Catégorie : 02 Une vie, une oeuvre, une date

  • Christian Zuber (1930-2005)

    Christian Zuber (1930-2005)

    Christian ZUBER 

    ou  le combat par l’image

     Le célèbre reporter animalier, décédé en 2005, avait bien voulu nous recevoir fin novembre 2002 dans un studio de vidéo professionnelle de Boulogne-Billancourt où il effectuait un montage de films pour la Fondation Brigitte Bardot.

    A 72 ans, l’œil est toujours scrutateur et vif, la poignée de main ferme et la parole volubile dès qu’il s’agit des animaux. Entretien inédit avec un homme qui a parcouru toute la planète et pour qui l’existence serait un non sens si elle ne s’inscrivait pas dans un engagement personnel.

    Ci contre: Photo de couverture, Galapagos 1970.

    Christian Zuber filme un couple d’Albatros avec une Paillard-Bolex 16 mm. Deux mois sur une île déserte avec la pellicule enterrée dans le sable pour lutter contre la chaleur !

    Entretien conduit par Serge Moroy  pour Infos-Ciné

    Infos-Ciné : Christian, vous êtes l’inoubliable réalisateur de la série télévisée « Caméra au poing ». Mais, on vous connaît assez mal avant ces expéditions qui vous ont rendu célèbre. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

    : Tout commence au Maroc où je travaille à l’Education nationale de 1954 à 1960 avant de me lancer dans un métier passionnant : le reportage photo. Je couvre, entre autres, les émeutes au Maroc, le scandale de l’huile frelatée et l’affaire des survivants du voilier Palmir. Je fus aussi le premier non musulman à avoir été autorisé à photographier le roi Mohammed V dans la mosquée de Rabat. Mon premier appareil, acheté d’occasion, était un Leica avec trois objectifs : un 35 – 50 et 90 mm. Je prenais plaisir à travailler l’aspect technique de mes photos, bricolant souvent le matériel qui m’était confié pour l’utiliser dans ses moindres possibilités. Pour des raisons alimentaires, j’ai photographié des starlettes, fait de la photo publicitaire, de la mode et des nus. Mais ma véritable passion était les photos d’animaux dans ce pays d’Afrique du Nord où, hélas, la faune était déjà menacée. En 1959, première expédition aux Galapagos ! Je me sers de mon objectif comme d’une arme, c’est-à-dire pour témoigner et convaincre. Car la préservation de la nature, c’est l’affaire de tous. Tenez, regardez ce nid de mésange [C. Zuber me désigne un nid au faîte d’un arbre, à Boulogne, en pleine ville]. C’est bien de le voir, c’est encore mieux de le sauver. J’ai fait un courrier au maire de Boulogne en ce sens pour qu’il reporte l’élagage des arbres après la période de nidification.

    Et j’ai obtenu gain de cause !

    (suite…)
  • Louis Feuillade, Maître du cinéma populaire, P. Gauthier et F. Lacassin

    Feuillade LOUIS FEUILLADE, Maître du cinéma populaire

    Patrice Gauthier et Francis Lacassin

    Collection Découvertes

    Editions Gallimard

      
    « Mon domaine est celui où rien n’est impossible, où l’on fait arriver tout ce qui vous passe par l’esprit »

    (Louis Feuillade)

     

    Quand Louis Feuillade (1873-1925) se lance en 1905 dans le cinéma, celui-ci n’est encore qu’un divertissement forain. Scénariste et réalisateur, directeur artistique de la puissante société Gaumont (la grande rivale de Pathé), il va contribuer à lui donner ses lettres de noblesse. Louis Feuillade, avec sa culture classique et son goût pour les fêtes populaires, est en effet le relais idéal entre le cinéma des forains et l’éclosion des salles de cinéma qui vont petit à petit essaimer à partir de 1910. Il prend la direction artistique de la cité Elgé en 1907, année ou Charles Pathé chamboule la distribution des films en remplaçant la vente des copies aux exploitants par la location. Parallèlement, les spectateurs sont devenus plus difficiles et les metteurs en scène plus ambitieux. Feuillade est sans conteste l’un des principaux artisans de cette révolution. Films historiques, comédies, drames, Feuillade s’essaie à tous les genres…. Et réussit. Surtout les serials : dès 1913, ses films policiers à épisodes (Fantomas, Les Vampires, Judex), qui ont pour héros d’ingénieux criminels ou d’obscurs justiciers issus de la littérature populaire du XIX et début XXe siècle, le propulsent au sommet de sa carrière. Unissant avec bonheur réalisme et poésie, Feuillade filme leurs poursuites sur les toits ou dans les égouts de Paris, suit la mystérieuse Irma Vep dans les couloirs d’un hôtel, installe Judex dans les souterrains d’un château en ruines. Ce réalisateur inspiré et prolifique atteint toujours son objectif : séduire le grand public. Il réalise ainsi 800 films entre 1905 et 1925 (date de sa mort) et devient le maître incontesté du cinéma populaire, celui dont Alain Resnais (entre autres) n’hésitera pas à dire : « Il est l’un de mes dieux ». Les auteurs, Patrice Gauthier et Francis Lacassin, ressuscitent cette période exceptionnelle qui favorise l’émergence d’une jeune industrie en même temps que la reconnaissance internationale d’un art nouveau. Grâce à une foule de documents, ils brossent le destin passionnant d’un homme qui s’inscrit dans la foulée des frères Lumière et de Méliès, en même temps qu’ils lèvent un coin du voile sur les coulisses de la Gaumont à ses débuts.

    Cet ouvrage, au format de poche, fait partie de la série « Découvertes » lancée avec succès par Gallimard. Tout le talent de Feuillade est mis en valeur par l’abondance de scénarios, manuscrits, photos de films et de plateaux de tournage. Avec l’évocation des acteurs fétiches du cinéaste (hommes et bêtes), ainsi que la reproduction des superbes affiches éditées par Gaumont à cette époque, ce sont en tout plus de 140 documents qui retracent l’œuvre et le portrait du maître. Parmi les témoignages (22 pages), je vous recommande les lettres de Léon Gaumont faisant part de ses réflexions et directives à Feuillade et qui nous renseignent sur les relations entre les deux hommes. Captivant.

    Une véritable petite réussite bibliographique qui réactualise merveilleusement le trop ancien ouvrage que lui avait déjà consacré Francis Lacassin (paru chez Seghers en janvier 1964). Feuillade méritait bien ce dépoussiérage. ( Serge Moroy)


    Louis Feuillade, Maître du cinéma populaire – Patrice Gauthier et Francis Lacassin – 128 pages – Dimensions : 12,5 x 17,5 cm – Illustrations noir et blanc et couleurs –
    Editions Gallimard – Collection Découvertes n° 486 – Dépôt légal : février 2006 – ISBN : 2-07-031926-1 – Prix : 13,10  €.

     

     

     

     

  • Louis Feuillade, Maître du cinéma populaire, P. Gauthier et F. Lacassin

    Feuillade LOUIS FEUILLADE, Maître du cinéma populaire

    Patrice Gauthier et Francis Lacassin

    Collection Découvertes

    Editions Gallimard

      
    « Mon domaine est celui où rien n’est impossible, où l’on fait arriver tout ce qui vous passe par l’esprit »

    (Louis Feuillade)

     

    Quand Louis Feuillade (1873-1925) se lance en 1905 dans le cinéma, celui-ci n’est encore qu’un divertissement forain. Scénariste et réalisateur, directeur artistique de la puissante société Gaumont (la grande rivale de Pathé), il va contribuer à lui donner ses lettres de noblesse. Louis Feuillade, avec sa culture classique et son goût pour les fêtes populaires, est en effet le relais idéal entre le cinéma des forains et l’éclosion des salles de cinéma qui vont petit à petit essaimer à partir de 1910. Il prend la direction artistique de la cité Elgé en 1907, année ou Charles Pathé chamboule la distribution des films en remplaçant la vente des copies aux exploitants par la location. Parallèlement, les spectateurs sont devenus plus difficiles et les metteurs en scène plus ambitieux. Feuillade est sans conteste l’un des principaux artisans de cette révolution. Films historiques, comédies, drames, Feuillade s’essaie à tous les genres…. Et réussit. Surtout les serials : dès 1913, ses films policiers à épisodes (Fantomas, Les Vampires, Judex), qui ont pour héros d’ingénieux criminels ou d’obscurs justiciers issus de la littérature populaire du XIX et début XXe siècle, le propulsent au sommet de sa carrière. Unissant avec bonheur réalisme et poésie, Feuillade filme leurs poursuites sur les toits ou dans les égouts de Paris, suit la mystérieuse Irma Vep dans les couloirs d’un hôtel, installe Judex dans les souterrains d’un château en ruines. Ce réalisateur inspiré et prolifique atteint toujours son objectif : séduire le grand public. Il réalise ainsi 800 films entre 1905 et 1925 (date de sa mort) et devient le maître incontesté du cinéma populaire, celui dont Alain Resnais (entre autres) n’hésitera pas à dire : « Il est l’un de mes dieux ». Les auteurs, Patrice Gauthier et Francis Lacassin, ressuscitent cette période exceptionnelle qui favorise l’émergence d’une jeune industrie en même temps que la reconnaissance internationale d’un art nouveau. Grâce à une foule de documents, ils brossent le destin passionnant d’un homme qui s’inscrit dans la foulée des frères Lumière et de Méliès, en même temps qu’ils lèvent un coin du voile sur les coulisses de la Gaumont à ses débuts.

    Cet ouvrage, au format de poche, fait partie de la série « Découvertes » lancée avec succès par Gallimard. Tout le talent de Feuillade est mis en valeur par l’abondance de scénarios, manuscrits, photos de films et de plateaux de tournage. Avec l’évocation des acteurs fétiches du cinéaste (hommes et bêtes), ainsi que la reproduction des superbes affiches éditées par Gaumont à cette époque, ce sont en tout plus de 140 documents qui retracent l’œuvre et le portrait du maître. Parmi les témoignages (22 pages), je vous recommande les lettres de Léon Gaumont faisant part de ses réflexions et directives à Feuillade et qui nous renseignent sur les relations entre les deux hommes. Captivant.

    Une véritable petite réussite bibliographique qui réactualise merveilleusement le trop ancien ouvrage que lui avait déjà consacré Francis Lacassin (paru chez Seghers en janvier 1964). Feuillade méritait bien ce dépoussiérage. ( Serge Moroy)


    Louis Feuillade, Maître du cinéma populaire – Patrice Gauthier et Francis Lacassin – 128 pages – Dimensions : 12,5 x 17,5 cm – Illustrations noir et blanc et couleurs –
    Editions Gallimard – Collection Découvertes n° 486 – Dépôt légal : février 2006 – ISBN : 2-07-031926-1 – Prix : 13,10  €.

     

     

     

     

  • Dernier poilu, dernier hommage…

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    Lazare_2 Nous avons suffisamment évoqué les atrocités subies par les combattants de la Grande Guerre pour ne pas oublier de rendre un dernier hommage à Lazare Ponticelli, notre dernier Poilu, qui s'est éteint la semaine dernière à l'âge de 110 ans.

    Monsieur Ponticelli avait dans un premier temps catégoriquement refusé toute cérémonie le distinguant de ses compagnons d'arme avant d'infléchir finalement sa position et d'accepter qu'un ultime hommage lui soit rendu – à condition qu'on y associât l'ensemble des Poilus. Il a catégoriquement refusé tant le Panthéon qu'une place sous l'Arc de triomphe, ce qui avait été initialement envisagé pour la cérémonie des obsèques du dernier survivant.

    Cohérence de la part d'un homme qui sa vie ne s'est associé qu'à fort peu de commémorations officielles, se contentant de rendre chaque année un hommage solitaire au Monument aux Morts de sa commune.

    6a00d8341c710a53ef00e55108879188338 Lazare Ponticelli, combattant de l'armée française, engagé volontaire, ne fut naturalisé qu'en 1939. De nouveau volontaire pour servir au cours du second conflit, il ne fut pas mobilisé en raison de son âge avancé. Cela ne l'empêcha pas de tenir une place honorable dans la Résistance.

    Il n'est pas anodin de signaler en outre qu'à force de ténacité, Monsieur Ponticelli arrivé en France comme petit ramoneur a créé et développé une entreprise qui s'est révélée florissante – contribuant ainsi à donner de nombreux emplois à des chefs de famille qui en avaient bien besoin (surtout dans la période de récession de l'entre-deux-guerres)

    Avec l'espoir que ses ultimes volontés soient respectées, et qu'il puisse enfin reposer en paix, loin des cauchemars qui n'ont cessé de l'assaillir depuis plus de 80 ans.

    Dernier_poilu

    R. de la Mauvinière, AP  

    L'avant-dernier survivant français de la Grande guerre était Louis de Cazenave, mort le 20 janvier dernier, également à l'âge de 110 ans.

  • Les « signadore » contre le mauvais oeil

    Depuis l’ère chrétienne, la Corse n’a guère connu d’autre influence religieuse que celle du catholicisme qui s’est identifié à son esprit, ses coutumes, sa vie familiale et sociale.

    Aujourd’hui encore, on trouve dans les villages corses des coutumes très anciennes qui conservent dans leur simplicité l’influence de la loi qui les a inspirés.

    Locchju « L’occhju », pratique dont l’origine est mal définie, transcrite dans la mémoire de maintes femmes de l’île et aujourd’hui transmise de bouche à oreille la nuit de Noël, constitue l’un des aspects les plus spectaculaires de cette forme de piété qui mêle paradoxalement le profane et la sacré.

    Quoi de plus naturel que la prière pour exorciser le mal engendré par le mauvais œil ?

    « L’occhju » ?

    C’est une prière que l’on se transmet oralement de génération en génération. La nuit de Noël essentiellement, autour du « fucone » (le grand feu) ou du sapin moins traditionnel, après les douze coups de minuit.

    C’est aussi et surtout l’art et la manière de chasser le mauvais œil, de le conjurer.

    Maux de tête subits, indisposition tout aussi brutale, affections touchant adultes et nouveau-nés, les effets du mauvais œil sont pernicieux. Ils peuvent être engendrés par un compliment qui s’effectuerait sans la formule « U bénédiga », (Dieu le bénisse), par un regard mal intentionné auquel Mérimée fait clairement allusion dans « Colomba », ou bien encore par une malédiction. C’est alors que l’on sollicite l’intervention de « A Signadora » qui doit son nom au fait qu’elle se signe indéfiniment en formulant cette fameuse prière, dont les termes sont jalousement gardés et dont on ne saurait connaître la substance hors de la période, fixée depuis des temps immémoriaux.

    Le résultat de l’imprécation est garanti.

    Locchju_2_2 Une assiette remplie d’eau, une « luminella » (un lumignon) et de l’huile : ce sont les ustensiles de base du cérémonial de « l’occhju » qui s’ordonne selon un rite bien établi : A l’importance que prendront les gouttes versées dans l’assiette, « a Signadora », en général coiffée du "mezzaru" ce voile noir porté en signe de deuil, sera en mesure de dire si son interlocuteur est, ou non, « annuchjatu », et à quel degré : Il faudra alors avoir recours à deux autres séances identiques, pratiquées par deux officiantes différentes, pour conjurer le mal.

    Locchju_3_3   Mais l’assiette, l’eau, le lumignon et l’huile ne sont pas indispensables à l’exercice de « l’occhju ». Le simple fait de poser la main sur la tête et celui à qui on a jeté le mauvais sort – « l’annuchjatu » – et l’énoncé de la traditionnelle prière suffisent parfois à maîtriser l’indisposition.

    « L’occhju » s’ordonne aussi bien des fois hors de la présence du malade, dans ce cas, au cours des trois séances, il suffit de fournir à celle qui se signe et prie « in petto », un effet vestimentaire.

    Pratique ancienne fortement ancrée dans les mœurs de l’île, « l’occhju » ne manque pas de laisser certains perplexes sur l’efficacité thérapeutique de son usage qui, disent-ils, fait une trop belle part à la superstition.

    Il n’en demeure pas moins qu’il arrive très souvent, lorsque par exemple on adresse des louanges excessives à l’égard d’un nouveau-né, que l’on surprenne certains personnes de l'entourage faisant discrètement les cornes, plutôt à deux mains qu’une, en direction du landau…

    (Source: Corse Nice Matin,19/01/1987, Charles Monti)