Catégorie : 01 Expositions

  • L’enfer du bagne ou la guillotine sèche

    L’enfer du bagne ou la guillotine sèche

    Conférence c

    Dur, dur d’être bagnard…

    Pichegru, Dreyfus, Lagrange, Seznec, Papillon… Quel est le trait commun entre ces hommes ? Le bagne, bien sûr ! Dans le cadre de l’exposition sur le bagne de la Guyane ou « la guillotine sèche » (ainsi appelé par des députés de la IIIe République hostiles à la peine capitale) qui se tient actuellement à la bibliothèque de la Roseraie, Bernard Borghésio-Ruff a donné vendredi 6 novembre à 20h30 une conférence très intéressante sur les anciens bagnes équatoriaux français. Une leçon d’histoire qui a littéralement captivé l’assistance villevaudéenne.

    Pendant 2h30, le conférencier a tenu en haleine un auditoire de 35 personnes, ce qui attestait bien de l’intérêt de son sujet. Il faut dire que l’homme sait de quoi il parle : il a résidé en Guyane française pendant 24 ans, dont 8 ans consacrés à exercer des fonctions de conseilleur pédagogique en pays amérindien et 3 en tant que documentaliste. Passionné d’histoire, il a soigneusement consigné les récits d’anciens bagnards restés sur place et photographié les vestiges des camps encore existants. Parallèlement il a publié un livre sur la Guyane pour inviter les touristes à découvrir ce lointain département exotique situé sur la côte nord-est de l’Amérique du Sud, bordé au nord par l’océan Atlantique, au sud par le Brésil et à l’ouest par le Suriname.

    Conférence b Une ordonnance royale de septembre 1748 fixe les nouvelles peines et conditions de détention (les galères sont alors en passe d’être supprimées depuis l’essor de la marine à voile). Les bagnes, à l’époque, sont situés en métropole et la Guyane, territoire français d’outre-mer, ne reçoit alors que des déportés politiques, surtout après la Révolution française. La France tente bien une mise en valeur de la Guyane, mais ses différentes tentatives échouent en raison de la dureté du climat. Dans les années 1780, un timide développement économique s’amorce grâce à un contingent d’esclaves que la France fait venir d’Afrique, mais c’est à partir de 1795 que la Guyane devient un lieu fréquent de déportation pour les opposants politiques aux régimes qui se succèdent en France. L’esclavage est aboli en avril 1848 et Napoléon III décide par une loi promulguée le 30 mai 1854 d’établir une colonie pénitentiaire hors de France avec les bagnes de Saint-Laurent-du-Maroni, de l’île du Diable et de Cayenne. Cette même loi prend également soin de définir « le doublage »: c’’est-à-dire que le déporté sera astreint à résidence en Guyane à la fin de sa peine pour une durée égale à celle-ci si elle est comprise entre 5 et 8 ans ; à perpétuité si elle atteint ou dépasse 8 ans. Mais Cayenne, capitale de ce territoire, contrairement à ce que l’on a souvent cru, ne fut qu’un centre pénitentiaire mineur (environ 200 condamnés et les libérés devaient obtenir une autorisation spéciale pour y résider).

     

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  • Docteur Tati, mystère Hulot

    Docteur Tati, mystère Hulot

    Tati3 Jacques Tati, deux temps, trois mouvements, exposition organisée par la Cinémathèque française, sous la houlette de Macha Makeïeff et Stéphane Goudet, se déroule en ce moment, du 8 avril jusqu’au 2 août 2009. Une occasion inespérée de s’immiscer dans l’univers privé et professionnel du génial réalisateur. « Je veux que le film commence quand vous quittez la sortie » déclarait Tati à propos de la sortie de son film Playtime en 1967. Alors, si vous êtes tatiphile, vous n’avez aucune excuse pour rater l’entrée !

    Tati expo On a tellement écrit sur Tati (1907-1982) et son œuvre – courte mais exceptionnelle – qu’on a l’impression de bien le connaître. Un peu comme Chaplin en quelque sorte. Cependant il faut bien souvent s’immiscer dans leur univers pour bénéficier d’une cure de rafraîchissement bienfaisante. Tati, c’est en effet un monde joyeux et coloré (même si ses deux premiers longs métrages sont en noir et blanc). Un parfum tenace d’insouciance, mâtiné de gaieté puérile, conforte sa modernité intemporelle en même temps que sa patte inégalée. Mais n’allez pas croire que tout n’était que facilité chez Tati. Bien au contraire, l’homme était un perfectionniste invétéré (ce qui lui valut le surnom de « tatillon » sur le tournage de Playtime) et un véritable bourreau de travail. Le 3 octobre 2009 Tati aurait eu 102 ans et c’est une excellente initiative que de lui rendre hommage à la Cinémathèque française et d’ensoleiller, grâce à sa poésie, un début de printemps jusqu’alors plutôt morose. En cette belle journée du 17 avril, on ne fait pas la queue pour visiter l’expo. Le ticket d’entrée (10 €) vous donne aussi le droit de voir l’expo Méliès (au 7e étage) ainsi que le musée de la Cinémathèque française (au 2e). Au 5e étage, lieu de l’expo Tati, se dressent sur un manège rotatif le vélo du facteur de Jour de fête et un cheval bleu cobalt statufié. Face à lui la superbe affiche du même film signée Jean Jacquelin (lithographie 161 x 242 cm). Dans ce décor épuré unissant l’architecture d’après-guerre au design avant-gardiste (certains diront « kitsch ») des seventies le ton est donné, confirmé par une signalétique printanière où le vert et le jaune prédominent. C’est donc avec plaisir que l’on répond à l’invitation de cheminer dans ce parcours ludique et bucolique s’étendant sur une surface de 650 m², illustré de courtes projections thématiques et de scènes de films coupées. Penchons-nous sur l’arbre généalogique des Tatischeff, les lettres, dessins et carnets griffonnés du maître, témoins immuables de toute une vie dédiée à une passion et au travail pour concrétiser cette même passion : « Le rire que je préconise, c’est celui qui naît de l’observation des choses de la vie ».  Plus qu’un aveu, une thérapie par le rire proposée à ses semblables.

    Tati 1 Tativille
    Admirons les dessins qui sont autant de chefs-d’œuvre de Cabu, Sempé, Etaix, Steinberg, les photos de Cartier-Bresson et de Willy Ronis, la sculpture monumentale de tôle froissée de César (ami de Tati qui fit une brève apparition dans Les vacances de M. Hulot), les costumes, les affiches, les maquettes (dont celle de la villa Arpel de « Mon oncle »). Rêvons à un petit village bousculé par les préparatifs d’une fête foraine. Rions aux maladresses d’un Hulot dégingandé devant les facéties d’un objet affligeant de banalité. Découvrons la villa ultra moderne des Arpel (imaginée par Tati et le peintre Jacques Lagrange). Regarder, écouter, pour mieux « sentir » ce monde qui nous entoure et qui façonne ce que nous sommes. Il n’était pas permis de toucher les objets exposés. Pas plus que de les photographier. Dommage, dans ce contexte on eût aimé tâter du Tati : le verre intransigeant, l’acier froid mais poli, le formica implacable… Victimes consentantes d’un consumérisme glouton, héritiers du progrès bâillonnés par le confort, vacanciers empêtrés dans l’absurdité des conventions, conducteurs avides de ce « béton bétonnant » que fustigeait Armand Lanoux ; le monde de Tati symbolise un urbanisme déshumanisé et ordonné où erre infatigablement un Hulot imperturbable et perturbant. Même le silence chez Tati est un bruit à l’instar de ces « bibelots d’inanité sonore » si chers à Sartre. Des correspondances s’établissent entre les éléments qu’ils soient visuels ou sonores, les dimensions et les volumes prennent une forme irréelle, subitement mus par un désir irrépressible d’évasion, pour devenir volutes dans la fragile pipe en terre de Hulot. Tout ici n’est qu’ordre et futilité.

    Tati 2 Mister Hulot
    L’œuvre de Tati est décidément immortelle. Elle s’échappe encore. Elle interpelle toujours. Guidés puis délicieusement désorientés, on se sent finalement plutôt bien dans cette expo qui nous révèle les facettes infinies de la modernité (Trafic, Playtime) en passant par l’art forain des débuts (Jour de fête) et le monde du music-hall où le burlesque a débuté (Parade). Buster Keaton déclarait en 1959 : « Tati a commencé là où nous avons terminé ». L’œuvre de Tati évolue à contretemps, invariablement comique, profondément poétique. Avec leur aspect faussement désuet, ses films exhalent un art subtil et inachevé, en constant équilibre sur l’équivoque et l’improbable. En un sens la quête incessante de Monsieur Hulot, vagabond universel et pourtant anonyme des temps modernes, pourrait ressembler à celle du Don Quichotte de Cervantès… le blason et la folie laissés à la consigne SNCF. C’est un point de vue sur l’inaccessible car Hulot, personnage énigmatique, sommeille (veille) en nous : « Hulot, c’est un peu moi, mais c’est aussi un peu de vous tous. Chacun a sa demi-heure de hulotisme par jour ». François Gorin concluait par ces mots son édito pour le Hors-série Télérama sur Tati paru en mai 2002 : « Ami du paradoxe et meneur de parade, Jacques Tati, amuseur un peu maudit, un peu dandy, n’envisageait de paradis que perdus – perdus, mais… Sur ces points de suspension marche l’impossible M. Hulot ». Tout est dit.

    Serge MOROY

    Nota : Un catalogue de 310 pages retraçant les grandes lignes de cette expo est proposé au prix de 45 €. Il comprend les témoignages et contributions de Michel Gondry, Wes Anderson, David Lynch, Elia Suleiman, Otar Iosseliani, Olivier Assayas, Jean-Jacques Annaud, Jean-Claude Carrière, Pierre Etaix, Cédric Klapisch, Blanca Li, Sempé, Jean Nouvel, Dominique Perrault, Jean-Philippe Toussaint, Philippe Delerm.

    Jacques Tati, deux temps, trois mouvements – Exposition organisée par la Cinémathèque française en collaboration avec Les Films de Mon Oncle, avec le concours du Ministère de la culture et de la communication et du CNC. Du 8 avril au 2 août 2009 – Cinémathèque française – 51, rue de Bercy 75012 Paris (01 71 19 33 33) – www.taticinematheque.fr 

  • 100 ans de cinéma

    100 ans de cinéma

    100 bougies pour le cinéma d’animation

    Film animation Du 10 novembre au 19 décembre se déroule une exposition (entrée libre) consacrée aux 100 ans du cinéma d’animation dans le hall de l’hôtel de ville de Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis).

    Phénomène artistique mais aussi économique et technologique, le cinéma d’animation a connu la plupart des consécrations et les longs-métrages d’animation comptent désormais parmi les plus grands succès de l’industrie du cinéma. Ils révèlent les prouesses techniques les plus innovantes, et que ce soit de Walt Disney à Miyazaki, en passant par Frédéric Back, ils ont donné naissance à de véritables chefs-d’œuvre qui sont restés gravés dans nos mémoires.

    S’adressant aussi bien aux enfants qu’aux adultes, le cinéma d’animation a longtemps été considéré comme une récréation puérile, un sous-genre du cinéma en quelque sorte. Le centenaire du cinéma d’animation qui se déroule en ce moment à Tremblay-en-France revêt un aspect original et festif et entend rendre hommage au savoir-faire et au talent de ces cinéastes d’animation qui ont imaginé des univers fantastiques, peuplés de personnages célèbres ou inconnus dont on se souvient parfois encore. L’exposition s’attache particulièrement à présenter la technique la plus populaire qui soit, c’est-à-dire le dessin animé, ainsi que des documents originaux et rares réunis par Pierre Lambert, spécialiste du cinéma d’animation, auteur d’ouvrages sur ce thème et commissaire de l’exposition ‘’Il était une fois Walt Disney’’ présentée fin 2006 – début 2007 au Grand Palais, puis au musée des Beaux-arts de Montréal. L’expo vise bien entendu le public scolaire qui peut ainsi découvrir les différentes étapes de la fabrication d’un dessin animé, des premières esquisses (story-boards) à l’image définitive en couleur (cellulos et décors).

    Destinée aux spécialistes comme aux inconditionnels du genre, cette manifestation permet aussi d’approcher l’univers visuel du cinéma d’animation en respectant, par une représentation rigoureuse des documents, l’aspect artistique de cet art. Toutes les techniques de dessin y sont pratiquement représentées : des pastels de Norman Mc Laren aux encres de couleur utilisées pour ‘’La planète sauvage’’ (Roland Topor et René Laloux), sans oublier la gouache chère à Paul Grimault et les crayons de couleur utilisés par Frédéric Back pour son chef-d’œuvre ‘’L’homme qui plantait des arbres’’ (1987). Ce panorama initiatique passe par quelques grands réalisateurs qui ont marqué l’histoire du cinéma, d’Emile Cohl, créateur de ‘’Fantasmagorie’’ le 17 août 1908, à John Lasseter, producteur du dernier nouveau né du studio Pixar, ‘’Wall-E’’ ; sans oublier les nouvelles tendances du cinéma d’animation avec ‘’Valse avec Bachir’’ (Ari Folman) et ‘’A scanner Darkly’’ (Richard Linklater) films qu’il est d’ailleurs possible de visionner au cinéma Jacques Tati. C’est d’ailleurs dans ce cinéma que les tout petits peuvent assistent à la projection de courts-métrages chinois réalisés en lavis (Les trois moines, L’aigrette et l’huître ; Les têtards à la recherche de leur maman), ainsi que ‘’Princes et princesses’’ (1990) une animation de papiers découpés et animés en ombres chinoises et signée par Michel Ocelot.

    Aujourd’hui le dessin animé a considérablement évolué avec l’avènement de l’image de synthèse et les outils informatiques. Revers de cette évolution, la disparition de certains métiers, notamment le traçage et la mise en couleur sur cellulos (gouache sur rhodoïd). Malgré tout, on peut encore rêver.

    S. Moroy

    Expo : 100 ans de cinéma d’animation (exposition, spectacle, cinéma)

    Du 10 novembre au 19 décembre 2008

    Du lundi au vendredi de 8h30 à 12h et de 13h à 17h (samedi : 8h30 à 12h)