Catégorie : 02 Une vie, une oeuvre, une date

  • Pâques, la tradition des œufs décorés

    Pâques, la tradition des œufs décorés

    Pour Pâques 1897, le Tsar Nicolas II commanda à Fabergé cet œuf dit du « du couronnement » destiné à son épouse : un œuf extraordinaire fait d'or, de platine, de rubis et cristal de roche, de diamants, d'émail jaune-vert à fond guilloché qui fait référence à la robe en or revêtue par la tsarine lors de son couronnement. … À l'intérieur d'un compartiment doublé de velours se trouve une réplique du carrosse qui a conduit la tsarine Alexandra à son couronnement à la cathédrale de Dormition de Moscou .

    Oeuf couronnementQui est Fabergé ?

    Originaire de Picardie, convertie à la religion réformée, la famille Fabergé est contrainte de s'exiler hors de France, comme bien d'autres, lors de la révocation de l'Édit de Nantes en 1685.

    "Né à Saint-Pétersbourg en 1846, Carl Fabergé orfèvre et émailleur, a fourni la cour impériale jusqu'en 1917. Il est reconnu pour son savoir faire et son talent artistique notamment dans la réalisation d' œufs de Pâques renfermant une surprise.

    En 1885, le Tsar Alexandre III lui commande le premier œuf pour Pâques, la plus importante fête du calendrier de l'Église orthodoxe,   l’œuf  représentant la prospérité dans la tradition russe.

    En 1897, le tsar Nicolas II lui commande une de ces précieuses pièces pour son épouse.

    Dès lors, les aristocrates russes respectent la coutume pascale d'offrir un œuf à une femme.
    Les œufs de Fabergé rencontrent un succès grandissant.
    Vers 1900, celui-ci est récompensé par le grand prix de l' Exposition universelle.
    Après l'abdication de Nicolas II, Fabergé quitte la Russie pour la Suisse où il meurt en 1920. Il est enterré au cimetière de Cannes.
    Ce grand orfèvre a produit une œuvre considérable pendant plus de cinquante ans, des objets de très belle facture, certains de valeur inestimable, sortis des ateliers de Saint-Pétersbourg, de Moscou, d' Odessa et de Londres."

  • Carême, ramadan, yom kippour, jeûne et abstinence…

    Carême, ramadan, yom kippour, jeûne et abstinence…

    Icone fabergé

    C'est bientôt Pâques…La fête de Pâques est fixée au dimanche après la pleine lune du samedi 16 avril qui suit l'équinoxe de printemps du 20 mars , (sauf pour les Orientaux, restés fidèles, sur ce point, au calendrier julien qui place l'équinoxe au 25 mars)

    Cette année fêtera Pâques le dimanche 17 avril.

    C'est au IVe siècle lors du concile de Nicée que les célébrations de Pâques et du carême sont formalisées par l'Église.

    Le jeûne est une pratique religieuse qui ne concerne pas seulement les chrétiens … les musulmans ne respectent-ils pas le ramadan, les juifs le yom kippour?

    Cette année en 2022, la période du carême s'est donc ouverte le mercredi 2 mars, mercredi des cendres (lendemain de mardi gras) et dure 40 jours jusqu'au dimanche de Pâques le dimanche 17 avril.

    Si certaines régions de France respectent davantage cette tradition que d'autres (l'Alsace et la Moselle où le vendredi saint peut être un jour férié , la Corse ) et si le carême n'est pas forcément le jeûne alimentaire, il est d'usage dans les familles chrétiennes de ne pas consommer de viande les six vendredis de cette période et surtout le vendredi des rameaux et le vendredi qui précède Pâques…

    Photo: Icône signée par Fabergé

    La tradition des œufs décorés

    "Né à Saint-Pétersbourg en 1846, Fabergé, orfèvre et émailleur, a fourni la cour impériale jusqu'en 1917. Il est reconnu pour son savoir faire et son talent artistique notamment dans la réalisation d' œufs de Pâques renfermant une surprise.
    Vers 1885, le tsar Alexandre III lui commande une de ces précieuses pièces pour son épouse. Dès lors, les aristocrates russes respectent la coutume pascale d'offrir un œuf à une femme.
    Les œufs de Fabergé rencontrent un succès grandissant.
    Vers 1900, celui-ci est récompensé par le grand prix de l' Exposition universelle.
    Après que Nicolas II a abdiqué, Fabergé quitte la Russie pour la Suisse où il meurt en 1920.
    Ce grand orfèvre a produit une œuvre considérable pendant plus de Cinquante ans, des objets de très belle facture sortis des ateliers de Saint- Pétersbourg, de Moscou, d' Odessa et de Londres.
    Aujourd'hui, ces œuvres d'art atteignent une valeur inestimable."

    (Source: DécoLoisirs de la maison au jardin n° 35 Mars 2008)

  • Pionnières .. Artistes dans le Paris des années folles au musée du Luxembourg

    Le musée du Luxembourg présente jusqu'au 10 juillet 2022 l'exposition:

    Pionnières .. Artistes d'un nouveau genre dans le Paris des années folles.

    Années folles
    De Suzanne Valadon, Mela Muter, Anton Prinner ou Gerda Wegener à Tamara de Lempicka,  l'exposition présente 45 artistes femmes qui ont été à la tête de grands mouvements artistiques jusque là réservés aux hommes..

  • Elles se sont battues pour les droits des femmes

    Elles se sont battues pour les droits des femmes

     
    1
    Julie-Victoire Daubié est la première femme française à avoir obtenu le 17 août 1861 son baccalauréat, jusqu' ici réservé aux hommes… mais c'est grâce à l'intervention de l'Impératrice Eugénie que le ministre Gustave Rouland signe avec réticence le diplôme par crainte qu'il ne "ridiculise le ministère de l'Instruction Publique"…
    Julie-Victoire obtient ensuite sa licence sans avoir eu le droit d'assister aux cours!!!
     
    2
    C'est encore grâce au soutien de l'Impératrice Eugénie que Madeleine Brès obtient, malgré les nombreux obstacles réservés aux femmes, le droit de s'inscrire à la faculté de médecine de Paris…
    En 1875, elle sera la première femme française à devenir médecin.
     
    3
    Rosa Bonheur, dont le musée d'Orsay célèbrera le bicentenaire de sa naissance en 2022, est la première femme artiste à recevoir la Légion d’Honneur en 1865, des mains de l’impératrice Eugénie, car "le génie n'a pas de sexe" . En 1889 Sadi Carnot lui remettra la grand-croix de la Légion d’honneur..
     
    4Berthe Morisot (1841-1895)
    Artiste peintre française membre fondateur et doyenne du mouvement d'avant-garde que fut l'Impressionnisme. Berthe Morisot présente plusieurs tableaux lors de la première exposition impressionniste organisée à Paris en avril 1874.
    Sa participation en qualité de seule femme constitue un acte d'indépendance très critiqué.
    Inhumée au cimetière de Passy, à Paris, l'inscription sur sa tombe ne mentionne pas son activité artistique, mais simplement :
    « Berthe Morisot, épouse d'Eugène Manet ».
    L'époque n'autorisait pas encore la reconnaissance d'une femme peintre!!
  • Les cafés dans l’ancien canton de Claye

    Les cafés dans l’ancien canton de Claye

    Les cafés LES CAFES DANS L'ANCIEN CANTON DE CLAYE

    « Gargote, bistrot, troquet, boui-boui, zinc, café, bar, brasserie, pub….. autant de vocables  qui inspirent une nostalgie bienveillante à ceux qui les ont fréquentés »  écrit Yves Albarello dans ce livre qui a été édité par la SHCE.

    Les cafés de Colette, Paulette, Baheux, Mendi, le petit Bordeaux, ce sont eux que j'ai connus à mon arrivée à l'école de Villevaudé à Montjay-la-Tour en 1972: je précise bien à Montjay-la-Tour car étant à la recherche dans le bourg de Villevaudé de l'école où j'avais été nommée, aucun des passants interrogés n'a pu me dire que l'école était à Montjay… et c'est finalement au café Mendi dans la Grande rue de Villevaudé que l'on m'a dirigée vers la bonne destination… de laquelle je ne suis pas repartie…

    Quand Colette a fermé son café des marronniers à Montjay,  le gribouillage DÉFENSE DE FERMER écrit par mon mari Michel G sur l'affichette « DÉFENSE DE FUMER »  n'a  pas eu d'effet, et son pot de départ nous a laissé un goût amer… c'est là que nous apprenions les bonnes nouvelles, les mauvaises, les décès, c'est là aussi que les collectes étaient organisées.. le quartier était dorénavant vide.

    Des 8 cafés il n'en reste qu'un, au hameau de Bordeaux. 

    Vous pouvez consulter cet ouvrage à la bibliothèque de la Roseraie. Il est également en vente auprès de la Société d'Histoire de Claye et Environs.

  • Villevaudé, Histoire

    Villevaudé, Histoire

    Le rayon du fonds local est peu fréquenté… Pourtant, une grande partie de l'histoire de notre commune et de ses environs représente un intérêt non négligeable… la dernière revue Clio est arrivée… De la Batterie 308 de la grande guerre, au bicentenaire de Napoléon et de son chirurgien Percy qui vivait à Villevaudé, vous y découvrirez des documents inédits… 

    CLIO

     

    Clio1

    Clio2

    Clio3

  • Hôtel Berlin 43, Vicki Baum

    Hôtel Berlin 43, Vicki Baum

    Vicki BaumHOTEL BERLIN 43
    VICKI BAUM
    METAILIE
    Écrit en pleine guerre, ce roman de Vicki Baum ressuscite dans sa version originale et sans censure pour la rentrée littéraire 2021.
    Parmi la production foisonnante de la rentrée littéraire 2021 (521 romans, dont 379 français et 142 étrangers) figure le roman de Vicki Baum, Hôtel Berlin 43, publié aux éditions Métailié. Il raconte avec un réalisme surprenant ce que personne en Allemagne n’avait osé imaginer en 1943.
    Il ne s’agit donc pas d’un livre contemporain puisqu’il est sorti pour la première fois en 1944 et qu’il a connu la censure et des coupures au fil de ses retirages successifs, notamment tous les passages érotiques et ceux où l’auteur critiquait l’Allemagne nazie.
    Il était donc justifié que ce livre ressorte enfin dans une traduction fidèle à l’œuvre originale.
    Née en Autriche en 1888, Vicki Baum a rédigé ce livre depuis son exil aux Etats-Unis où elle obtiendra la citoyenneté américaine en 1938. Elle avait en effet des origines juives et a été déchue de sa nationalité, tandis que ses livres étaient brûlés dans les autodafés du Troisième Reich.
    Dans Hôtel Berlin 43, elle essaye d’imaginer ce qui a pu se passer dans son pays qu’elle a dû quitter précipitamment en 1931.
    Après la guerre, Vicki Baum voyagera en Europe, mais ne retournera jamais en Allemagne ni en Autriche.
    Un microcosme du Troisième Reich
    Ce grand hôtel berlinois, qui a subi les bombardements des Alliés, est une sorte d’annexe semi-officielle du gouvernement hitlérien en même temps qu’une vitrine de la propagande nazie. On y organise des grandes réunions diplomatiques et l’on y scelle d’importants accords commerciaux entre pays. Les généraux allemands viennent y prendre un peu de repos aux bras d’actrices et de quelques prostituées mises à leur disposition.
    L’intrigue se déroule dans un huis-clos et sur une durée de vingt-quatre heures selon le sacro-saint principe du théâtre : unité de temps, de lieu et d’action. Son suspense repose sur le jeu du chat et de la souris, c’est-à-dire entre les agents de la Gestapo et Martin Richter, leader d’une révolte d’étudiants à Leipzig, qui a échappé à ses bourreaux la veille de son exécution.
    Cependant une rumeur circule selon laquelle il serait peut-être caché là où on l’attendrait le moins, c’est-à-dire dans cet hôtel surveillé par la Gestapo.
    Entre théâtre et cinéma
    L’ambiance du théâtre est donc prégnante.
    Il faut dire que Vicki Baum a eu la chance de voir plusieurs de ses livres adaptés au théâtre et au cinéma. Elle possède en effet un vrai sens du scénario, du rebondissement et du coup de théâtre avec des personnages qui se cachent, se déguisent et évoluent. A la lecture, on a l’impression que certaines scènes ont été pensées pour une future adaptation, avec des fondus enchaînés entre deux chapitres et de bons dosages de suspense, d’érotisme et d’humour dans un contexte historique éminemment dangereux. Peter Godfrey réalisera d’ailleurs en 1945 « Hôtel Berlin », un film produit par la Warner et dont l’intrigue s’inspire du roman.
    Mais au-delà de ce côté théâtral, on sent chez l’auteur un véritable effort pour sonder le ressenti de ses compatriotes. A cet effet, elle a créé toute une galerie de personnages animés par leurs propres histoires et drames.
    Chacun poursuit son être, disait Spinoza et, dans cet hôtel, chacun poursuit sa vie avec les moyens dont il dispose pour améliorer son ordinaire ou un semblant de paraître, tout en croyant toujours ou non en la victoire de l’Allemagne nazie : l’employé de réception, Kauders lieutenant en permission devenu fou, Von Dahnwitz le général vainqueur de Kharkov, fatigué et venu prendre du bon temps, Helm, commissaire rusé de la Gestapo, Tilli la prostituée, Lisa Dorn l’actrice préférée du Führer, etc.
    Des personnages certes un peu caricaturaux au début, mais qui gagnent en ambivalence au fur et à mesure que l’action va progresser.
    Sous prétexte de fiction, Vicki Baum imagine avec clairvoyance ce qui va arriver à l’Allemagne. Elle le fait sans concession et d’une manière assez visionnaire puisque le livre, rappelons-le, rédigé pendant l’été 1943, décrit par exemple une attaque aérienne sur des civils… qui n’existait pas encore à cette époque.
    Une préface en guise de conclusion
    Dans sa préface à l’édition de 1947 (la première aura lieu en 1944 en anglais), Vicki Baum déclarait :« J’ai peu de choses à ajouter aujourd’hui, sinon que je souhaiterais que les Allemands, tout comme leurs adversaires d’hier, établissent une différence claire entre responsabilité et faute. La faute de la guerre incombait, incombe aux dirigeants allemands qui ont précipité sans raison le monde entier dans ce malheur effrayant. Mais la responsabilité de l’issue dévastatrice de cette guerre incombe au peuple allemand qui n’eut ni le courage ni le désir de renverser ses dirigeants quand il en était encore temps. Mon livre ne prétend être rien d’autre qu’un petit miroir, sans doute un peu trouble, dans lequel se reflète le visage de l’Allemagne tel qu’on pouvait le voir deux ans avant la fin de la guerre. » Serge Moroy

    Extrait choisi (pages 56-57-58) :

    Le serveur venait de faire tomber une cuiller quand on frappa timidement à la porte. C’est le général pensa-t-elle (car même dans ses pensées, elle se sentait rarement assez intime pour l’appeler par son nom), et elle dit, une légère nuance de déception dans la voix : « Entrez ». Terminée, ma soirée tranquille, songea-t-elle. La porte s’ouvrit avec hésitation, deux hommes en uniforme se tenaient sur le seuil. Lisa se leva.

    –  Que la Fraulein veuille bien nous excuser. Nous sommes de la police, dit l’un d’eux.

    –  La police ? s’étonna Lisa. Que voulez-vous ?

    – Nous sommes désolés de déranger la Fraulein, dit le plus grand. Mais les ordres sont les ordres. Nous devons perquisitionner toutes les chambres.

    – Dans votre cas ce n’est qu’une formalité, bien sûr, Fraulein Dorn, ajouta l’autre.

    – Faites comme chez vous, messieurs, dit Lisa, assez amusée par l’embarras des policiers. Cela ne vous dérange pas que je prenne mon souper avant qu’il ne soit froid ? Vous voulez une cigarette ?

    – Merci, Fraulein, dit le plus grand.

    – Merci, Fraulein dit le plus petit.

    Ils se servirent avec avidité dans le petit coffret doré. « Excusez-nous », dirent-ils à l’unisson avant de déambuler dans la pièce. Lisa les observait tout en tendant sa tasse au serveur pour qu’il y verse un liquide marron appelé café. C’était comme au théâtre. Le plus grand approchait du lit de l’alcôve comme s’il risquait de lui exploser au visage à tout instant. Il maîtrisa difficilement son regard exorbité et son petit sourire en lorgnant sur la chemise de nuit de mousseline bleue. L’autre se perdait dans les profondeurs de la garde-robe, entre les nouvelles tenues, ne cessant de lui lancer de curieux regards obliques. Ils jetèrent un coup d’œil de pure forme  au balcon puis pénètrent dans la salle de bain. Le tout avait à peine duré deux minutes.

    – Excusez-nous, dirent-ils en réapparaissant. Le petit rassembla tout son courage : Je n’aurais jamais imaginé avoir l’honneur de faire personnellement la connaissance de Lisa Dorn. Ma femme sera bien étonnée quand je lui raconterai. Et ma petite fille… serait-ce trop vous demander de vous prier de me donner un autographe ? Ma fille en fait collection. Merci infiniment, Fraulein, vous êtes très gentille.

    – Je vous ai vue dans L’amour par le bout du nez, Fraulein Dorn, dit l’autre. Je ne vais pas beaucoup au cinéma mais ce film m’a vraiment plu.

    Il parcourait son négligé du regard. Lisa en eut soudain assez.

    – Bonne nuit, messieurs. J’espère que vous trouverez ce que vous cherchez.

    – Excusez-nous, firent-ils en chœur, se dirigeant vers la porte en trébuchant. Nous ne faisons que notre devoir : excusez le dérangement. Heil Hitler.

    Quand la porte se referma, Lisa fut frappée d’une pensée déplaisante. Elle se précipita dans la salle de bain. Son précieux savon Roger & Gallet était toujours là. Dieu merci. Mais le petit morceau de savon gris rationné avait disparu du lavabo. Tandis qu’elle hésitait entre colère et rire, un bruit mat provint de sa chambre. Elle ouvrit la porte. Le serveur s’était évanoui. Pendant quelques instants de confusion, Lisa ne sut que faire. Tout ce qu’elle avait appris dans la formation de la Croix-Rouge s’était envolé. S’agenouillant, elle souleva la tête du jeune homme, versa de l’eau sur sa serviette de table, lui tamponna le visage. Elle se souvient enfin qu’il fallait desserrer le col et ouvrir la chemise. Après s’être cassé un ongle dans sa tentative, elle considéra d’un air impuissant ce procédé inconnu. La chemise se dénoua soudain, se défit d’une secousse. Ce n’était qu’un plastron raide et blanc avec une cravate noir et un col de celluloïd. Lisa considéra l’objet avec étonnement ; elle pensait qu’on n’utilisait ce genre de plastron que dans les farces, à des fins comiques. Elle posa avec hésitation les mains sur le torse dénudé de l’homme pour sentir son cœur. Il avait la peau chaude et moite. Ses doigts réticents rencontrèrent une étrange compresse noire, sèche, friable, près de l’épaule gauche et lorsqu’elle la déplaça, une ligne rouge se mit à couleur sur la petite pointe, terriblement inconnue, du sein gauche, et disparut dans le queue-de-pie noir et froissé.

    Au théâtre ou au cinéma, Lisa avait connu d’innombrables situations bizarres qui s’étaient résolues selon les lois strictes et efficaces du drame, mais à présent, la panique l’envahissait. Elle écarta la tête du serveur de ses genoux, celle-ci heurta le parquet avec un bruit mat. Trébuchant sur l’ourlet de son négligé, elle se précipita vers l’alcôve, s’empara du téléphone de la table de nuit et demanda l’opérateur d’une voix rauque.

    -Posez ce téléphone, dit tout à coup l’homme à terre.

    On aurait cru un mort qui se mettait à parler. Lisa en eut le souffle coupé. « Posez ce téléphone », répéta-t-il. Lisa le dévisagea, téléphone à la main, le cœur battant de peur. Il s’était redressé en position assise mais vacillait de vertige. Pour Lisa, c’était comme un rêve où elle se trouverait sur scène pour jouer une pièce dont elle n’avait jamais entendu parler, pour interpréter un rôle dont elle ne connaissait pas la moindre ligne. Dans la seconde qui lui fut nécessaire pour regagner une parcelle de contenance, l’homme se précipita à travers la pièce et arracha la fiche murale du téléphone. Voilà qui lui redevenait familier (Les gens du fleuve, acte II, scène 3), et son esprit s’ouvrit, lui offrit une réplique.

    – Si vous faites un seul geste, je tire, dit-elle d’une pauvre petite voix.

  • NAPOLÉON ET LES FEMMES, Le coup de foudre pour Joséphine

    NAPOLÉON ET LES FEMMES, Le coup de foudre pour Joséphine

    NAPOLÉON ET LES FEMMES 
     
    Josephine
    Le coup de foudre pour Joséphine
     
    Si plus de 200 films relatent l’épopée napoléonienne, celui d’Abel Gance, sorti en avril 1927, émerge nettement du lot. Ce film est actuellement en cours de restauration à la Cinémathèque française, reconstitué dans son intégralité grâce à des séquences retrouvées. Les restaurateurs ont respecté les intertitres d’origine (que j’ai indiqués), mais se sont basés également sur les notes, très explicatives, d’Abel Gance.
    Voici donc celles concernant la première rencontre de Napoléon avec Joséphine de Beauharnais. Coup de foudre immédiat pour l’empereur. La scène se passe au bal du 6 octobre 1795, après que le jeune général ait maté l’insurrection des royalistes à Paris.
    Le général Vendémiaire
    Violine, la jeune cantinière amoureuse de Napoléon, cf. # Napoléon et les femmes (4), sourit en rangeant des vêtements. Tout à coup, elle pâlit et est obligé de s’asseoir. Heureusement que sa compagne ne s’émeut pas de regarder un brillant général, car c’est Bonaparte, éblouissant, qui tend son manteau.
    Bonaparte est méconnaissable et séduisant comme personne n’eût pu le penser. Habillé de neuf, chapeauté d’or, cravaté d’or, ceinturé d’or, avec des éperons qui brillent comme deux étoiles… il passe.
    Violine le suit des yeux, bouleversée. Quand il est passé, elle arrache, de l’énorme plumet du chapeau qu’il a déposé, une plume qu’elle glisse dans son sein.
    Bonaparte entre dans le bal où il fait sensation. La salle, immobile, silencieuse et curieuse, détaille ce jeune et fringant général de la République.
     La brusque notoriété de Bonaparte au lendemain de Vendémiaire s’éclipsait cependant devant la grâce de trois femmes célèbres du moment…
    Madame Tallien
     
    Madame Tallien
    L’huissier annonce son entrée dans le bal. 25 ans. Très belle, très dévêtue, presque licencieuse, ses cheveux d’un noir de velours sont courts et frisés tout autour de la tête ; cela s’appelle coiffure à la Titus. Elle est radieuse, exubérante de santé et de bonheur et reine de la vie facile. Vénus du Capitole, harmonie parfaite.
    Mouvement d’admiration dans la salle. Une cour se forme. L’ancien régime est toujours là dès qu’il s’agit du charme féminin. Bonaparte la regarde, impassible.
     
    Madame RecamierMadame Récamier
    L’huissier annonce son entrée. 17 ans. Beauté, grâce et simplicité d’une Vierge de Raphaël. Aucun bijou. Plus on la regarde, plus on la trouve belle.
    Nouvelle houle d’admiration.
    Une autre cour se forme, peut-être plus grande encore que celle qui, comme un essaim, bourdonne autour de Madame Tallien. Tous les vieux messieurs en sont.
    Bonaparte la regarde, impassible.
     
     Madame de Beauharnais
    L’huissier annonce son entrée. 30 ans. Cette femme met à vivre une grâce qui n’a qu’elle. Au corps, nulle entrave, nul corset, pas même une brassière. Ses mouvements ont une souplesse nonchalante, s’accentuant avec naturel en des poses négligées, qui donnent à sa personne une exotique langueur. Son teint mat, où transparaît l’éclat de l’ivoire, prend une douce animation sous les reflets veloutés de grands yeux bleu foncé, aux longs cils légèrement relevés. Les cheveux, d’une sorte de nuance fulgurante, s’échappent en spirales d’un réseau d’or, et leurs boucles folles viennent encore ajouter un charme indéfinissable à une physionomie dont la mobilité est excessive mais toujours attrayante.
    Sa toilette complète l’aspect vaporeux de toute sa personne ; sa robe est de mousseline de l’Inde, et son ampleur exagérée trace autour de son corps des sillons nuageux. Le corsage, drapé à gros plus sur la poitrine, est arrêté sur les épaules par deux têtes de lion émaillées de noir. Les manches courtes, froncées sur des bras nus fort beaux, ornés au poignet de deux petites agrafes d’or.
    A elles trois, ces femmes ont affolé Paris et vu tomber des personnages les plus illustres à leurs pieds, ces beaux pieds qu’elles portaient nus et seulement chaussés de cothurnes avec des émeraudes aux doigts.
    Troisième vague d’admiration pour Joséphine.
    Cette fois, Bonaparte tressaille.
    Groupe Joséphine. Compliments, admiration d’adorateurs nombreux. Barras, dissimulant mal sa liaison avec Joséphine, est un des plus ardents. Bonaparte se mêle au groupe. Il est près d’elle, fasciné.
    Joséphine s’arrête de rire pour regarder Bonaparte, prisonnier dans le groupe. Cela le gêne. Il rompt la chaîne de fleurs, avance brusquement ; aux cris des admirateurs de Joséphine, il se retourne, les toise, et quitte soudain le groupe. Offusquée Joséphine ne sait que faire, mais elle se décide à rire.
    Joséphine rejoint Madame Tallien et Madame Récamier.
    Elles suivent, très intéressées, Bonaparte, qui ne les voit pas et qui, entouré, encensé, ne sait comment s’évader des compliments.
    Joséphine dit, rêveuse et adorable : « Il est vraiment charmant ce petit Buonaparte ».
    Mesdames Tallien et Récamier se font un signe et s’éloignent…
    Rapide, Joséphine se place sur son chemin, sans en avoir l’air. Bonaparte arrive, la voit, montre son empressement. Elle le regarde curieusement. Il lève les yeux sur elle. Silence doré.
    Bonaparte plonge ses yeux dans ceux de Joséphine. Cela la trouble. Elle se protège derrière son éventail et déclare : « C’est ici, Monsieur Buonaparte, qu’on m’a appelée pour l’échafaud ! ».
    Sources :
    Abel Gance, Napoléon épopée cinématographique (Jacques Bertoin, 1991)
    Abel Gance (Roger Icart, 1983).
    Abel Gance et Napoléon, Cinématographe, revue n° 83 (nov. 1982)
     
    1280px-Le_divorce_de_lImperatrice_Josephine_15_decembre_1809_Henri-Frederic_Schopin15 décembre 1809 Divorce de Napoléon et Joséphine
  • NAPOLÉON ET LES FEMMES, Violine FleurI

    NAPOLÉON ET LES FEMMES, Violine FleurI

    NAPOLÉON ET LES FEMMES, VIOLINE FLEURI
     
    Violine fleuri
    Violine Fleuri, la jolie cantinière qui brûlait d’amour pour l’empereur
    Le « Napoléon », d’Abel Gance (1927), est un film grandiloquent d’une durée de… 5 heures 30 ! Il est actuellement restauré par la Cinémathèque française pour être diffusé à la rentrée 2021 dans une version remasterisée. Il évoque l’histoire de Tristan Fleuri, qui entre au service de Bonaparte, alors consul, et qui l’accompagnera jusqu’à la fin. Sa fille, Violine, âgée de 16 ans, éprouve pour Bonaparte un amour quasi religieux dès qu’elle l’aperçoit pour la première fois à Paris en 1792. Elle sera elle-même femme de chambre de Joséphine, puis aide-cantinière pour suivre Napoléon dans ses campagnes, avant de mourir pendant la terrible retraite de Russie de 1812. Juste avant, Violine aura eu le temps de révéler à l’empereur la passion brûlante qu’elle éprouvait pour lui.
    Fantaisie ou réalité ? Abel Gance a toujours affirmé respecter l’histoire de son grand héros pour lequel il vouait une vive admiration (on n’en a jamais douté). Pourtant aucun historien n’a corroboré l’existence de Violine, rôle tenu par Annabella (1907-1996), dont c’était le tout premier film. Un prétexte pour faciliter l’adhésion du public populaire à son œuvre ? Alors qu’il planchait sur le scénario, Abel Gance déclarait le 15 septembre 1923 (source Cinématographe n° 83, nov. 1982) : « Je me suis permis cependant de dresser dans l’ombre de l’empereur une histoire touchante et obscure pour donner encore plus de relief et d’éclat par contrastes à mon film, et lui éviter la froideur et la raideur continue des tableaux de David par exemple, mais cela, sans jamais changer une virgule de l’histoire. » 
    S. Moroy 
  • NAPOLÉON ET LES FEMMES,  Eléonore Denuelle de la Plaigne

    NAPOLÉON ET LES FEMMES, Eléonore Denuelle de la Plaigne

    Danielle Darieux -Eleonore Denuelle-
    NAPOLÉON ET LES FEMMES 
    Eléonore Denuelle de la Plaigne : celle qui lui prouva qu’il n’était pas stérile
    Dans sa fresque consacrée à Napoléon (1955, durée 3 heures) et qui bénéficie d’une distribution exceptionnelle, Sacha Guitry (encore lui) évoque l’aventure amoureuse de l’empereur avec Eléonore Denuelle de la Plaigne (interprétée par Danielle Darrieux). Éléonore Denuelle de La Plaigne  maîtresse de Napoléon  et mère de son premier enfant.
     
    Dame de service de Caroline Murat, épouse du maréchal de l’empire, dont elle deviendra la maîtresse… avant de s’intéresser de plus près à l’empereur.
     
    En décembre 1806, elle lui donnera un fils, Charles-Léon, lui prouvant ainsi qu’il n’était pas stérile mais plutôt l’impératrice Joséphine de Beauharnais (rôle campé par Michelle Morgan). Hélas pour Eléonore, son impérial amant ne veut plus la revoir – même s’il lui octroiera par la suite une rente confortable – lorsqu’elle viendra frapper aux portes du château de Fontainebleau.
    S. Moroy