969 portant sur un projet de régionalisation.
    De Gaulle prend ce résultat pour un désaveu personnel. Il démissionne le 27 avril et se retire à Colombey-les-deux-églises, où il achève ses mémoires et y mourra le 9 novembre 1970.
    Synthèse : Serge Moroy
    De gaulle 2
    De gaulle 4
    France soir du 11 novembre 1970
  • HISTOIRE – DE VERDUN À PARIS : PORTER LA FLAMME DU SOUVENIR POUR TRANSMETTRE LA PAIX

    HISTOIRE – DE VERDUN À PARIS : PORTER LA FLAMME DU SOUVENIR POUR TRANSMETTRE LA PAIX

    Pour célébrer le centenaire du soldat inconnu, l’armée de terre porte la flamme du souvenir, de Verdun à Paris, soit un parcours de 360 km. L’opération se déroule du 6 au 10 novembre et chaque journée correspond à une étape pour cette flamme du souvenir qui est aussi symbole de paix.

    Vendredi 6 novembre, la flamme du souvenir a déjà été récupérée à Verdun par le comité de la Voie sacrée. Le lendemain, après avoir quitté Revigny-sur-Ornain, toujours portée par des soldats, elle est arrivée à Châlons-en-Champagne. Dimanche, elle sera à Dormans et lundi, à Meaux. Enfin, mardi 10 novembre, son parcours s’achèvera sur la tombe du soldat inconnu qui repose, depuis le 11 novembre 1920, sous l’Arc de Triomphe, place de l’Etoile à Paris. Une flamme éternelle brûle sur sa tombe depuis 1923.  Un symbole fort puisque le soldat anonyme représente tous les soldats tombés pour la France au cours de la Première Guerre mondiale.

    Verdun 1

    « Qui a fait Verdun a fait la guerre »

    Du 21 février au 19 décembre 1916, soit près de 10 mois, ce fut l’une des batailles les plus terribles du 20e siècle. L’affrontement a marqué un tournant décisif de la guerre sur le front français et constitue aujourd’hui l’un de ses principaux symboles : « Qui a fait Verdun a fait la guerre ».

    Car les premiers affrontements vont être très rudes et augurent déjà de l’âpreté des combats. Côté français : 130 000 hommes, 632 canons. Côté allemand : 250 000 hommes, 1852 canons. Mais Verdun, c’est aussi un lourd sacrifice inutile. Une boucherie qui fit 500 000 victimes : 250 000 dans chaque camp.

    Avant même la fin de la guerre, Verdun devient un lieu de recueillement et de mémoire nationale et, en 1920, on érige son mémorial et son ossuaire (inaugurés en 1932). Son nom sera maintes fois cité à des fins pacifistes, avant d’être récupéré par les nazis qui ont compris la nécessité de rallier à leur cause les anciens combattants allemands, tandis que Pétain, âgé de 84 ans en 1940, s’appuie sur les anciens combattants français pour sa « France nouvelle ».

    Verdun 2
    Un souvenir gravé dans la pierre

    Le souvenir de Verdun dans la conscience collective est immense. Il donne un éclairage intéressant sur son rôle dans les prémices du second conflit jusqu’à la réconciliation franco-allemande du 22 septembre 1984, immortalisée par cette image inoubliable de François Mitterrand et d’Helmut Kohl, main dans la main et recueillis devant le mémorial de Verdun.

    Serge Moroy

  • LA LETTRE DE JEAN JAURÈS AUX ENSEIGNANTS FRANÇAIS

    LA LETTRE DE JEAN JAURÈS AUX ENSEIGNANTS FRANÇAIS

    Voici le texte intégral de la lettre que Jean Jaurès a écrite en 1888.

    Lettre j jaurès
    Aux instituteurs et institutrices

    Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie. Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire et à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d’une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin ils seront hommes, et il faut qu’ils aient une idée de l’homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de toutes nos misères : l’égoïsme aux formes multiples ; quel est le principe de notre grandeur : la fierté unie à la tendresse. Il faut qu’ils puissent se représenter à grands traits l’espèce humaine domptant peu à peu les brutalités de la nature et les brutalités de l’instinct, et qu’ils démêlent les éléments principaux de cette œuvre extraordinaire qui s’appelle la civilisation. Il faut leur montrer la grandeur de la pensée ; il faut leur enseigner le respect et le culte de l’âme en éveillant en eux le sentiment de l’infini qui est notre joie, et aussi notre force, car c’est par lui que nous triompherons du mal, de l’obscurité et de la mort.

    Photo-classe jaurès

    Eh quoi ! Tout cela à des enfants ! Oui, tout cela, si vous ne voulez pas fabriquer simplement des machines à épeler. Je sais quelles sont les difficultés de la tâche. Vous gardez vos écoliers peu d’années et ils ne sont point toujours assidus, surtout à la campagne. Ils oublient l’été le peu qu’ils ont appris l’hiver. Ils font souvent, au sortir de l’école, des rechutes profondes d’ignorance et de paresse d’esprit, et je plaindrais ceux d’entre vous qui ont pour l’éducation des enfants du peuple une grande ambition, si cette grande ambition ne supposait un grand courage.

    J’entends dire, il est vrai : À quoi bon exiger tant de l’école ? Est-ce que la vie elle-même n’est pas une grande institutrice ? Est-ce que, par exemple, au contact d’une démocratie ardente, l’enfant devenu adulte ne comprendra point de lui-même les idées de travail, d’égalité, de justice, de dignité humaine qui sont la démocratie elle-même ? Je le veux bien, quoiqu’il y ait encore dans notre société, qu’on dit agitée, bien des épaisseurs dormantes où croupissent les esprits. Mais autre chose est de faire, tout d’abord, amitié avec la démocratie par l’intelligence ou par la passion. La vie peut mêler, dans l’âme de l’homme, à l’idée de justice tardivement éveillée, une saveur amère d’orgueil blessé ou de misère subie, un ressentiment et une souffrance. Pourquoi ne pas offrir la justice à des cœurs tout neufs ? Il faut que toutes nos idées soient comme imprégnées d’enfance, c’est-à-dire de générosité pure et de sérénité.

    Comment donnerez-vous à l’école primaire l’éducation si haute que j’ai indiquée ? Il y a deux moyens. Il faut d’abord que vous appreniez aux enfants à lire avec une facilité absolue, de telle sorte qu’ils ne puissent plus l’oublier de la vie et que, dans n’importe quel livre, leur œil ne s’arrête à aucun obstacle. Savoir lire vraiment sans hésitation, comme nous lisons vous et moi, c’est la clef de tout. Est-ce savoir lire que de déchiffrer péniblement un article de journal, comme les érudits déchiffrent un grimoire ?

    J’ai vu, l’autre jour, un directeur très intelligent d’une école de Belleville, qui me disait : « Ce n’est pas seulement à la campagne qu’on ne sait lire qu’à peu près, c’est-à-dire point du tout ; à Paris même, j’en ai qui quittent l’école sans que je puisse affirmer qu’ils savent lire. » Vous ne devez pas lâcher vos écoliers, vous ne devez pas, si je puis dire, les appliquer à autre chose tant qu’ils ne seront point par la lecture aisée en relation familière avec la pensée humaine. Qu’importent vraiment à côté de cela quelques fautes d’orthographe de plus ou de moins, ou quelques erreurs de système métrique ? Ce sont des vétilles dont vos programmes, qui manquent absolument de proportion, font l’essentiel.

    J’en veux mortellement à ce certificat d’études primaires qui exagère encore ce vice secret des programmes. Quel système déplorable nous avons en France avec ces examens à tous les degrés qui suppriment l’initiative du maître et aussi la bonne foi de l’enseignement, en sacrifiant la réalité à l’apparence ! Mon inspection serait bientôt faite dans une école. Je ferais lire les écoliers, et c’est là-dessus seulement que je jugerais le maître.

    Sachant bien lire, l’écolier, qui est très curieux, aurait bien vite, avec sept ou huit livres choisis, une idée, très générale, il est vrai, mais très haute de l’histoire de l’espèce humaine, de la structure du monde, de l’histoire propre de la terre dans le monde, du rôle propre de la France dans l’humanité. Le maître doit intervenir pour aider ce premier travail de l’esprit ; il n’est pas nécessaire qu’il dise beaucoup, qu’il fasse de longues leçons ; il suffit que tous les détails qu’il leur donnera concourent nettement à un tableau d’ensemble. De ce que l’on sait de l’homme primitif à l’homme d’aujourd’hui, quelle prodigieuse transformation ! et comme il est aisé à l’instituteur, en quelques traits, de faire sentir à l’enfant l’effort inouï de la pensée humaine !

    Seulement, pour cela, il faut que le maître lui-même soit tout pénétré de ce qu’il enseigne. Il ne faut pas qu’il récite le soir ce qu’il a appris le matin ; il faut, par exemple, qu’il se soit fait en silence une idée claire du ciel, du mouvement des astres ; il faut qu’il se soit émerveillé tout bas de l’esprit humain, qui, trompé par les yeux, a pris tout d’abord le ciel pour une voûte solide et basse, puis a deviné l’infini de l’espace et a suivi dans cet infini la route précise des planètes et des soleils ; alors, et alors seulement, lorsque, par la lecture solitaire et la méditation, il sera tout plein d’une grande idée et tout éclairé intérieurement, il communiquera sans peine aux enfants, à la première occasion, la lumière et l’émotion de son esprit. Ah ! sans doute, avec la fatigue écrasante de l’école, il vous est malaisé de vous ressaisir ; mais il suffit d’une demi-heure par jour pour maintenir la pensée à sa hauteur et pour ne pas verser dans l’ornière du métier. Vous serez plus que payés de votre peine, car vous sentirez la vie de l’intelligence s’éveiller autour de vous. Il ne faut pas croire que ce soit proportionner l’enseignement aux enfants que de le rapetisser.

    Les enfants ont une curiosité illimitée, et vous pouvez tout doucement les mener au bout du monde. Il y a un fait que les philosophes expliquent différemment suivant les systèmes, mais qui est indéniable : « Les enfants ont en eux des germes, des commencements d’idées. » Voyez avec quelle facilité ils distinguent le bien du mal, touchant ainsi aux deux pôles du monde ; leur âme recèle des trésors à fleur de terre : il suffit de gratter un peu pour les mettre à jour. Il ne faut donc pas craindre de leur parler avec sérieux, simplicité et grandeur.

    Je dis donc aux maîtres, pour me résumer : lorsque d’une part vous aurez appris aux enfants à lire à fond, et lorsque d’autre part, en quelques causeries familières et graves, vous leur aurez parlé des grandes choses qui intéressent la pensée et la conscience humaine, vous aurez fait sans peine en quelques années œuvre complète d’éducateurs.

    Dans chaque intelligence il y aura un sommet, et, ce jour-là, bien des choses changeront.

    Jean Jaurès, journal La Dépêche, Dimanche 15 janvier 1888

    Serge Moroy

  • Vaires sur Marne, Le train

    Vaires sur Marne, Le train

    6a00d834eebe2a69e200e551ef4fee8834-800wiLe 20 octobre 1994 décédait Burt Lancaster, à l’âge de 81 ans.

    L’acteur américain était venu à Vaires-sur-Marne (77) en octobre 1963 pour tourner un film de guerre à gros budget, « Le train », réalisé par John Frankenheimer avec notamment Paul Scofield,  Jeanne Moreau, Suzanne Flon, Michel Simon [inoubliable Papa Boule !],  Albert Rémy, Jacques Marin… 

    Il se trouve que j’habite à Villevaudé, village qui se situe non loin de l’endroit où fut tourné ce film et qu’il tire parti d’événements historiques qui s’y produisirent 19 ans plus tôt en 1944.

    Vaires-sur-Marne, en Seine-et-Marne, est une charmante bourgade des bords de Marne, à 25 km à l’est de la capitale. Elle dispose d’une gare de chemin de fer digne de ce nom depuis 1926 assurant la liaison entre Paris et Meaux. Vaires a surtout la particularité de posséder l’un des plus grands triages du réseau ferroviaire français. Ce dernier organise la formation des convois de marchandises vers toute la France et l’Europe. La ville comptait 5120 habitants en 1936 et on estime que près de la moitié de la population était constituée par les cheminots et leurs familles.

    Les Allemands arrivent à Vaires le 13 juin 1940. La gare et son triage, aussitôt réquisitionnés, jouent alors un rôle logistique primordial pour les communications outre-Rhin. Les cheminots manifestent très vite leur opposition à la présence de l’occupant. Tout est bon pour gêner ou ralentir le trafic des trains servant l’effort de guerre allemand. Les erreurs d’aiguillage ne se comptent plus et provoquent le va-et-vient incessant des convois. Quelquefois, il y a de véritables actes de sabotage qui mettent hors d’usage le matériel roulant, provoquent des déraillements et nécessitent des réparations qui sont effectuées le plus mollement possible. Bien sûr, les employés des chemins de fer allemands qui surveillent leurs homologues français ne sont pas dupes. Mais, ces hommes de la Reichbahn sont âgés et le plus souvent des réservistes de la Wehrmacht. Bien qu’armés d’un pistolet, ils n’ont pas l’esprit guerrier et consentent bien souvent à fermer les yeux. De toute façon, ils savent que le triage de Vaires est un important foyer de résistance, qu’elle soit active ou passive, et que le sens de l’histoire est en train de tourner, surtout depuis la première défaite de l’armée allemande à El-Alamein (3 novembre 1942).

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    En 1944, la ville paiera un lourd tribut à la Libération en étant particulièrement éprouvée par les bombardements alliés. Le triage subira en effet six attaques aériennes en l’espace de cinq mois. Le premier se produira le 29 mars 1944. Ce jour-là, plusieurs trains militaires se trouvent assemblés au triage de Vaires. L’un d’eux transporte de l’essence, deux autres du matériel, un quatrième des munitions et le cinquième des troupes de soldats SS. Avertis par la Résistance, les autorités anglaises déclenchent l’offensive un peu plus de 12 heures seulement après avoir reçu l’information. « Les haricots verts sont cuits » annonce alors laconiquement Radio-Londres pour prévenir du bombardement imminent. Effectivement, à 21 h 15, les avions de la RAF surgissent et, quand ils s’éloignent à 21 h 40, le triage est en feu : le train de munitions a explosé, creusant une tranchée longue de 200 m, large de 20 m et profonde de 6 m ; le train transportant l’essence brûle ; les wagons contenant le matériel sont détruits et, pour celui transportant les troupes, plusieurs centaines de soldats ont péri. Les bombardements ont également causé une douzaine de morts dans la population civile. Au total, les chiffres des victimes, selon les estimations des témoins, oscillent entre 1200 et 2735. Quoi qu’il en soit, il semblerait qu’il n’y ait eu que 400 rescapés. Les cinq autres bombardements (28 juin, 8 – 12 – 18 et 27 juillet) surviendront après le débarquement en Normandie. Ils varieront par leur intensité et viseront surtout à désorganiser le trafic ferroviaire sur l’arrière de l’ennemi, tandis que les alliés progressent. A la Libération, la ville de Vaires apparaît comme l’une des plus sinistrées du département de Seine-et-Marne, ce qui lui vaudra de recevoir la Croix de guerre en 1948 pour le courage de sa population civile lors de ces tragiques événements (médaille figurant depuis au bas du blason de la ville).

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    En octobre 1963, les Vairois sont donc quelque peu surpris de voir débarquer 19 ans plus tard l’équipe d’un grand réalisateur américain pour tourner un film de guerre à gros budget au triage SNCF. Car, pour les besoins de ce tournage énorme en décors naturels, ce sera un pari de tous les instants : en fin de journée, il faut préparer une locomotive qui devra dérailler le lendemain ; il faut ajouter des feuilles aux arbres (l’action se déroule en effet en été et l’on est en automne !). Un poste d’aiguillage de l’époque est entièrement reconstitué, un dépôt désaffecté est sacrifié pour les besoins d’une scène d’explosion. John Frankenheimer était un cinéaste très exigeant et pourtant c’était Arthur Penn qui était prévu au départ pour la réalisation de cette superproduction franco-italo-américaine. En fait, le réalisateur de « Little Big Man » abondonna le tournage au bout de quinze jours à cause d’un désaccord avec Burt Lancaster, l’acteur principal du film.

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    L’histoire du film est basée sur des faits réels. Au moment de la retraite des Allemands en août 1944, le colonel von Waldheim (interprété par l’acteur Paul Scofield) réquisitionne un train pour transporter vers l’Allemagne des œuvres d’art entreposées au musée du Jeu de paume. Paul Labiche (Burt Lancaster), ingénieur responsable du réseau ferroviaire de l’Est et chef d’un réseau de la Résistance, est chargé d’empêcher à tout prix le train de parvenir à destination. Labiche organise une habile mystification à l’échelon du réseau ferroviaire national puis, finalement, le déraillement du convoi. Les Allemands ripostent par des exécutions d’otages et mettront tout en œuvre pour faire repartir le train mais, au terme d’un combat sans merci, la Résistance aura finalement le dernier mot (*).

    Sur le tournage au triage ferroviaire de Vaires, Burt Lancaster faisait preuve d’une grande courtoisie. Dans cette note (document S. Moroy), il invitait les techniciens à prendre un pot avec la production le 23 décembre 1963. En post-scriptum de ce même document, il décline poliment l’invitation de l’un d’entre eux l’invitant pour Noël. On remarquera au passage l’humour de l’acteur américain lorsqu’il évoque ses 5 enfants !
    Un grand acteur et, à l’évidence, un très grand Monsieur ! Le train 2
    Le temps d’un tournage, le film a donc rapproché une petite ville française avec la grande et mirifique Hollywood. « Le train » fait ainsi partie de ces rares films avec « Ceux du rail » (1943) et « La bataille du rail » (1945), tous deux de René Clément, qui rendent hommage à l’héroïsme des cheminots français dont beaucoup d’entre eux ont payé de leur vie leur combat contre l’occupant.


    Serge Moroy

    Sources : archives municipales de Vaires-sur-Marne

    (*) La réalité historique : sur ordre de Goering, 148 caisses comportant notamment des œuvres d'art moderne (peintures et objets précieux), quittent le Jeu de paume à Paris. Elles seront chargées dans cinq wagons du train n° 40 044, en attente de partir pour Nikolsburg. Renseigné in extremis par la résistante Rose Valland (conservateur au musée du Jeu de paume) et les cheminots, c’est un détachement de l'armée de Leclerc qui arrêtera le 27 août 1944 à Aulnay ce train contenant le dernier convoi d’œuvres d'art pour l'Allemagne.

     

    (suite…)

  • La bataille de la Marne reconstituée grandeur nature à Meaux.

    La bataille de la Marne reconstituée grandeur nature à Meaux.

    C’était le 5 septembre 1914.

    Cantonnés à Monthyon, les Allemands tiraient le premier coup de canon à midi en voyant les Français arriver sur leurs flancs. La 8e édition d’histoire vivante du Musée de la Grande Guerre de Meaux a célébré, samedi 5 et dimanche 6 septembre, le 106e anniversaire de l’illustre, mais tragique bataille de la Marne. Près de 5000 personnes y ont assisté.

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    La guerre a éclaté depuis déjà un mois et les troupes allemandes sont à 40 km de Paris. C’est le début de la bataille de la Marne qui durera jusqu’au 12 septembre 1914. L’alliance franco-britannique réussit à stopper l’envahisseur sauvant ainsi Paris. On parle alors du « miracle de la Marne », même si 105 000 Français sont tués, dont l’écrivain Charles Péguy. Affecté au 276e régiment d’infanterie basé à Coulommiers, il tombera le 5 septembre à la tête de ses hommes dans un champ de Villeroy, près duquel il repose aujourd’hui.

    L’esplanade du musée connaissait, ce week-end, l’effervescence d’un camp militaire où les uniformes révélaient une grande diversité colorée. Le public, venu nombreux, a pu rencontrer près de 300 reconstituteurs de toutes nationalités, dont pour la première fois d’Italie, membres de 22 associations. Pour la première édition, en 2013, ils n’étaient que 80. L’engouement pour les reconstitutions historiques provient des pays anglo-saxons, avant qu’il ne gagne la France dans les années 1980.

    Notre but est de faire connaître la Première Guerre mondiale de façon vivante et ce type de manifestation, au musée de Meaux, est pour nous une occasion idéale

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    Un soldat du 33e régiment d’artillerie s’affaire avec ses camarades autour d’un canon de 75 mm. Il fait partie de l’association Les poilus d’Île-de-France, dont le siège est à Cormeilles-en-Parisis (95). Créée en janvier 2017, elle s’emploie à transmettre l’histoire de façon vivante et à perpétuer la mémoire des soldats.

    Correction apportée dans le commentaire ci-après: 

    Bonjour je me permets de venir corriger une erreur la photo que vous utilisez avec le canon de 75mm, ce n'est pas l'association du
    poilu d'ile de France, mais l'association mémoire de poilu basé a Avignon merci
     
    Le rôle essentiel du cheval

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    Dans le parc du musée, outre les défilés des armées belligérantes, des démonstrations ont mis en avant le rôle prépondérant du cheval pendant le conflit grâce à l’association Fer de lance basée à Asnières-sur-Seine (92). Son utilisation est privilégiée car on se méfie des véhicules à moteur et, dès le début, les chevaux sont massivement réquisitionnés dans les campagnes. Ils seront ainsi 900 000 à être mobilisés, dont 100 000 dédiés à la cavalerie ; les autres à la traction du matériel d’artillerie. Ils servaient aussi de nourriture si besoin car la guerre va vite s’enliser dans les tranchées.

    L’épisode des taxis de la Marne

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    Le danger est aux portes de Paris et le général Gallieni décide de mobiliser un millier de taxis parisiens, dont la marque Renault détient alors le marché, pour transporter quelque 4000 soldats sur le front. Rassemblés sur l’esplanade des Invalides, ils sont partis à vide pour charger des hommes de troupe à Gagny (93) et les acheminer à Nanteuil-le-Haudoin. Ils roulaient la nuit pour ne pas se faire repérer par l’aviation ennemie.

    Équipés de petits moteurs bi-cylindre comme celui-ci, mais réputés fiables, ils ont été mobilisés le 6 septembre

    Brice (Scènes & Marne 14) propriétaire d’un taxi Renault 1909

    Auprès des blessés

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    Surnommées « les anges blancs », les infirmières ont également été mises à l’honneur, pendant que l’organisation des services de santé militaire et des postes de secours était expliquée aux visiteurs. Ces derniers ont pu découvrir le rôle éminent de Nicole Girard-Mangin (1878-1919), seule femme médecin française à porter l’uniforme sur le front.

    A la fin de la guerre, on dénombrait plus d’un million d’invalides permanents, dont 15 000 « gueules cassées » en France. Suzanne Noël (1878-1954), spécialisée en chirurgie esthétique et réparatrice, a été une pionnière dans ce domaine.

    Marie Curie (1867-1934), double prix Nobel (physique en 1903, chimie en 1911), conçoit la première unité mobile d’ambulances radiologiques. Elles pouvaient se rendre près des champs de bataille, limitant ainsi le déplacement des blessés. La scientifique a aussi participé à la création d’une centaine de postes fixes de radiologie dans des hôpitaux militaires.

    Gratuit tous les premiers dimanches du mois, et ce depuis 2017, le musée, riche de ses 3000 collections, a connu lui aussi la curiosité du public. S Moroy

    Plus d’infos :

    Musée de la Grande Guerre

    Circuit bataille de la Marne

    Le livret "ON LES AURA" rassemblant l’ensemble de nos recherches est consultable en bibliothèque et disponible à la vente.. YG et MM 

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    Bataille Marne

  • Au parc floral de Paris… Plus que quelques jours…

    Au parc floral de Paris… Plus que quelques jours…

    Parc floral 2020
    Les festivals du parc floral aux portes de Paris, se déroulent en plein air du samedi 15 août au mercredi 23 septembre. Rafraîchissants, riches et colorés, ils sont gratuits et se déclinent en trois volets afin de mieux séduire tous les publics.

    Pestacles

    Il s’agit d’un festival destiné au jeune public réunissant une programmation particulièrement exigeante, qu’elle soit musicale ou interdisciplinaire (percussions corporelles, théâtre musical, contes des temps modernes…). “Pestacles” entend ainsi faire découvrir joyeusement aux enfants l’univers foisonnant des sonorités, mais aussi celui, tout aussi florissant, des esthétiques ; suscitant leur curiosité et favorisant leur participation.

    Du mercredi 19 août au mercredi 23 septembre.

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    Festival de jazz

    L’édition 2020 de “Paris Jazz Festival” poursuit son exploration des approches multiformes du jazz actuel. Elle mettra en avant le dynamisme d’une nouvelle génération émergente de musiciens, sans sacrifier pour autant la tradition ni oublier l’influence des résonances africaines. A ce propos, elle soulignera les bienfaits du métissage, qui contribue à faire évoluer cette musique à nulle autre pareille. Ray Lema clôturera le festival avec son hommage à Franco Luambo, le père de la rumba congolaise décédé en 1989.

    Du dimanche 16 août au dimanche 20 septembre. S Moroy

    Voir la programmation