Catégorie : 23 Cinéma, théâtre

  • NAPOLÉON ET LES FEMMES,  Eléonore Denuelle de la Plaigne

    NAPOLÉON ET LES FEMMES, Eléonore Denuelle de la Plaigne

    Danielle Darieux -Eleonore Denuelle-
    NAPOLÉON ET LES FEMMES 
    Eléonore Denuelle de la Plaigne : celle qui lui prouva qu’il n’était pas stérile
    Dans sa fresque consacrée à Napoléon (1955, durée 3 heures) et qui bénéficie d’une distribution exceptionnelle, Sacha Guitry (encore lui) évoque l’aventure amoureuse de l’empereur avec Eléonore Denuelle de la Plaigne (interprétée par Danielle Darrieux). Éléonore Denuelle de La Plaigne  maîtresse de Napoléon  et mère de son premier enfant.
     
    Dame de service de Caroline Murat, épouse du maréchal de l’empire, dont elle deviendra la maîtresse… avant de s’intéresser de plus près à l’empereur.
     
    En décembre 1806, elle lui donnera un fils, Charles-Léon, lui prouvant ainsi qu’il n’était pas stérile mais plutôt l’impératrice Joséphine de Beauharnais (rôle campé par Michelle Morgan). Hélas pour Eléonore, son impérial amant ne veut plus la revoir – même s’il lui octroiera par la suite une rente confortable – lorsqu’elle viendra frapper aux portes du château de Fontainebleau.
    S. Moroy
  • NAPOLEON ET LES FEMMES « Marie Walewska » Clarence Brown

    NAPOLEON ET LES FEMMES « Marie Walewska » Clarence Brown

    Marie Walewska : sans doute le plus grand amour de Napoléon
     
    Maris Walewska
    « Marie Walewska » (Conquest) est un film américain de 1937 de Clarence Brown qui relate la passion entre Napoléon et Marie Walewska, comtesse polonaise. Le rôle de l’empereur est interprété par Charles Boyer et celui de Marie Walewska par la sublime Greta Garbo qui devient, une fois pour toute, la « Divine ». Une épithète amplement justifiée par sa beauté et son élégance, non démenti dans ses films suivants : « Le roman de Marguerite Gautier » et « Ninotchka ».
    « Je n’ai vu que vous, je n’ai admiré que vous, je ne désire que vous »
    Elle est blonde, a 20 ans et les yeux bleus. Napoléon fait sa rencontre en janvier 1807 alors que ses troupes occupent la Pologne, pays divisé en trois : Autriche, Prusse et Russie. Certains historiens invoquent le fait « qu’elle s’est sacrifiée pour sauver la Pologne » avec la création du Duché de Varsovie. Quoi qu’il en soit, ils sont très épris l’un de l’autre, même si elle semble réticente au début. Bien que mariée, elle devient sa maîtresse et l’empereur va s’organiser de façon à lui consacrer du temps.
    Elle lui donne un fils
    Waleska2 (2)Marie deviendra son « épouse polonaise » et leur amour donnera naissance en mai 1810 à un fils, Alexandre.
    Napoléon apprend sa naissance alors qu’il est en Belgique avec l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche, qu’il choisira pourtant pour devenir la seconde impératrice (choix stratégique et c'était aussi, à l'époque, la plus grande princesse d'Europe).
    Marie Walewska reçoit une dotation très confortable de l’empereur et s’installe pendant deux ans dans une maison à Boulogne-sur-Seine (au 7 rue de Montmorency, toujours visible) avec ses deux fils, dont le leur. Marie Walewska et son fils lui rendront même visite début septembre 1814 alors qu’il est en exil sur l’île d’Elbe.
    Elle mourra en 1817, à l'âge de 31 ans, pendant un accouchement.
    S. Moroy
  • NAPOLÉON ET LES FEMMES  Le destin fabuleux de Désirée Clary, film de Sacha Guitry (1942).

    NAPOLÉON ET LES FEMMES Le destin fabuleux de Désirée Clary, film de Sacha Guitry (1942).

    Le destin fabuleux de Désirée Clary, film de Sacha Guitry (1942).
     
    Desirée Clary (Guitry)
    La vie de Napoléon Bonaparte est une source d’inspiration intarissable dans laquelle romanciers et auteurs ont puisé allégrement. Sacha Guitry (1885-1957) a réalisé ce film en 1942 alors que la France était occupée. Il en a fait la mise en scène, mais aussi le scénario et les dialogues. Qui d’autre que lui, d’ailleurs, pouvait traiter un sujet historique de façon aussi romantique et raffinée, instructive et divertissante avec, toujours, ce brin d’humour piquant qui reste sa marque de fabrique tout au long de son œuvre (125 comédies et 35 films).
     
    Le destin de Désirée Clary est en effet fabuleux. Née à Marseille en 1777, elle mourut en 1860 à Stockholm en tant que reine de Suède. Entre-temps, elle aura été la première fiancée de Napoléon Bonaparte.

    En 1794, Bonaparte, alors jeune général de la République en garnison à Marseille, fait sa connaissance et en tombe amoureux.
    Désirée gaby morlay
    Ils se fiancent avant de partir en Vendée pour prendre, sous Hoche, le commandement de l’artillerie. Bonaparte promet à la jeune fille de l’épouser dès que la guerre le permettra. Finalement, il refuse d’aller mater la répression en Vendée et rejoint Paris où il erre dans l’attente d’une autre affectation.
    Il y rencontre Joséphine de Beauharnais, dont il tombe éperdument amoureux (elle, ambitieuse, y voit le moyen de reconquérir ses titres de noblesse) et l’épouse avant de partir pour la campagne d’Italie. Désirée Clary jure de se venger. Ce qu’elle fait en épousant Bernadotte, qu’elle connaissait à peine mais qu’elle a choisi parce que « il était homme à tenir tête à Napoléon ».
    Devenu empereur, Napoléon se méfie de Bernadotte, mais pour réparer ses torts envers Désirée, il le nomme maréchal d’empire. En 1810, Bernadotte propose sa candidature à la succession de Charles XIII de Suède. Espérant avoir un solide allié dans le nord de l'Europe, Napoléon donne son accord, et c’est ainsi que Désirée Clary devint princesse héritière de Suède. La période qui va suivre nous révélera le rôle de Bernadotte dans la chute de l’empereur et le film se termine en 1840, avec le rapatriement de ses cendres en France sur ordre de Louis-Philippe.
    Nota : C’est Sacha Guitry lui-même qui joue le rôle de Napoléon 1er et Jean-Louis Barrault celui du général Bonaparte. Gaby Morlay incarne Désirée Clary. Un remake américain sera tourné en 1954 (Désirée), avec Marlon Brando et Jean Simmons.
    S. Moroy
    ► Critique du journal L’illustration du 5 septembre 1942 :
    « Après une période de production assez terne, Le destin fabuleux de Désirée Clary ouvre brillamment la nouvelle saison
    cinématographique française. »
    Memorial sainte hélène► Réflexion de Napoléon sur les femmes et la polygamie (Juin 1816) :
    « Si l’homme fait une infidélité à sa femme, qu’il lui en fasse l’aveu, s’en repente, il n’en demeure plus de traces ; la femme se fâche, pardonne, ou se raccommode, et encore y gagne-t-elle parfois. Il ne saurait en être ainsi de l’infidélité de la femme : elle aurait beau l’avouer, s’en repentir ; qui garantit qu’il n’en demeurera rien ?
    Le mal est irréparable ; aussi ne doit-elle, ne peut-elle jamais en convenir. Il n’y a donc, mesdames, et vous devez l’avouer, que le manque de jugement, les idées communes et le défaut d’éducation qui puissent porter une femme à se croire en tout l’égale du mari : du reste, rien de déshonorant dans la différence ; chacun a ses propriétés et ses obligations : vos propriétés, mesdames, sont la beauté, les grâces, la séduction ; vos obligations, la dépendance et la soumission, etc. »
    Extrait du « Mémorial de Sainte-Hélène » du Comte de Las Cases (édition 1895) – Tome II, page 682 – dont je possède un exemplaire. S Moroy
     
  • Adieu Bébel

    Adieu Bébel

    Bemondo
    Jean-Paul Belmondo a été la plus grande star du cinéma français, c’était l'un de nos derniers monstres sacrés et ses films font toujours les belles heures de la télévision. Les acteurs de la nouvelle génération, Jean Dujardin en tête, n’ont cessé de clamer haut et fort leur dette envers ce comédien qui ne s’est jamais pris au sérieux… au risque de ne pas être pris au sérieux, à commencer par l’intelligentsia cinéphile.
    Mais c’est peut-être aussi pour cette raison qu’il était (justement) la coqueluche des Français. Avec « A bout de souffle », il a renouvelé la manière de jouer et les canons de la beauté masculine, soufflant même la vedette à son partenaire et ami Alain Delon. Insouciant et turbulent, rebelle et franchouillard, on l’aimait bien notre Bébel national. Avec son formidable culot, sa verve incisive et sa gueule de lion, il était le héros blagueur et intrépide dans des films où il n'hésitait pas à exécuter lui-même les cascades. Comment s’est forgé le mythe Belmondo ? Peut-être parce qu'il n’a jamais joué un rôle de salaud dans ses 80 films ; au contraire il les combattait. Que cachait donc ses facéties, sa gouaille, sa gentillesse, sa pudeur ? Parce qu'il était lui-même profondément sincère et authentique. Comment cet homme surdoué pour la vie, sportif accompli (boxeur professionnel à ses débuts : 9 combats-5 victoires-1 nul), a-t-il surmonté les épreuves de la vie et notamment la maladie qui l’avait happé en 2002 ? Bébel le magnifique, l’acteur sublime, le justicier, le séducteur, l'amant, le pote… Aujourd’hui, lundi 6 septembre, le cinéma français est en deuil.
    S. Moroy
     
    "Belmondo était le cinéma français à lui tout seul" ( "Le soir" du 6 sept 2021)
     
    Un hommage national lui sera rendu le 9 septembre aux Invalides
  • JE ME SOUVIENS DE TOI, ANNIE..

    JE ME SOUVIENS DE TOI, ANNIE..

     
    A girardot
    JE ME SOUVIENS DE TOI, ANNIE…
     
    Le 28 février 2011, Annie Girardot décédait âgée de 79 ans à l’hôpital Lariboisière, à Paris. L’actrice souffrait depuis plusieurs années de la maladie d’Alzheimer, révélée au public par sa famille en 2006 et dont elle était devenue un symbole, après avoir accepté de se faire filmer pour le documentaire « Ainsi va la vie » de Nicolas Beaulieu, diffusé le 21 septembre 2008 sur TF1. Un documentaire bouleversant. Il fallait du courage pour le tourner, et encore plus pour prendre la décision de le montrer aux téléspectateurs. Ainsi, j’ai été frappé par le drame quotidien enduré par Annie que l’on voit constamment aidée et sollicitée par ses proches pour recouvrer quelques bribes de sa mémoire craquelée.
    Le diagnostic de sa terrible maladie avait été établi en 200. Et elle le connaissait. Certes, Annie Girardot n’est pas n’importe qui. Actrice préférée des Français, elle fut une véritable icône cinématographique, avec 50 ans de carrière et 217 films à son actif. Et quels films ! Elle a donné la réplique à Serrault, Blier, Galabru, Gabin, Delon, Noiret, De Funès, Piccoli, Cassel, Meurice, Ventura, etc. ; sous la direction de réalisateurs talentueux : Delannoy, Grangier, De Broca, Giovani, Zidi, Decoin, Lelouch, Jessua, Molinaro, Cayatte, Audiard… Souvenez-vous : le 2 mars 1996 au Théâtre des Champs-Elysées, à Paris, elle remerciait le public un César qu’on lui avait décerné (meilleur second rôle féminin dans « Les misérables » de Lelouch) après une (trop) longue absence devant les caméras. Elle avait pris la parole, émue : « Je ne sais pas si j’ai manqué au cinéma français, mais à moi, le cinéma français a manqué, follement, éperdument, douloureusement. Votre témoignage, votre amour me font penser que peut-être – je dis peut-être – je ne suis pas encore tout à fait morte ».
    Le malaise que l’on éprouve devant ce documentaire provient du fait que l’on ne s’attend pas à voir Annie Girardot incarner ce rôle de malade, dans ce qui semble être, hélas, sa dernière prestation devant une caméra. Car, que reste-t-il de quelqu’un qui perd tous ses repères et oublie ce qu’il est ? N’est-ce pas déjà une mort avant l’heure quand l’esprit a foutu le camp ? Imagines poignantes d’une grande actrice de 77 ans qui récite son texte à l’aide d’une oreillette dans laquelle on le lui souffle.
    Non, je ne veux pas garder cette image d’elle. Je me replonge dans ses films. Drôles, joyeux, vifs et nerveux, parfois graves, avec ce sens de la répartie qui la définissait si bien. C’est de cette Annie là dont je veux me souvenir. Du moins, vais-je essayer car c’est comme cela que je l’aimais.
    S. Moroy
     

    Annie girardotLA MÉMOIRE DE MA MÈRE

    GIULIA SALVATORI

    MICHEL LAFON

    - Maman, tu n'es vraiment pas gentille avec moi ! Un frisson m'a parcourue. Elle faisait des mots croisés sur la table de la cuisine et c'est à moi, sa fille, qu'elle s'adressait ainsi. Dehors resplendissait le ciel toujours bleu de Sardaigne… – Comment m'as-tu appelée ? – Maman, pourquoi ? – Mais maman… C'est toi ma maman !
     Depuis cette scène, avec amour, Giulia Salvatori accompagne sa mère sur les sables mouvants et arides du désert d'Alzheimer, où affleurent pour elle les souvenirs intimes du passé d'Annie Girardot.
    Dans ce livre, Annie Girardot est telle que nous ne l'avons jamais vue.
    Sa fille, Giulia, raconte sa mère : ses débuts, ses rencontres, ses amours, sa tendresse et puis, dans les années 1990, les premiers symptômes de la maladie d'Alzheimer…
    Au-delà du cri d'amour d'une fille à sa mère, Giulia Salvatori nous offre un témoignage sensible et émouvant ; un soutien pour tous ceux qui sont confrontés à cette maladie.
     
    Ainsi va la vie de Nicolas Beaulieu.

  • RENDEZ-VOUS AVEC LA FÉERIE : UN FILM SUR MÉLIÈS, L’INVENTEUR DES EFFETS SPÉCIAUX AU CINÉMA

    RENDEZ-VOUS AVEC LA FÉERIE : UN FILM SUR MÉLIÈS, L’INVENTEUR DES EFFETS SPÉCIAUX AU CINÉMA

    Georges MÉLIÈS est mort le 21 janvier 1938 à Paris, à 77 ans. Il a été l’une des figures les plus marquantes du cinéma naissant. Son œuvre (plus de 500 films), détruite ou dispersée, tombe rapidement dans l’oubli. A la fin de sa vie, pour survivre, il tenait un petit magasin de jouets dans le hall de la gare Paris-Montparnasse. Il reste presque totalement inconnu du grand public. Découvrez son histoire

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    Georges Méliès (1861-1938) tourna 520 films entre 1896 et 1913. C’est une œuvre considérable et sans pareille pour l’époque. Mais, dans un moment de détresse, il les détruisit en 1923. Alors, comment peut-on les voir encore aujourd’hui ?

    Heureusement, des copies avaient été effectuées et aujourd’hui, aux États-Unis mais aussi dans le monde, on a parfois le bonheur d’exhumer un de ses petits chefs-d’œuvre, à l’instar du Voyage dans la lune, fantaisie qui connut un vif succès en 1902. Il convient alors de les restaurer très vite car la pellicule, inflammable, se décompose dans le temps.

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    Le mystère Méliès, documentaire exceptionnel de Serge Bromberg et Eric Lange, sera diffusé samedi 9 janvier à 00 h 30 sur ARTE.

    C’est 59 minutes de pur bonheur retraçant l’histoire de ce magicien, alors directeur du théâtre Robert-Oudin et qui va se lancer dans la réalisation et la production de films noir et blanc puis coloriés. Il nous sera expliqué par quel heureux hasard il est encore possible de voir ses œuvres aujourd’hui.

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    « Notre film explore le monde enchanté du premier magicien du cinéma à travers des images extraordinaires et révèle le secret de cette réapparition, qui est peut-être son plus beau tour de magie. »
    Serge Bromberg

    Avec les témoignages de Costa-Gavras, président de la Cinémathèque de Paris, Laurent Mannoni, historien du cinéma, Michel Gondry, réalisateur, Béatrice de Pastre, directrice des collections au CNC, ainsi que des enregistrements de la propre voix de Georges Méliès.

    Serge Bromberg, 59 ans, a fondé sa société Lobster Films en 1985 pour gérer et valoriser son importante collection de films anciens, notamment des burlesques et des films d’animation. Il poursuit sa recherche de vieux films disparus, qu’il entreprend de restaurer (Méliès, Keaton, Chaplin et Dziga Vertov) et œuvre pour diffusion des grands classiques du cinéma  auprès du plus grand nombre.

    Serge Moroy

  • Le corbeau

    Le corbeau

    Louise Sylvie corbeauLe regard bleu acier de la vieille dame indigne
     
    L’actrice Louise SYLVIE, décédait il y a 51 ans, à 87 ans.
    Elle a tourné avec les plus grands (Duvivier, L’Herbier, Bresson, Grémillon, Allégret, Cayatte, Verneuil, Vadim, Allio).
    Elle interprétait souvent des rôles de second plan, personnage a priori insignifiant mais cependant capital. Si elle parlait peu, son regard, clair mais grave, vous transperçait l'âme avec éloquence.
    Je me souviendrai toujours du film, « Le corbeau », chef-d’œuvre de Clouzot tourné en 1943, dans lequel elle fait une brève apparition finale. Son calme, sa froideur et sa détermination farouche et implacable m’avaient alors glacé le sang. Quel talent !
    A la libération, « Le corbeau » avait valu des ennuis à Clouzot.
    Son film, qui aborde le thème des lettres anonymes, alors fréquentes sous l’occupation où la délation était encouragée, pour ne pas dire en vogue, est mal compris puis interdit. Clouzot se voit mis à l’index de sa profession. Heureusement, sa disgrâce ne durera pas. Je ne peux que vous conseiller de voir (revoir) ce chef-d'œuvre, à l’atmosphère oppressante et au suspense quasi insoutenable… jusqu’à la fin.
    S. Moroy
    Corbeau1
  • Vaires sur Marne, Le train

    Vaires sur Marne, Le train

    6a00d834eebe2a69e200e551ef4fee8834-800wiLe 20 octobre 1994 décédait Burt Lancaster, à l’âge de 81 ans.

    L’acteur américain était venu à Vaires-sur-Marne (77) en octobre 1963 pour tourner un film de guerre à gros budget, « Le train », réalisé par John Frankenheimer avec notamment Paul Scofield,  Jeanne Moreau, Suzanne Flon, Michel Simon [inoubliable Papa Boule !],  Albert Rémy, Jacques Marin… 

    Il se trouve que j’habite à Villevaudé, village qui se situe non loin de l’endroit où fut tourné ce film et qu’il tire parti d’événements historiques qui s’y produisirent 19 ans plus tôt en 1944.

    Vaires-sur-Marne, en Seine-et-Marne, est une charmante bourgade des bords de Marne, à 25 km à l’est de la capitale. Elle dispose d’une gare de chemin de fer digne de ce nom depuis 1926 assurant la liaison entre Paris et Meaux. Vaires a surtout la particularité de posséder l’un des plus grands triages du réseau ferroviaire français. Ce dernier organise la formation des convois de marchandises vers toute la France et l’Europe. La ville comptait 5120 habitants en 1936 et on estime que près de la moitié de la population était constituée par les cheminots et leurs familles.

    Les Allemands arrivent à Vaires le 13 juin 1940. La gare et son triage, aussitôt réquisitionnés, jouent alors un rôle logistique primordial pour les communications outre-Rhin. Les cheminots manifestent très vite leur opposition à la présence de l’occupant. Tout est bon pour gêner ou ralentir le trafic des trains servant l’effort de guerre allemand. Les erreurs d’aiguillage ne se comptent plus et provoquent le va-et-vient incessant des convois. Quelquefois, il y a de véritables actes de sabotage qui mettent hors d’usage le matériel roulant, provoquent des déraillements et nécessitent des réparations qui sont effectuées le plus mollement possible. Bien sûr, les employés des chemins de fer allemands qui surveillent leurs homologues français ne sont pas dupes. Mais, ces hommes de la Reichbahn sont âgés et le plus souvent des réservistes de la Wehrmacht. Bien qu’armés d’un pistolet, ils n’ont pas l’esprit guerrier et consentent bien souvent à fermer les yeux. De toute façon, ils savent que le triage de Vaires est un important foyer de résistance, qu’elle soit active ou passive, et que le sens de l’histoire est en train de tourner, surtout depuis la première défaite de l’armée allemande à El-Alamein (3 novembre 1942).

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    En 1944, la ville paiera un lourd tribut à la Libération en étant particulièrement éprouvée par les bombardements alliés. Le triage subira en effet six attaques aériennes en l’espace de cinq mois. Le premier se produira le 29 mars 1944. Ce jour-là, plusieurs trains militaires se trouvent assemblés au triage de Vaires. L’un d’eux transporte de l’essence, deux autres du matériel, un quatrième des munitions et le cinquième des troupes de soldats SS. Avertis par la Résistance, les autorités anglaises déclenchent l’offensive un peu plus de 12 heures seulement après avoir reçu l’information. « Les haricots verts sont cuits » annonce alors laconiquement Radio-Londres pour prévenir du bombardement imminent. Effectivement, à 21 h 15, les avions de la RAF surgissent et, quand ils s’éloignent à 21 h 40, le triage est en feu : le train de munitions a explosé, creusant une tranchée longue de 200 m, large de 20 m et profonde de 6 m ; le train transportant l’essence brûle ; les wagons contenant le matériel sont détruits et, pour celui transportant les troupes, plusieurs centaines de soldats ont péri. Les bombardements ont également causé une douzaine de morts dans la population civile. Au total, les chiffres des victimes, selon les estimations des témoins, oscillent entre 1200 et 2735. Quoi qu’il en soit, il semblerait qu’il n’y ait eu que 400 rescapés. Les cinq autres bombardements (28 juin, 8 – 12 – 18 et 27 juillet) surviendront après le débarquement en Normandie. Ils varieront par leur intensité et viseront surtout à désorganiser le trafic ferroviaire sur l’arrière de l’ennemi, tandis que les alliés progressent. A la Libération, la ville de Vaires apparaît comme l’une des plus sinistrées du département de Seine-et-Marne, ce qui lui vaudra de recevoir la Croix de guerre en 1948 pour le courage de sa population civile lors de ces tragiques événements (médaille figurant depuis au bas du blason de la ville).

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    En octobre 1963, les Vairois sont donc quelque peu surpris de voir débarquer 19 ans plus tard l’équipe d’un grand réalisateur américain pour tourner un film de guerre à gros budget au triage SNCF. Car, pour les besoins de ce tournage énorme en décors naturels, ce sera un pari de tous les instants : en fin de journée, il faut préparer une locomotive qui devra dérailler le lendemain ; il faut ajouter des feuilles aux arbres (l’action se déroule en effet en été et l’on est en automne !). Un poste d’aiguillage de l’époque est entièrement reconstitué, un dépôt désaffecté est sacrifié pour les besoins d’une scène d’explosion. John Frankenheimer était un cinéaste très exigeant et pourtant c’était Arthur Penn qui était prévu au départ pour la réalisation de cette superproduction franco-italo-américaine. En fait, le réalisateur de « Little Big Man » abondonna le tournage au bout de quinze jours à cause d’un désaccord avec Burt Lancaster, l’acteur principal du film.

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    Letrain1
    Le train heure 3
    L’histoire du film est basée sur des faits réels. Au moment de la retraite des Allemands en août 1944, le colonel von Waldheim (interprété par l’acteur Paul Scofield) réquisitionne un train pour transporter vers l’Allemagne des œuvres d’art entreposées au musée du Jeu de paume. Paul Labiche (Burt Lancaster), ingénieur responsable du réseau ferroviaire de l’Est et chef d’un réseau de la Résistance, est chargé d’empêcher à tout prix le train de parvenir à destination. Labiche organise une habile mystification à l’échelon du réseau ferroviaire national puis, finalement, le déraillement du convoi. Les Allemands ripostent par des exécutions d’otages et mettront tout en œuvre pour faire repartir le train mais, au terme d’un combat sans merci, la Résistance aura finalement le dernier mot (*).

    Sur le tournage au triage ferroviaire de Vaires, Burt Lancaster faisait preuve d’une grande courtoisie. Dans cette note (document S. Moroy), il invitait les techniciens à prendre un pot avec la production le 23 décembre 1963. En post-scriptum de ce même document, il décline poliment l’invitation de l’un d’entre eux l’invitant pour Noël. On remarquera au passage l’humour de l’acteur américain lorsqu’il évoque ses 5 enfants !
    Un grand acteur et, à l’évidence, un très grand Monsieur ! Le train 2
    Le temps d’un tournage, le film a donc rapproché une petite ville française avec la grande et mirifique Hollywood. « Le train » fait ainsi partie de ces rares films avec « Ceux du rail » (1943) et « La bataille du rail » (1945), tous deux de René Clément, qui rendent hommage à l’héroïsme des cheminots français dont beaucoup d’entre eux ont payé de leur vie leur combat contre l’occupant.


    Serge Moroy

    Sources : archives municipales de Vaires-sur-Marne

    (*) La réalité historique : sur ordre de Goering, 148 caisses comportant notamment des œuvres d'art moderne (peintures et objets précieux), quittent le Jeu de paume à Paris. Elles seront chargées dans cinq wagons du train n° 40 044, en attente de partir pour Nikolsburg. Renseigné in extremis par la résistante Rose Valland (conservateur au musée du Jeu de paume) et les cheminots, c’est un détachement de l'armée de Leclerc qui arrêtera le 27 août 1944 à Aulnay ce train contenant le dernier convoi d’œuvres d'art pour l'Allemagne.

     

    (suite…)

  • Au parc floral de Paris… Plus que quelques jours…

    Au parc floral de Paris… Plus que quelques jours…

    Parc floral 2020
    Les festivals du parc floral aux portes de Paris, se déroulent en plein air du samedi 15 août au mercredi 23 septembre. Rafraîchissants, riches et colorés, ils sont gratuits et se déclinent en trois volets afin de mieux séduire tous les publics.

    Pestacles

    Il s’agit d’un festival destiné au jeune public réunissant une programmation particulièrement exigeante, qu’elle soit musicale ou interdisciplinaire (percussions corporelles, théâtre musical, contes des temps modernes…). “Pestacles” entend ainsi faire découvrir joyeusement aux enfants l’univers foisonnant des sonorités, mais aussi celui, tout aussi florissant, des esthétiques ; suscitant leur curiosité et favorisant leur participation.

    Du mercredi 19 août au mercredi 23 septembre.

    Parc floral2
    Festival de jazz

    L’édition 2020 de “Paris Jazz Festival” poursuit son exploration des approches multiformes du jazz actuel. Elle mettra en avant le dynamisme d’une nouvelle génération émergente de musiciens, sans sacrifier pour autant la tradition ni oublier l’influence des résonances africaines. A ce propos, elle soulignera les bienfaits du métissage, qui contribue à faire évoluer cette musique à nulle autre pareille. Ray Lema clôturera le festival avec son hommage à Franco Luambo, le père de la rumba congolaise décédé en 1989.

    Du dimanche 16 août au dimanche 20 septembre. S Moroy

    Voir la programmation

  • La planète sauvage, René Laloux

    La planète sauvage, René Laloux

    Film d’animation de René Laloux (1973)
    D’après le roman de Stefan Wul, « Oms en série »
    Adaptation, scénario et dialogues : René Laloux et Roland Topor
    Dessins originaux : Roland Topor
    Graphisme des personnages : Josef Kabrt
    Graphisme des décors : Josef Vanä
    Production : Les films Armorial – Paris / Service de la recherche ORTF – Paris / Ceskoslovensky Filmexport – Prague
    Musique : Alain Goraguer
    Studio d’enregistrement : Davout Marignan

    Illustration
    Synopsis

    Sur la planète Ygam vivent les Draags, géants de 12 mètres de haut, à la civilisation très avancée. D'une exploration spatiale, ils ont ramené les Oms qu'ils ont découverts sur une planète dévastée, et qu'ils ont adoptés comme minuscules animaux domestiques…

    Tiwa, une enfant Draag, adopte un petit Om dont la mère a été tuée par des jeunes Draags qui jouaient avec elle. Baptisé Terr, il grandit en profitant des leçons que sa jeune maîtresse reçoit à l’aide d’écouteurs. Devenu adolescent, Terr réussit à s'enfuir en emportant un précieux casque d'enseignement. Il rejoint le groupe d'Oms sauvages contre lesquels les Draags lancent régulièrement des opérations de "désomisation".

    S'instruisant peu à peu, les Oms sauvages réussissent à tuer un Draag ; ce qui déclencle la guerre. Terr retrouve le cimetière de fusées des Draags et réussit à gagner la planète sauvage, où il découvre le secret de la méditation de ces derniers – nécessaire à leur survie – parvenant ainsi à jeter le désarroi au sein de leurs rites sacrés.

    Les Draags frappés au plus profond d’eux-même et convaincus de l'intelligence des Oms, leur accordent enfin leur estime tout en souhaitant leur collaboration. Dès lors, Terr et son peuple vivront en paix sur la Planète Sauvage, respectés des androïdes géants qui deviendront leurs amis.

    Commentaire

    Film d’aventure fantastique, mêlant science-fiction et philosophie optimiste de la condition humaine, La planète sauvage de René Laloux met fin au cinéma d’animation réservé à des initiés privilégiés en trouvant une bonne programmation commerciale.

    Le film résulte de la collaboration de René Laloux (Les dents du singe, Les temps morts, Les escargots) et de Roland Topor (dessinateur, écrivain, Grand prix de l'humour noir).

    En 1966, René Laloux conçut avec Topor un scénario adapté du roman de Stefan Wul (Oms en série). Ainsi voit le jour La planète sauvage, long-métrage d’animation réalisé en coproduction franco-tchèque, signée en 1967. Le film comporte 1073 plans et réunit toutes les exigences d’un spectacle attrayant. Sa qualité artistique démontre que la production et la distribution de films d’animation, en France, peuvent rivaliser avec le cinéma en prise de vues réelles. La réalisation mobilisa une équipe de vingt-cinq personnes durant trois ans et demie aux célèbres studios Jiri Trnka, à Prague.

    L’animation emploie la technique du papier découpé et tous les décors du film ont été réalisés à l’encre. René Laloux, dans un entretien accordé à la revue Cinéma Pratique (n° 128 – Janvier 1974), déclarait que « le dessin animé sur cellulo possède de merveilleuses possibilités quant au mouvement, mais il est limité sur le plan graphique. Avec ma technique du papier découpé phase par phase, j’obtiens la même souplesse d’animation tout en bénéficiant d’une qualité graphique bien supérieure puisqu’elle restitue la beauté et le raffinement du trait et des couleurs du dessin original ! ».

    Récompenses

    Les dessins sont réellement superbes et l’atmosphère de ce chef-d’œuvre d’animation est tout simplement fascinante. Il fut présenté au Festival de Cannes 1973, où il obtint le Prix Spécial du Jury. Il fut ensuite couronné au Festival de Science-Fiction de Trieste puis ensuite au Festival d'Atlanta.

    S. Moroy