Catégorie : 02 Une vie, une oeuvre, une date

  • Fragments, Marilyn Monroe

    Fragments, Marilyn Monroe

    Fragments

    Fragments intimes

    La plume de Marilyn

    Chaque écrit sur Marilyn suscite curiosité et interrogation sur un mythe qui n’en finit pas de nous interpeller depuis qu’il est né.

    Le dernier ouvrage paru en octobre déroge d’autant moins à la règle qu’il a été rédigé… par Marilyn elle-même. « Fragments intimes » rassemble en effet ses écrits de 1943 à 1962, soit juste avant qu’elle ne soit retrouvée morte dans la nuit du 5 août 1962 dans sa villa de Brentwood. Elle avait alors 36 ans, était au summum de sa beauté. Son drame provient d’un profond fossé entre le personnage public (la glamour girl au cinéma) et la fragilité enfantine de la femme privée.

    « Mon sommeil dépend de mon degré de satisfaction qui varie selon le cours de ma vie. Mes rêves sont trop intimes pour être révélés publiquement. Mon cauchemar, c’est la bombe H. Et vous ? » écrivait-elle méfiante en réponse à l’interview d’un journaliste.

    C’était peut-être l’un de ses derniers écrits. La Vénus du 20e siècle, l’icône du glamour, l’égérie éthérée de toute une Amérique avait donc bien deux faces. Celle, solaire et étincelante de la pin-up blonde et celle, plus obscure, d’une jeune femme perfectionniste à l’extrême, en quête de perpétuel absolu et que la vie ne pouvait que décevoir. Ses textes publiés sont reproduits par ordre chronologique. Ils révèlent toute l’intelligence, la finesse et la pudeur d’une véritable écorchée vive. Jusqu’à la fin.

    Des fautes, des ratures, mais de la sincérité

    Marilyn a sans doute beaucoup plus écrit que ce qui est reproduit dans ce livre et rien n’exclut que d’autres de ses textes apparaissent un jour. En tout cas, voici mise à jour la personnalité à multiples facettes d’une jeune femme curieuse et cultivée qui, loin d’être idiote et frivole, cherche la vérité des choses et des êtres. Elle prend des notes, transcrit ses sentiments, ses pensées, doutes et interrogations. Et elle doute et s’interroge beaucoup, ses nombreuses ratures l’attestent.

    C’est Anna Strasberg qui a retrouvé ses lettres, poèmes et notes dans une boîte laissée par son mari décédé, Lee Strasberg. La famille avait été désignée comme ayant droit dans la succession de Marilyn. « Je ne suis pas là pour gagner de l'argent. Je souhaite donner une belle image de ce trésor et le transmettre de la plus belle façon possible » déclarait Anna Strasberg à Bernard Comment, un éditeur français, à qui elle confiait ces documents inédits.

    « Je pense que j’ai toujours été profondément effrayée à l’idée d’être la femme de quelqu’un car j’ai appris de la vie qu’on ne peut aimer l’autre, jamais, vraiment » écrivait Marilyn en 1956. Son étoile, ravivée, brille plus que jamais. Le monstre sacré a prouvé qu’il avait une belle âme.

    Serge Moroy

    « Marilyn Monroe, Fragments – Poèmes, écrits intimes, lettres » – Edité par Stanley Buchthal et Bernard Comment – Traduit de l’anglais par Thiphaine Samoyault -  Avec photos – Edition du Seuil – 270 pages – Dépôt légal : octobre 2010 – 29,80 euros.

  • Jayne Mansfield 1967, Simon Liberati

    Jayne Mansfield 1967, Simon Liberati

    JaynemansfieldJAYNE MANSFIELD 1967

    SIMON LIBERATI

    GRASSET

    PRIX FEMINA 2011

    « Aux basses heures de la nuit, le 29 juin 1967 sur un tronçon de la route US 90 qui relie la ville de Biloxi à la Nouvelle Orléans, une Buick Electra 225 bleu métallisé, modèle 66, se trouva engagée dans une collision mortelle. »

    Ainsi commence le roman de Simon Liberati pour se dévider invariablement tel un écheveau tout le long de l’asphalte noir de cette route droite qui arrêta net le destin de Jayne Mansfield à l’âge de 34 ans. Sous forme d’enquête très fouillée, l’auteur revient sur les circonstances précises de cet accident mortel avec moult détails pendant une cinquantaine de pages (témoignages, expertises, rapports des autorités, coupures de presse) démolissant au passage certaines idées reçues (comme celle par exemple de la décapitation lors du choc contre l’arrière du camion)…

    Une investigation où tout est rigoureusement passé au crible avec une méthode frisant le morbide, au risque d’incommoder le lecteur. A juste titre. Il faudra attendre le chapitre 3 pour faire un bond en arrière de 250 jours avant l’accident fatal, selon un itinéraire chronologique habilement reconstitué, pour que le lecteur en sache un peu mieux sur la personnalité interlope de Jayne Mansfield. « Yes, the one and only »… telles furent ses toutes dernières paroles, lâchées lors d’une étape sur l’autoroute à une caissière d’un restaurant qui l’interpellait pour lui demander si elle était bien la vraie Jayne Mansfied…

    La beauté du Diable

    Entre ses amours turbulentes, son humour et goûts vulgaires, ses sautes d’humeur permanentes, sa frénésie pour le LSD et les tranquillisants, son amour immodéré pour les animaux et les peluches, son irrésistible besoin de séduire les hommes, son attirance pour le mystique (tendance satanique), la plantureuse et blonde peroxydée pin-up Jayne Mansfield fut avec son aînée Marylin Monroe l’un des plus célèbres sex-symboles des années 50. Malgré ses petits rôles de blonde idiote (environ 30 films à son actif), la pin-up s’avérait être une surdouée à la mémoire prodigieuse, capable de déclamer à brûle-pourpoint des poèmes entiers de Keats ou de Shelley, des vers de Shakespeare. Elle ne parlait pas moins de 5 langues, était pianiste classique et possédait un QI de 165. Une erreur d'itinéraire et un destin gâché à cause d’une machine à rêve fabriquée pour des mâles concupiscents qui lorgnaient sur sa croupe incendiaire et sa poitrine accorte. Le glamour aime parfois frayer avec le sordide.
    S. Moroy

    Disponible à la bibliothèque de la Roseraie

    Jayne Mansfield 1967 – Roman de Simon Liberati – Edition Bernard Grasset / Paris – 196 pages – ISBN : 978-2-246-77181-4.

    Simon Liberati est né en 1960 à Paris. Il est l’auteur aux éditions Flammarion de trois romans : Anthologie des apparitions (2004), nada exist (2007) et L’hyper Justine (2009, prix de Flore).

  • Visite de Guy Gilbert au Pin: dimanche 16 octobre 2011

    Visite de Guy Gilbert au Pin: dimanche 16 octobre 2011

    GG5Guy Gilbert est venu célébrer la messe dimanche 16 octobre à la salle polyvalente Nicole-Paris avant de procéder à une ancienne tradition catholique quelque peu oubliée : la bénédiction des animaux.

    Photo: Guy Gilbert et Georges Verger

    Tout comme l’an dernier à Villevaudé, la cérémonie était organisée par le père Georges Verger et la communauté chrétienne de Villevaudé-Le Pin-Bois-Fleuri avec, en plus cette fois-ci, la participation de l’abbé Olivier Vatar, responsable du pôle missionnaire de Chelles. La chorale catholique de Combs-la-Ville assurait les chants liturgiques. Près de 250 personnes ont assisté à l’office religieux dont Michèle Pélabère, conseillère générale, Jean-Paul Pasco-Labarre, maire du Pin, et André Chopelin, maire de Villevaudé.

    Fidèle à son image et à son franc-parler, Guy Gilbert, plus connu sous l’appellation de « prêtre des loubards » depuis son premier livre éponyme paru en 1978, n’a pas mâché ses mots, et ce dès le début : « Je suis ravi de saluer les personnalités qui sont ici, c’est-à-dire les chômeurs, les sortis de prison, ceux qui sont dans la merde, en faillite… Ce sont pour moi les personnalités les plus importantes de cette salle ; et je salue en même temps, évidemment, ceux qui dirigent notre pays dans les petites communes et qui font un travail remarquable ». A propos de la bénédiction des animaux, le prêtre a tenu à relativiser, remettant chacun face à ses responsabilités, qu’elles soient chrétiennes ou bien laïques : « On a un culte parfois démesuré pour les bestioles, bien sûr qu’on doit les aimer comme elles nous aiment, mais il ne faut pas oublier l’humain qui est la plus belle créature de Dieu. Alors, ne soyons pas des requins le lundi après la messe de dimanche ».

    Sur les problèmes actuels, notamment ceux qui frappent les jeunes, Guy Gilbert a ajouté avant de procéder à la dédicace de ses ouvrages, dont le dernier, « Eveilleur d’espérance », vient tout juste de paraître : « la conjoncture actuelle est tragique pour les jeunes s’ils n’ont pas de travail. Grâce à la vente de mes livres, j’ai pu donner 10 salaires par mois à mon association (Ndlr : salaires des éducateurs de la Bergerie de Faucon, Alpes-de Haute-Provence) depuis 30 ans ».

    Des âmes simples mais pures

    Piaffant d’impatience devant la salle polyvalente, une tortue, des escargots, lapins, chiens, chats, un coq nain, une colombe, et même… un cheval. « Il s’appelle Zampa et il a 25 ans. C’est une belle et longue histoire, l’histoire de toute une vie qui dure depuis 22 ans. C’est sa première bénédiction et c’est un évènement que je ne voulais pas louper car la bénédiction des animaux devient rare » a déclaré Fabiola, sa propriétaire, venue de Bois-Fleuri. Même aveu de la part d’Elisabeth, résidant au Pin, qui considère que les animaux, créatures de Dieu, possèdent également une âme. Certes simple mais pure : « Il s’appelle Mowgly, c’est un coker espagnol et il a 14 ans. J’ai appris par une amie qu’il y avait la bénédiction des animaux aujourd’hui et c’est pourquoi je suis ici car il n’a jamais reçu la protection divine ». Dans l’après-midi Guy Gilbert a quitté sa soutane pour tenir une conférence sur son travail d’éducateur auprès des jeunes délinquants, sa deuxième vocation après celle de servir Dieu. Sans aucun doute la plus difficile.

    S. Moroy

    Cliquez ici pour voir les photos

    Site : www.guygilbert.net

  • Journées du patrimoine, 17 et 18 septembre 2011

    Journées du patrimoine, 17 et 18 septembre 2011

     

    JJ26 Durant le week-end du 17 septembre  le  CIV (Comité d’initiative de Villevaudé) et la municipalité ont proposé un voyage à travers l’histoire de la commune…

    Une expo qui fera date

    Yves Albarello, député-maire de Claye-Souilly, Michèle Pélabère, conseillère générale, et André Chopelin, maire de Villevaudé, ont inauguré samedi matin à la salle des Merisiers l’exposition de peintures et sculptures consacrée aux 15 artistes ayant séjourné ou résidant encore à Villevaudé. Pas moins de 200 oeuvres de tous styles (figuratif, naïf, impressionniste, post-impressionniste, surréaliste), dont notamment celles de Frédéric Levé, Leonor Fini, Stanislao Lepri, Charles Gadenne, François Chauvin, étaient visibles au public. Certaines pièces, issues de collections privées, sont exceptionnelles et quelques oeuvres figurent dans des collections de musées ou ont participé à des expositions internationales. Georges Verger, curé de la paroisse, avait lui aussi contribué à l’exposition en déposant à la dernière minute des manuscrits qu’ils avaient écrits puis illustrés avec des dessins et enluminures colorés d’une très grande finesse. Ce (nouveau) talent, jusqu’alors ignoré chez lui, a surpris plus d’un visiteur. « Cette exposition est un témoignage de la richesse culturelle de notre village. Elle prouve qu’il possède un véritable capital artistique dans sa continuité et sa diversité. Nous avons voulu réunir le plus grand nombre d’œuvres jamais rassemblées d’artistes de notre village pour les révéler au public et transformer Villevaudé en un petit Barbizon… le temps de ces journées du patrimoine » a déclaré Jean-Claude Bonhomme, président du CIV.  Un livre sur cette exposition exceptionnelle a été édité et, sur une initiative de Claude Petit, un timbre-poste reproduisant l’ancienne tour de Montjay a été spécialement imprimé pour commémorer l’événement.

    Le petit train du patrimoine

    Un petit train a parcouru la commune dimanche pour faire découvrir à ses voyageurs les trois hameaux du village (Montjay-la-Tour, Bordeaux et Villevaudé). Riche d’un passé historique bien souvent méconnu, le village s’est construit au fil des siècles. Des premiers seigneurs attachés au comté de Champagne jusqu’aux dernières personnalités ayant vécu sur la commune, chacun a eu à cœur d’y laisser son empreinte. Citons, entre autres, les familles d’Orgemont, le Baron Percy (chirurgien de Napoléon et inventeur des ambulances militaires), la famille Symonet, Ivan Peychès (savant et académicien). La tour de Montjay a pour sa part servi en 1670 comme point de repère pour des essais sur le calcul de ce qui deviendra sous la Révolution notre système métrique universel.

    A la halte de l’église Saint-Marcel, les passagers ont visité l’exposition animée par la SHCE (Société d’histoire de Claye et de ses environ) sur les églises de l’ancien doyenné de Claye. Une vingtaine d’édifices religieux y étaient évoqués, témoignant sur l’histoire de leurs communes respectives au cours des 10 derniers siècles.

  • Journées du patrimoine, 17 et 18 septembre 2011

     

    JJ26 Durant le week-end du 17 septembre  le  CIV (Comité d’initiative de Villevaudé) et la municipalité ont proposé un voyage à travers l’histoire de la commune…

    Une expo qui fera date

    Yves Albarello, député-maire de Claye-Souilly, Michèle Pélabère, conseillère générale, et André Chopelin, maire de Villevaudé, ont inauguré samedi matin à la salle des Merisiers l’exposition de peintures et sculptures consacrée aux 15 artistes ayant séjourné ou résidant encore à Villevaudé. Pas moins de 200 oeuvres de tous styles (figuratif, naïf, impressionniste, post-impressionniste, surréaliste), dont notamment celles de Frédéric Levé, Leonor Fini, Stanislao Lepri, Charles Gadenne, François Chauvin, étaient visibles au public. Certaines pièces, issues de collections privées, sont exceptionnelles et quelques oeuvres figurent dans des collections de musées ou ont participé à des expositions internationales. Georges Verger, curé de la paroisse, avait lui aussi contribué à l’exposition en déposant à la dernière minute des manuscrits qu’ils avaient écrits puis illustrés avec des dessins et enluminures colorés d’une très grande finesse. Ce (nouveau) talent, jusqu’alors ignoré chez lui, a surpris plus d’un visiteur. « Cette exposition est un témoignage de la richesse culturelle de notre village. Elle prouve qu’il possède un véritable capital artistique dans sa continuité et sa diversité. Nous avons voulu réunir le plus grand nombre d’œuvres jamais rassemblées d’artistes de notre village pour les révéler au public et transformer Villevaudé en un petit Barbizon… le temps de ces journées du patrimoine » a déclaré Jean-Claude Bonhomme, président du CIV.  Un livre sur cette exposition exceptionnelle a été édité et, sur une initiative de Claude Petit, un timbre-poste reproduisant l’ancienne tour de Montjay a été spécialement imprimé pour commémorer l’événement.

    Le petit train du patrimoine

    Un petit train a parcouru la commune dimanche pour faire découvrir à ses voyageurs les trois hameaux du village (Montjay-la-Tour, Bordeaux et Villevaudé). Riche d’un passé historique bien souvent méconnu, le village s’est construit au fil des siècles. Des premiers seigneurs attachés au comté de Champagne jusqu’aux dernières personnalités ayant vécu sur la commune, chacun a eu à cœur d’y laisser son empreinte. Citons, entre autres, les familles d’Orgemont, le Baron Percy (chirurgien de Napoléon et inventeur des ambulances militaires), la famille Symonet, Ivan Peychès (savant et académicien). La tour de Montjay a pour sa part servi en 1670 comme point de repère pour des essais sur le calcul de ce qui deviendra sous la Révolution notre système métrique universel.

    A la halte de l’église Saint-Marcel, les passagers ont visité l’exposition animée par la SHCE (Société d’histoire de Claye et de ses environ) sur les églises de l’ancien doyenné de Claye. Une vingtaine d’édifices religieux y étaient évoqués, témoignant sur l’histoire de leurs communes respectives au cours des 10 derniers siècles.

  • Dans les griffes de la Hammer, Nicolas Stanzick

    Dans les griffes de la Hammer, Nicolas Stanzick

    Dane les griffes de la H DANS LES GRIFFES DE LA HAMMER

    NICOLAS STANZICK

    LE BORD DE L'EAU

    Un livre sur le studio anglais spécialisé dans le cinéma fantastique

    Christopher Lee, Bela Lugosi, Boris Karloff, Peter Cushing ont immortalisé au cinéma, art intemporel par excellence, les personnages mythiques de Dracula, Frankenstein et autres créatures sorties tout droit de l’enfer ou de la déraison humaine…  

     So british

    C'est en Angleterre, où le fantastique a toujours été un genre populaire, que les créatures et les monstres de la littérature du XIXe siècle vont renaître dans les années 1960, grâce à une firme cinématographique, la Hammer, qui en fera sa marque de fabrique. Spécialisée dans les films à petit budget, la société de production « Hammer Films » imaginera en 1957 de ressusciter les monstres et créatures de ce que l'on appelle le fantastique gothique, en y ajoutant sa patte avec la couleur et une violence plus réaliste. Et c'est le cinéaste Terence Fisher (1904-1980) qui sera l'artisan de ce renouveau. En 1957, son adaptation de Frankenstein, « The Curse of Frankenstein », suivie du  « Cauchemar de Dracula » l'année suivante, remportent un tel succès que l'on verra resurgir un peu partout dans le monde diverses imitations qui contribueront à relancer la mode du genre. Avec les productions de la Hammer, c'est tout un XIXe siècle romantique, magique, occultiste qui ressuscite avec les romans de Mary Shelley (Frankenstein) et de Bram Stocker (Dracula), mais aussi d'Arthur Conan Doyle et de Robert Louis Stevenson.

     Le plaisir d’avoir peur

    Si vous aimez le cinéma fantastique voire d’épouvante, voici la seconde édition enrichie et augmentée (la première en 2008 avait été rapidement épuisée) du livre magistral de Nicolas Stanzick. Plus qu’une date dans l’histoire du cinéma qui vit l’épouvante déployer ses ailes et assumer enfin sa vraie dimension, à la fois érotique et violente, le style engendré par la firme « Hammer Films » fut en France un des signes déclencheurs de la naissance d’une contre-culture cinématographique. La Hammer transporte sur grand écran l’histoire sombre et implacable du combat entre le bien et le mal, mais aussi celle d’une étonnante bataille d’Hernani auréolée de luttes esthétiques, de passions cinéphiles aux accents rémanents de révolution pop et de revendications politico-culturelles. Après une préface signée Jimmy Sangster (scénariste des classiques de la Hammer), Nicolas Stanzick relate ces évènements sous la forme d’un passionnant récit agrémenté d'entretiens avec des spécialistes, tels Michel Caen (spécialiste de Terence Fisher), Jean-Claude Romer (cinéphile et critique), Jacques Zimmer, Noël Simsolo, Bernard Charnacé (spécialiste de l’acteur Peter Cushing), Jean-Pierre Bouyxou, Gérard Lenne, Alain Schlokoff, Norbert Moutier, Christophe Lemaire, Jean-François Rauger (responsable de la programmation des films à la Cinémathèque française) et Francis Moury. Cet ouvrage apporte aussi et surtout du sang neuf à l’abondante littérature anglo-saxonne jusqu’alors existante sur le sujet. Délicieusement jubilatoire sous le frisson de l’effroi, voici le récit de la condamnation morale d’un genre en même temps que la naissance de la cinéphilie fantastique française, petite communauté joyeusement libertaire et assoiffée d’un cinéma du sang et de sexe, avec des égéries (blondes ou brunes) nommées Barbara Steele, Yvonne Romain, Caroline Munro, Barbara Shelley, Maggie Kimberly, Susan Denberg…

    Délectons-nous sans modération à la lecture de la chronique libérée de ces francs-tireurs d’un genre particulier qui ont consciencieusement forgé un style, hissant au pinacle une « mythologie Hammer » qui demeure toujours vivace plus de 50 ans après ; à l’instar de ce vampire mystérieux qui somnole au fond du tombeau encore inexploré de notre âme la plus noire. S. Moroy

    « Dans les griffes de la Hammer » – Nicolas Stanzick – Collection Ciné-Mythologies – Format : 15 x 23 – 486 pages – ISBN : 978-2-35687-068-1 – Dépôt légal : juin 2010 - Disponible à la bibliothèque.

    Né en 1978 à Poitiers, Nicolas Stanzick se passionne très tôt pour le cinéma fantastique, le rock et la contre-culture au sens large du terme. Après des études d'histoire à Paris I Panthéon-Sorbonne, il collabore comme auteur au Dictionnaire du Cinéma populaire français (Nouveau monde, 2004), puis comme journaliste au Nouvel Observateur via Télécinéobs, à L'Ecran Fantastique, Repérages et France Culture. Nominé au Grand Prix de l'Imaginaire en 2010, Dans les griffes de la Hammer est son premier ouvrage. Il poursuit parallèlement une carrière de musicien dans le groupe UItrazeen.

    Un lien intéressant signalé dans le commentaire de Serge

  • Marseille, Parc du XXVIe centenaire

    Marseille, Parc du XXVIe centenaire

    01

     Avec ses 10 hectares, c’est le plus récent des espaces verts de la ville, sans doute la plus vieille de France : preuves en sont les 26 jets d’eau et les 26 séquoias qui rappellent les 26 siècles de l’histoire de Marseille.
    Sa réalisation est doublement symbolique : d’abord parce qu’il a pris la place d’un ancien site ferroviaire et ensuite parce qu’il est composé de jardins des cinq (ou presque) continents 

    On y entre par l’Arbre de l’Espérance et sa mosaïque de milliers de noms de marseillais, œuvre de paix, d’harmonie et de fraternité qui a toujours été l’image de Marseille.
     
    0
    Outre les 2 600 ans d'histoire, ce parc représente les valeurs de la solidarité et de la fraternité entre les communautés marseillaises.

    Il accueille symboliquement l'Allée des Justes et le Mur des Justes, inaugurés en 2007 par le Maire de Marseille, à l'image de celle de Yad Vashem à Jérusalem: 72 noms. On les appelle les « Justes parmi les Nations ». Pendant la Seconde Guerre mondiale, ils ont sauvé des enfants juifs de la déportation et de la mort.

    Si les écureuils de Central Park sont tristes le lundi… La basse cour installée dans le parc est joyeusement animée tous les jours et nuits de la semaine. Nombre d'animaux à plumes, poules, coqs, canards, hérons, et autres se promènent en tout liberté dans un magnifique environnement champêtre, en plein centre ville de la cité phocéenne, grâce à l'heureuse initiative de la mairie de Marseille. Certes, il n'est pas rare d'entendre à 3h du matin les chants intempestifs des coqs, ou qu'une volaille inconsciente et aventurière franchisse la grille… On n'a pas encore trouvé le moyen d'obtenir raison et discipline, mais quelques bénévoles riverains veillent sur ce petit monde, victime parfois d'actes de malveillance ou de vandalisme (des oeufs couvés sont souvent retrouvés écrasés par des pieds humains, plus dangereux que les automobilistes). Si vous passez par Marseille, ne manquez pas cette visite.

    A noter que vous ne verrez pas le Mur des Justes, momentanément retiré en raison des travaux de la construction du tunnel sous le Prado) YG 


    Pour accéder à l'ensemble des photos, cliquez ici

  • Federico Fellini, un grand maître du cinéma italien

    Federico Fellini, un grand maître du cinéma italien

    Fellini
    Alors que « La Dolce Vita » fêtait ses 50 ans, le musée du Jeu de Paume (à Paris) proposait début 2010 de découvrir et de revisiter l’œuvre de Federico Fellini (né à Rimini en 1920, mort à Rome en 1993). L’exposition « Fellini, la grande parade » s’inscrivait en effet dans le cadre de l’événement Tutto Fellini organisé en hommage à Federico Fellini par la Cinémathèque française, l’Institut culturel italien de Paris et le musée du Jeu de Paume. Les visiteurs ont pu pénétrer dans l’univers du maestro par le biais de quatre grandes séquences : la culture populaire, Fellini à l’œuvre, la cité des femmes, l’invention biographique.

    On retrouvait les thèmes chers au génial réalisateur italien : le music-hall, le cirque, la caricature, la femme, la psychanalyse et les rêves, ou encore ses relations houleuses avec les médias.

    Cette expo entendait être aussi un laboratoire visuel interrogeant plus largement le 20e siècle qui connut les premiers balbutiements du cinéma, mais aussi celui de la presse, de la télévision et de la publicité. À travers la présentation d’une sélection de photographies, d’affiches originales de films, de magazines d’époque, d’extraits de films et de dessins de Federico Fellini (véritables archives de travail), l’expo mettait en lumière la construction d’une œuvre. Elle explorait également la présence autobiographique du cinéaste dans ses films, ainsi que son obsession pour la femme, à la fois figure de l’altérité et incarnation de tous les possibles. Enfin, deux films étaient au cœur même de l’expo : La Strada et La Dolce Vita.

    Avec La Strada (1954) et La Dolce Vita (1960), Fellini signe deux des chefs-d’œuvre les plus révélateurs de son cinéma. Ces deux films sont en effet les plus connus de son œuvre de cinéaste et peut-être aussi du cinéma italien tout court : "Fellini, c’est l’Italie" n’hésitait pas à déclarer le personnage du metteur en scène dans La Ricotta (1963) de Pier Paolo Pasolini.

    C’est grâce à La Strada, film primé au festival de Venise en 1954 et couronné d’un oscar à Hollywood en 1956, que Fellini se fit connaître en France et rencontra un succès unanime à la fois auprès du public et de la critique. Un doublé plutôt rare… quand il est dans le bon sens. Jean de Baroncelli, l’ancien critique de cinéma du quotidien Le Monde, affirmait ‘’La Strada est comme une transfiguration du néo-réalisme. Tout y est quotidien, familier, parfaitement plausible. Cette histoire de saltimbanque a l'apparence d'un fait divers, pourtant nous sommes aux confins de l'étrange, sinon du fantastique". Jusqu’alors les personnages essentiels de l’œuvre fellinienne étaient bien souvent des êtres purs ou innocents aux prises avec la déchéance du monde, et quelquefois dominés par elle. Ses premiers films s’achevaient d’ailleurs sur une espérance (vertu théologale par excellence) à laquelle on a souvent prêté un sens religieux que les influences catholiques initiales du réalisateur ne démentaient pas a priori. La Strada doit énormément au génie de son interprète féminine, Giuletta Masina, l’épouse du cinéaste, et bien sûr à la musique tellement envoûtante de Nino Rota.

    A contrario c’est un parfum de soufre qui accompagne la sortie de La Dolce Vita dont la première à lieu le 3 février 1960 en Italie. Le film sera accusé de blasphème par le Vatican (Fellini frôla l’excommunication) et interdit en Italie aux moins de 18 ans, ce qui ne l’empêchera pas de recevoir un prix au festival de Cannes en mai 1960. Ce film donnant la vision d’une société romaine, désespérément désœuvrée, a-t-elle choqué à ce point la bourgeoisie bien pensante comme la sainte église ? C’est aussi le prétexte pour Fellini de libérer son imaginaire et de faire exploser la structure narrative du récit. Ainsi les personnages du film ouvrent-ils les portes du rêve et de l’inconscient. Comme dans la majorité de ses films, le réalisateur utilise de nombreux éléments autobiographiques : jeunesse désœuvrée, rêveries adolescentes, farces de collégien, charme discret des scènes de la vie de province… On retrouve cette atmosphère puérile et nonchalante dans son autre film sorti en 1953, Les Vitelloni. La fameuse baignade d’Anita Ekberg dans la fontaine de Trévi reste gravée dans les mémoires et représente un morceau de choix dans l’anthologie fantasmatique. A noter que l’on doit à l’un des personnages de ce film (Paparazzo, l’un des photographes), l’invention du terme « Paparazzi ». S. Moroy

    Cinéma italien

    A LA DECOUVERTE DU CINEMA ITALIEN

    SAMEDI 5 MARS 2011 A 18H 30 : de 1945 à 1978

    SAMEDI 26 MARS 2011 A 18H 30: de 1979 à 2010

    Découvrir le cinéma italien à travers une présentation chronologique des réalisateurs et des oeuvres les plus importants, agrémentée d'extraits de films.

    Salle Planète Oxygène, public ados et adultes

    Réservation obligatoire à la médiathèque de l'Orangerie

    4, allée Benoist, Claye Souilly, au 01 60 26 92 10

    Les séances seront animées par Christophe Champclaux

    Christophe Champclaux a produit la série documentaire "Les Maîtres du regard" racontant l'âge d'or du cinéma hollywoodien. Historien de formation, réalisateur et conférencier, il a publié plusieurs ouvrages consacrés à l'histoire du cinéma.

  • Le grand retour de Pierre Etaix

    Le grand retour de Pierre Etaix

    Etaix 1 Collaborateur de Jacques Tati, dessinateur, musicien, cinéaste, Pierre Étaix est aussi le digne héritier des grands maîtres du burlesque américain : Chaplin, Keaton, Laurel et Hardy. Après ses débuts au cirque et music-hall, il se lance au début des années 60 dans la réalisation de films avec son ami Jean-Claude Carrière. Dix ans de collaboration donneront ainsi naissance à 5 longs-métrages et 3 courts jusqu’au moment où, suite à un incroyable imbroglio juridique, ses films disparaîtront des écrans pendant près de 20 ans. Plus de 58.000 personnes se sont émues de cette situation en signant une pétition réclamant la ressortie de son œuvre. C’est maintenant chose faite !

    Endommagés par le temps et par de mauvaises conditions de stockage, les éléments originaux et de tirages étaient dégradés. Les outils photochimiques et numériques ont permis de retrouver la texture originale des images ainsi que la richesse sonore des films. Et c’est grâce à la Fondation Technicolor pour le patrimoine du cinéma (ex fondation Thomson), Studio 37 et la Fondation Groupama pour le cinéma, les deux seules à œuvrer en France en faveur du cinéma, que les films de Pierre Etaix ont pu être restaurés et édités dans ce superbe coffret regroupant l’œuvre cinématographique de cet auteur inclassable, aujourd’hui âgé de 82 ans, et unique « French Keaton », comme certains critiques aiment à le surnommer.

    Les longs-métrages
    Le soupirant – Le soupirant (1962) – N & B – 83 mn – Prix Louis Delluc 1963 – Prix du film comique de Moscou 1963 – Grand prix du festival international d’Acapulco 1963.

    Un jeune homme d’excellente famille part à la recherche d’une épouse. Pas si simple…


    Yoyo – Yoyo (1964) – N & B – 96 mn – Grand prix de la jeunesse du festival international de Cannes 1965 – Grand prix OCIC festival international de Venise 1965.

    Un châtelain est amoureux d’une écuyère… Pierre Etaix rend ici un magnifique hommage à ce qu’il aime le plus : le cirque. 

    – Tant qu’on a la santé (1966) – N & B – 80 mn – Film en 4 actes (Insomnie / Le cinéma / Tant qu’on a la santé / Nous n’irons plus au bois) – Sirène d’argent au festival international de Sorrente – Concha d’argent au festival international de San Sebastian.

    Le grand amour

     

    – Le grand amour (1969) – N & B – 87 mn – Avec Annie Fratellini et Nicole Calfan – Grand prix du cinéma français – Prix de l’Office catholique au festival de Cannes – Prix d’interprétation au festival international de Panama.

     

    Pays de cocagne – Pays de Cocagne (1969)- N & B – 74 mn.
    Quand Pierre Etaix filme la France en vacances au lendemain de mai 1968. Tour de France cycliste, caravane publicitaire, radio-crochet dans les villes, scènes de plage, interviews des jeunes… Entre humour et dérision, moments choisis sur un visage insolite de notre beau pays de France. On n’en sort pas indemne. Reste à savoir s’il faut-en rire ou bien en pleurer…

     

    Les courts-métrages

    – Rupture (1961) – N & B – 11 minutes – Prix FIPRESCI Mannheim 1961 – Grand prix festival Oberhausen 1961.

    Un homme reçoit une lettre de rupture de sa fiancée. Quelle sera sa réaction ?

    – Heureux anniversaire (1962) – N & B – 12 mn – Oscar à Hollywood en 1963 – Grand prix du festival Oberhausen 1962 – Prix Simone Dubreuilh à Mannheim 1962 – Meilleur film de court-métrage British Film Academy London 1963 – Mention spéciale à la semaine internationale des films à Viennes 1963.

    Une jeune femme attend son mari afin de fêter leur anniversaire de mariage. C’est sans compter sur les imprévus de la circulation parisienne…

    – En pleine forme (1965-1971) – N & B – 14 mn.

    Les joies du camping en pleine nature s’avèrent finalement emplies de mauvaises surprises…

    Les compléments du DVD

    – Pierre Etaix, naturellement – Documentaire d’Odile Etaix (2010) – Couleur – 30 mn
    – L’île aux fleurs – Documentaire de Jorge Furtago (1989) – Couleur – 12 mn
    – Le cauchemar de Méliès – Réalisation vidéo de Pierre Etaix (1988)- Couleur – 4 mn – Avec Christophe Malavoy – Musique originale de Stéphane Grappelli.
    – La grosse tête – Livret de 112 pages conçu par Pierre Etaix et contenant des documents d’archives : photos, dessins, sculptures, textes, dont une rédaction de Pierre Etaix datant de 1940 (classe de 5e) très émouvante. Le sujet était «
    Que voulez-vous faire plus tard ? » et Etaix de répondre : « Je veux être clown pour m’amuser en amusant les autres ».

    S. Moroy

    L’intégrale de Pierre Etaix – Coffret 5 DVD – DVID Zone 2 – Pal. 5  – Prix 48 euros (prix public moins cher constaté).

  • Leni Riefenstahl, une ambition allemande, Steven Bach

    Leni Riefenstahl, une ambition allemande, Steven Bach

     

    Leni Riefenstahl  Leni Riefenstahl,

    une ambition allemande

    Biographie

    STEVEN BACH

    Editions Jacqueline Chambon

    Leni Riefenstahl (1902-2003) fait partie de ces artistes les plus controversés de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Elle créait des images avec l’ombre et la lumière, du mouvement, du courage physique et surtout une ambition sans bornes. Elle cherchait la beauté dans la nature, au sommet des montagnes, mais aussi dans les drapeaux des parades militaires, dans les compétitions sportives, dans la perfection morphologique et érotique des guerriers Massaï qu’elle photographiera beaucoup plus tard et, depuis le début, au plus profond d’elle-même. A 101 ans, Leni Riefenstahl mourut tranquillement chez elle dans son lit face à un portrait la représentant âgée de 30 ans dans son film ‘’La lumière bleue’’ (1). Elle n’avait aucun remords.

     

    ‘’Le Triomphe de la volonté’’ et ‘’Les Dieux du stade’’ restent les films phares de Leni Riefenstahl et figurent même parmi les deux plus grands documentaires jamais réalisés. Il n’est pas possible de les voir en Europe suite à une interdiction persistante car ces films sont des hymnes à la gloire d’Adolf Hitler, du IIIe Reich et de la nauséabonde idéologie nazie. Pourtant, toute sa vie, la cinéaste allemande prétendra ne s’être jamais intéressée qu’à l’art et à la beauté. Mensonge ou vérité ?

     

     

    Je veux devenir quelque chose de grand (1920)

    Après avoir débuté comme danseuse dans le Berlin des années 20, la jeune Leni fait une brève apparition dans ‘’Wege zu Kraft und Schönheit’’ (Chemins vers la force et la beauté – 1925), un long-métrage ‘’culturel’’ promouvant la culture physique et la gymnastique… dans le plus simple appareil. Elle rencontre le cinéaste Arnold Fanck (considéré alors comme le pionnier des films alpins) – qui devient son mentor et son amant – et obtient le premier rôle dans son film ‘’Der heilige Berg’’ (La montagne sacrée –1926). Comme en toutes choses qui la passionnent, Leni apprend vite et fait preuve d’un sens du cadrage et du montage impressionnant qu’elle confirme en 1932 avec son premier film ‘’Das blaue Licht’’ (La lumière bleue). Parmi ses admirateurs, un homme d’état en pleine ascension : Adolf Hitler. Leni réalise sur sa demande deux documentaires sur les congrès annuels de son parti à Nuremberg. Ce sera d’abord en 1933 ‘’Der Sieg des Glaubens’’ (La victoire de la foi) puis, l’année suivante, ‘’Triumph des Willens’’ (Le Triomphe de la volonté), grandiose hommage qui a le plus contribué à façonner le culte du Führer. ‘’Quiconque a vu le visage du Führer dans Le Triomphe de la volonté, ne peut l’oublier. Cette image le hantera jour et nuit et restera gravée dans son âme’’ dira Goebbels enthousiaste. Et la nouvelle égérie du IIIe Reich de surenchérir : ‘’Ce film ne contient aucune scène reconstituée. Tout y est vrai. C’est de l’histoire. Un pur film historique’’. Aujourd’hui encore, la vision que l’on a d’Hitler en orateur fascinant vient pour une bonne part de la façon dont la cinéaste l’a représenté dans ce film, même si c’est à Albert Speer que l’on doit la construction monumentale des décors et la mise en scène de l’iconographie nazie. Le philosophe allemand Walter Benjamin dira des Nazis qu’ils ‘’ont inventé l’esthétisation de la politique’’ et le journaliste américain William L. Shirer remarquera que ‘’ce qu’Hitler disait importait moins que la façon dont il le disait’’. Bénéficiant de l’estime du dictateur et surtout de son soutien financier, L. Riefenstahl réalise ensuite ‘’Olympia’’ (Les Dieux du stade), une ode pharaonique en deux parties (deux heures chacune) sur les jeux olympiques organisés à Berlin du 1er au 16 août 1936 dans laquelle elle exprime son esthétisme cinématographique grandiloquent car, comme elle le déclare volontiers ‘’Je n’aime pas faire les choses à moitié. Je déteste les moitiés’’. La première a lieu à Berlin le 20 avril 1938 pour coïncider avec le 49e anniversaire du Führer. Le succès en Allemagne est foudroyant. Son film remporte le premier prix (la coupe Mussolini) au festival de Venise de 1938, grâce à l’influence d’Adolf Hitler, au détriment de ‘’Quai des brumes’’ (Marcel Carné) et de ‘’Blanche-Neige et les sept nains’’ (Walt Disney). Alors Leni se met à rêver de Hollywood et se rend à New York fin octobre 1938 pour faire sa propre promotion. Mauvaise pub pour elle : dans la nuit du 9 au 10 novembre (cyniquement baptisée ‘’Nuit de cristal’’ par Goebbels), Hitler fait organiser par Reinhard Heydrich un vaste pogrom à travers l’Allemagne, prélude au génocide des Juifs. Les ligues américaines antinazies se mobilisent pour un boycott de celle qu’elles considèrent comme une ambassadrice d’Hitler. C’est réussi. Leni a fait le voyage pour rien : Hollywood ne veut pas d’elle.

     

     

    (suite…)