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  • La carte postale, Anne Berest

    La carte postale, Anne Berest

    Carte postaleLA CARTE POSTALE

    ANNE BEREST

    GRASSET

    Prix Renaudot des lycéens 2021

    C’était en janvier 2003.
    Dans notre boîte aux lettres, au milieu des traditionnelles cartes de vœux, se trouvait une carte postale étrange.
    Elle n’était pas signée, l’auteur avait voulu rester anonyme.
    L’Opéra Garnier d’un côté, et de l’autre, les prénoms des grands-parents de ma mère, de sa tante et son oncle, morts à Auschwitz en 1942.

    Vingt ans plus tard, j’ai décidé de savoir qui nous avait envoyé cette carte postale. J’ai mené l’enquête, avec l’aide de ma mère. En explorant toutes les hypothèses qui s’ouvraient à moi. Avec l’aide d’un détective privé, d’un criminologue, j’ai interrogé les habitants du village où ma famille a été arrêtée, j’ai remué ciel et terre.

    Et j’y suis arrivée.
    Cette enquête m’a menée cent ans en arrière. J’ai retracé le destin romanesque des Rabinovitch, leur fuite de Russie, leur voyage en Lettonie puis en Palestine. Et enfin, leur arrivée à Paris, avec la guerre et son désastre.
    J’ai essayé de comprendre comment ma grand-mère Myriam fut la seule qui échappa à la déportation.

    Et éclaircir les mystères qui entouraient ses deux mariages. J’ai dû m’imprégner de l’histoire de mes ancêtres, comme je l’avais fait avec ma sœur Claire pour mon livre précédent, Gabriële.
    Ce livre est à la fois une enquête, le roman de mes ancêtres, et une quête initiatique sur la signification du mot « Juif » dans une vie laïque.

    Anne Berest est l’auteur de romans : La Fille de son père (Seuil, 2010), Les Patriarches (Grasset, 2012), Sagan 1954 (Stock, 2014), Recherche femme parfaite (Grasset, 2016), Gabriële, coécrit avec sa sœur Claire (Stock, 2017), de pièces de théâtre : La Visite, Les filles de nos filles (Actes Sud, 2020).
    Elle a aussi écrit la série Mytho pour Arte, qui a reçu de nombreux prix, en France comme à l’étranger.

  • Seule en sa demeure, Cécile Coulon

    EULE EN SA SEMEURESEULE EN SA DEMEURE

    CECILE COULON

    ICONOCLASTE

    "Le domaine Marchère lui apparaîtrait comme un paysage après la brume. Jamais elle n'aurait vu un lieu pareil, jamais elle n'aurait pensé y vivre. " C'est un mariage arrangé comme il en existait tant au XIXe siècle. À dix-huit ans, Aimée se plie au charme froid d'un riche propriétaire du Jura. Mais très vite, elle se heurte à ses silences et découvre avec effroi que sa première épouse est morte peu de temps après les noces. Tout devient menaçant, les murs hantés, les cris d'oiseaux la nuit, l'emprise d'Henria la servante. Jusqu'au jour où apparaît Émeline. Le domaine se transforme alors en un théâtre de non-dits, de désirs et de secrets enchâssés, " car ici les âmes enterrent leurs fautes sous les feuilles et les branches, dans la terre et les ronces, et cela pour des siècles ".

    Originaire de Clermont-Ferrand, Cécile Coulon publie son premier livre à seize ans.
    Depuis, elle ne cesse de nous surprendre, de nous émerveiller. En quelques années, elle a publié sept romans dont Une bête au paradis, un grand succès de librairie, récompensé par le prix littéraire du Monde, et deux recueils de poèmes dont l'un a reçu le prix Apollinaire en 2018. Cécile Coulon est également éditrice à l'Iconopop, une collection de textes brefs et poétiques à l'Iconoclaste.

  • Hôtel Berlin 43, Vicki Baum

    Hôtel Berlin 43, Vicki Baum

    Vicki BaumHOTEL BERLIN 43
    VICKI BAUM
    METAILIE
    Écrit en pleine guerre, ce roman de Vicki Baum ressuscite dans sa version originale et sans censure pour la rentrée littéraire 2021.
    Parmi la production foisonnante de la rentrée littéraire 2021 (521 romans, dont 379 français et 142 étrangers) figure le roman de Vicki Baum, Hôtel Berlin 43, publié aux éditions Métailié. Il raconte avec un réalisme surprenant ce que personne en Allemagne n’avait osé imaginer en 1943.
    Il ne s’agit donc pas d’un livre contemporain puisqu’il est sorti pour la première fois en 1944 et qu’il a connu la censure et des coupures au fil de ses retirages successifs, notamment tous les passages érotiques et ceux où l’auteur critiquait l’Allemagne nazie.
    Il était donc justifié que ce livre ressorte enfin dans une traduction fidèle à l’œuvre originale.
    Née en Autriche en 1888, Vicki Baum a rédigé ce livre depuis son exil aux Etats-Unis où elle obtiendra la citoyenneté américaine en 1938. Elle avait en effet des origines juives et a été déchue de sa nationalité, tandis que ses livres étaient brûlés dans les autodafés du Troisième Reich.
    Dans Hôtel Berlin 43, elle essaye d’imaginer ce qui a pu se passer dans son pays qu’elle a dû quitter précipitamment en 1931.
    Après la guerre, Vicki Baum voyagera en Europe, mais ne retournera jamais en Allemagne ni en Autriche.
    Un microcosme du Troisième Reich
    Ce grand hôtel berlinois, qui a subi les bombardements des Alliés, est une sorte d’annexe semi-officielle du gouvernement hitlérien en même temps qu’une vitrine de la propagande nazie. On y organise des grandes réunions diplomatiques et l’on y scelle d’importants accords commerciaux entre pays. Les généraux allemands viennent y prendre un peu de repos aux bras d’actrices et de quelques prostituées mises à leur disposition.
    L’intrigue se déroule dans un huis-clos et sur une durée de vingt-quatre heures selon le sacro-saint principe du théâtre : unité de temps, de lieu et d’action. Son suspense repose sur le jeu du chat et de la souris, c’est-à-dire entre les agents de la Gestapo et Martin Richter, leader d’une révolte d’étudiants à Leipzig, qui a échappé à ses bourreaux la veille de son exécution.
    Cependant une rumeur circule selon laquelle il serait peut-être caché là où on l’attendrait le moins, c’est-à-dire dans cet hôtel surveillé par la Gestapo.
    Entre théâtre et cinéma
    L’ambiance du théâtre est donc prégnante.
    Il faut dire que Vicki Baum a eu la chance de voir plusieurs de ses livres adaptés au théâtre et au cinéma. Elle possède en effet un vrai sens du scénario, du rebondissement et du coup de théâtre avec des personnages qui se cachent, se déguisent et évoluent. A la lecture, on a l’impression que certaines scènes ont été pensées pour une future adaptation, avec des fondus enchaînés entre deux chapitres et de bons dosages de suspense, d’érotisme et d’humour dans un contexte historique éminemment dangereux. Peter Godfrey réalisera d’ailleurs en 1945 « Hôtel Berlin », un film produit par la Warner et dont l’intrigue s’inspire du roman.
    Mais au-delà de ce côté théâtral, on sent chez l’auteur un véritable effort pour sonder le ressenti de ses compatriotes. A cet effet, elle a créé toute une galerie de personnages animés par leurs propres histoires et drames.
    Chacun poursuit son être, disait Spinoza et, dans cet hôtel, chacun poursuit sa vie avec les moyens dont il dispose pour améliorer son ordinaire ou un semblant de paraître, tout en croyant toujours ou non en la victoire de l’Allemagne nazie : l’employé de réception, Kauders lieutenant en permission devenu fou, Von Dahnwitz le général vainqueur de Kharkov, fatigué et venu prendre du bon temps, Helm, commissaire rusé de la Gestapo, Tilli la prostituée, Lisa Dorn l’actrice préférée du Führer, etc.
    Des personnages certes un peu caricaturaux au début, mais qui gagnent en ambivalence au fur et à mesure que l’action va progresser.
    Sous prétexte de fiction, Vicki Baum imagine avec clairvoyance ce qui va arriver à l’Allemagne. Elle le fait sans concession et d’une manière assez visionnaire puisque le livre, rappelons-le, rédigé pendant l’été 1943, décrit par exemple une attaque aérienne sur des civils… qui n’existait pas encore à cette époque.
    Une préface en guise de conclusion
    Dans sa préface à l’édition de 1947 (la première aura lieu en 1944 en anglais), Vicki Baum déclarait :« J’ai peu de choses à ajouter aujourd’hui, sinon que je souhaiterais que les Allemands, tout comme leurs adversaires d’hier, établissent une différence claire entre responsabilité et faute. La faute de la guerre incombait, incombe aux dirigeants allemands qui ont précipité sans raison le monde entier dans ce malheur effrayant. Mais la responsabilité de l’issue dévastatrice de cette guerre incombe au peuple allemand qui n’eut ni le courage ni le désir de renverser ses dirigeants quand il en était encore temps. Mon livre ne prétend être rien d’autre qu’un petit miroir, sans doute un peu trouble, dans lequel se reflète le visage de l’Allemagne tel qu’on pouvait le voir deux ans avant la fin de la guerre. » Serge Moroy

    Extrait choisi (pages 56-57-58) :

    Le serveur venait de faire tomber une cuiller quand on frappa timidement à la porte. C’est le général pensa-t-elle (car même dans ses pensées, elle se sentait rarement assez intime pour l’appeler par son nom), et elle dit, une légère nuance de déception dans la voix : « Entrez ». Terminée, ma soirée tranquille, songea-t-elle. La porte s’ouvrit avec hésitation, deux hommes en uniforme se tenaient sur le seuil. Lisa se leva.

    –  Que la Fraulein veuille bien nous excuser. Nous sommes de la police, dit l’un d’eux.

    –  La police ? s’étonna Lisa. Que voulez-vous ?

    – Nous sommes désolés de déranger la Fraulein, dit le plus grand. Mais les ordres sont les ordres. Nous devons perquisitionner toutes les chambres.

    – Dans votre cas ce n’est qu’une formalité, bien sûr, Fraulein Dorn, ajouta l’autre.

    – Faites comme chez vous, messieurs, dit Lisa, assez amusée par l’embarras des policiers. Cela ne vous dérange pas que je prenne mon souper avant qu’il ne soit froid ? Vous voulez une cigarette ?

    – Merci, Fraulein, dit le plus grand.

    – Merci, Fraulein dit le plus petit.

    Ils se servirent avec avidité dans le petit coffret doré. « Excusez-nous », dirent-ils à l’unisson avant de déambuler dans la pièce. Lisa les observait tout en tendant sa tasse au serveur pour qu’il y verse un liquide marron appelé café. C’était comme au théâtre. Le plus grand approchait du lit de l’alcôve comme s’il risquait de lui exploser au visage à tout instant. Il maîtrisa difficilement son regard exorbité et son petit sourire en lorgnant sur la chemise de nuit de mousseline bleue. L’autre se perdait dans les profondeurs de la garde-robe, entre les nouvelles tenues, ne cessant de lui lancer de curieux regards obliques. Ils jetèrent un coup d’œil de pure forme  au balcon puis pénètrent dans la salle de bain. Le tout avait à peine duré deux minutes.

    – Excusez-nous, dirent-ils en réapparaissant. Le petit rassembla tout son courage : Je n’aurais jamais imaginé avoir l’honneur de faire personnellement la connaissance de Lisa Dorn. Ma femme sera bien étonnée quand je lui raconterai. Et ma petite fille… serait-ce trop vous demander de vous prier de me donner un autographe ? Ma fille en fait collection. Merci infiniment, Fraulein, vous êtes très gentille.

    – Je vous ai vue dans L’amour par le bout du nez, Fraulein Dorn, dit l’autre. Je ne vais pas beaucoup au cinéma mais ce film m’a vraiment plu.

    Il parcourait son négligé du regard. Lisa en eut soudain assez.

    – Bonne nuit, messieurs. J’espère que vous trouverez ce que vous cherchez.

    – Excusez-nous, firent-ils en chœur, se dirigeant vers la porte en trébuchant. Nous ne faisons que notre devoir : excusez le dérangement. Heil Hitler.

    Quand la porte se referma, Lisa fut frappée d’une pensée déplaisante. Elle se précipita dans la salle de bain. Son précieux savon Roger & Gallet était toujours là. Dieu merci. Mais le petit morceau de savon gris rationné avait disparu du lavabo. Tandis qu’elle hésitait entre colère et rire, un bruit mat provint de sa chambre. Elle ouvrit la porte. Le serveur s’était évanoui. Pendant quelques instants de confusion, Lisa ne sut que faire. Tout ce qu’elle avait appris dans la formation de la Croix-Rouge s’était envolé. S’agenouillant, elle souleva la tête du jeune homme, versa de l’eau sur sa serviette de table, lui tamponna le visage. Elle se souvient enfin qu’il fallait desserrer le col et ouvrir la chemise. Après s’être cassé un ongle dans sa tentative, elle considéra d’un air impuissant ce procédé inconnu. La chemise se dénoua soudain, se défit d’une secousse. Ce n’était qu’un plastron raide et blanc avec une cravate noir et un col de celluloïd. Lisa considéra l’objet avec étonnement ; elle pensait qu’on n’utilisait ce genre de plastron que dans les farces, à des fins comiques. Elle posa avec hésitation les mains sur le torse dénudé de l’homme pour sentir son cœur. Il avait la peau chaude et moite. Ses doigts réticents rencontrèrent une étrange compresse noire, sèche, friable, près de l’épaule gauche et lorsqu’elle la déplaça, une ligne rouge se mit à couleur sur la petite pointe, terriblement inconnue, du sein gauche, et disparut dans le queue-de-pie noir et froissé.

    Au théâtre ou au cinéma, Lisa avait connu d’innombrables situations bizarres qui s’étaient résolues selon les lois strictes et efficaces du drame, mais à présent, la panique l’envahissait. Elle écarta la tête du serveur de ses genoux, celle-ci heurta le parquet avec un bruit mat. Trébuchant sur l’ourlet de son négligé, elle se précipita vers l’alcôve, s’empara du téléphone de la table de nuit et demanda l’opérateur d’une voix rauque.

    -Posez ce téléphone, dit tout à coup l’homme à terre.

    On aurait cru un mort qui se mettait à parler. Lisa en eut le souffle coupé. « Posez ce téléphone », répéta-t-il. Lisa le dévisagea, téléphone à la main, le cœur battant de peur. Il s’était redressé en position assise mais vacillait de vertige. Pour Lisa, c’était comme un rêve où elle se trouverait sur scène pour jouer une pièce dont elle n’avait jamais entendu parler, pour interpréter un rôle dont elle ne connaissait pas la moindre ligne. Dans la seconde qui lui fut nécessaire pour regagner une parcelle de contenance, l’homme se précipita à travers la pièce et arracha la fiche murale du téléphone. Voilà qui lui redevenait familier (Les gens du fleuve, acte II, scène 3), et son esprit s’ouvrit, lui offrit une réplique.

    – Si vous faites un seul geste, je tire, dit-elle d’une pauvre petite voix.

  • En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut

    En attendant BojanglesEN ATTENDANT BOJANGLES

    OLIVIER BOURDEAUT

    FINITUDE

    Au cinéma le 5 janvier 2022

    Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone.
    Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n'y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.
    Celle qui mène le bal, c'est la mère, imprévisible et extravagante. Elle n'a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.
    Un jour, pourtant, elle va trop loin.
    Et père et fils feront tout pour éviter l'inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.
    L'amour fou n'a jamais si bien porté son nom.
     
    Olivier Bourdeaut est né en 1980. Il a longtemps hésité avant de se mettre à écrire, se sentant tout petit devant sa bibliothèque.
    Ce premier roman, En attendant Bojangles, qui a notamment obtenu le prix France Télévisions 2016, le Grand Prix RTL-Lire 2016 et le prix du Roman des étudiants France Culture- Télérama 2016 est disponible à la bibliothèque. 
  • NAPOLÉON ET LES FEMMES, Le coup de foudre pour Joséphine

    NAPOLÉON ET LES FEMMES, Le coup de foudre pour Joséphine

    NAPOLÉON ET LES FEMMES 
     
    Josephine
    Le coup de foudre pour Joséphine
     
    Si plus de 200 films relatent l’épopée napoléonienne, celui d’Abel Gance, sorti en avril 1927, émerge nettement du lot. Ce film est actuellement en cours de restauration à la Cinémathèque française, reconstitué dans son intégralité grâce à des séquences retrouvées. Les restaurateurs ont respecté les intertitres d’origine (que j’ai indiqués), mais se sont basés également sur les notes, très explicatives, d’Abel Gance.
    Voici donc celles concernant la première rencontre de Napoléon avec Joséphine de Beauharnais. Coup de foudre immédiat pour l’empereur. La scène se passe au bal du 6 octobre 1795, après que le jeune général ait maté l’insurrection des royalistes à Paris.
    Le général Vendémiaire
    Violine, la jeune cantinière amoureuse de Napoléon, cf. # Napoléon et les femmes (4), sourit en rangeant des vêtements. Tout à coup, elle pâlit et est obligé de s’asseoir. Heureusement que sa compagne ne s’émeut pas de regarder un brillant général, car c’est Bonaparte, éblouissant, qui tend son manteau.
    Bonaparte est méconnaissable et séduisant comme personne n’eût pu le penser. Habillé de neuf, chapeauté d’or, cravaté d’or, ceinturé d’or, avec des éperons qui brillent comme deux étoiles… il passe.
    Violine le suit des yeux, bouleversée. Quand il est passé, elle arrache, de l’énorme plumet du chapeau qu’il a déposé, une plume qu’elle glisse dans son sein.
    Bonaparte entre dans le bal où il fait sensation. La salle, immobile, silencieuse et curieuse, détaille ce jeune et fringant général de la République.
     La brusque notoriété de Bonaparte au lendemain de Vendémiaire s’éclipsait cependant devant la grâce de trois femmes célèbres du moment…
    Madame Tallien
     
    Madame Tallien
    L’huissier annonce son entrée dans le bal. 25 ans. Très belle, très dévêtue, presque licencieuse, ses cheveux d’un noir de velours sont courts et frisés tout autour de la tête ; cela s’appelle coiffure à la Titus. Elle est radieuse, exubérante de santé et de bonheur et reine de la vie facile. Vénus du Capitole, harmonie parfaite.
    Mouvement d’admiration dans la salle. Une cour se forme. L’ancien régime est toujours là dès qu’il s’agit du charme féminin. Bonaparte la regarde, impassible.
     
    Madame RecamierMadame Récamier
    L’huissier annonce son entrée. 17 ans. Beauté, grâce et simplicité d’une Vierge de Raphaël. Aucun bijou. Plus on la regarde, plus on la trouve belle.
    Nouvelle houle d’admiration.
    Une autre cour se forme, peut-être plus grande encore que celle qui, comme un essaim, bourdonne autour de Madame Tallien. Tous les vieux messieurs en sont.
    Bonaparte la regarde, impassible.
     
     Madame de Beauharnais
    L’huissier annonce son entrée. 30 ans. Cette femme met à vivre une grâce qui n’a qu’elle. Au corps, nulle entrave, nul corset, pas même une brassière. Ses mouvements ont une souplesse nonchalante, s’accentuant avec naturel en des poses négligées, qui donnent à sa personne une exotique langueur. Son teint mat, où transparaît l’éclat de l’ivoire, prend une douce animation sous les reflets veloutés de grands yeux bleu foncé, aux longs cils légèrement relevés. Les cheveux, d’une sorte de nuance fulgurante, s’échappent en spirales d’un réseau d’or, et leurs boucles folles viennent encore ajouter un charme indéfinissable à une physionomie dont la mobilité est excessive mais toujours attrayante.
    Sa toilette complète l’aspect vaporeux de toute sa personne ; sa robe est de mousseline de l’Inde, et son ampleur exagérée trace autour de son corps des sillons nuageux. Le corsage, drapé à gros plus sur la poitrine, est arrêté sur les épaules par deux têtes de lion émaillées de noir. Les manches courtes, froncées sur des bras nus fort beaux, ornés au poignet de deux petites agrafes d’or.
    A elles trois, ces femmes ont affolé Paris et vu tomber des personnages les plus illustres à leurs pieds, ces beaux pieds qu’elles portaient nus et seulement chaussés de cothurnes avec des émeraudes aux doigts.
    Troisième vague d’admiration pour Joséphine.
    Cette fois, Bonaparte tressaille.
    Groupe Joséphine. Compliments, admiration d’adorateurs nombreux. Barras, dissimulant mal sa liaison avec Joséphine, est un des plus ardents. Bonaparte se mêle au groupe. Il est près d’elle, fasciné.
    Joséphine s’arrête de rire pour regarder Bonaparte, prisonnier dans le groupe. Cela le gêne. Il rompt la chaîne de fleurs, avance brusquement ; aux cris des admirateurs de Joséphine, il se retourne, les toise, et quitte soudain le groupe. Offusquée Joséphine ne sait que faire, mais elle se décide à rire.
    Joséphine rejoint Madame Tallien et Madame Récamier.
    Elles suivent, très intéressées, Bonaparte, qui ne les voit pas et qui, entouré, encensé, ne sait comment s’évader des compliments.
    Joséphine dit, rêveuse et adorable : « Il est vraiment charmant ce petit Buonaparte ».
    Mesdames Tallien et Récamier se font un signe et s’éloignent…
    Rapide, Joséphine se place sur son chemin, sans en avoir l’air. Bonaparte arrive, la voit, montre son empressement. Elle le regarde curieusement. Il lève les yeux sur elle. Silence doré.
    Bonaparte plonge ses yeux dans ceux de Joséphine. Cela la trouble. Elle se protège derrière son éventail et déclare : « C’est ici, Monsieur Buonaparte, qu’on m’a appelée pour l’échafaud ! ».
    Sources :
    Abel Gance, Napoléon épopée cinématographique (Jacques Bertoin, 1991)
    Abel Gance (Roger Icart, 1983).
    Abel Gance et Napoléon, Cinématographe, revue n° 83 (nov. 1982)
     
    1280px-Le_divorce_de_lImperatrice_Josephine_15_decembre_1809_Henri-Frederic_Schopin15 décembre 1809 Divorce de Napoléon et Joséphine
  • NAPOLÉON ET LES FEMMES, Violine FleurI

    NAPOLÉON ET LES FEMMES, Violine FleurI

    NAPOLÉON ET LES FEMMES, VIOLINE FLEURI
     
    Violine fleuri
    Violine Fleuri, la jolie cantinière qui brûlait d’amour pour l’empereur
    Le « Napoléon », d’Abel Gance (1927), est un film grandiloquent d’une durée de… 5 heures 30 ! Il est actuellement restauré par la Cinémathèque française pour être diffusé à la rentrée 2021 dans une version remasterisée. Il évoque l’histoire de Tristan Fleuri, qui entre au service de Bonaparte, alors consul, et qui l’accompagnera jusqu’à la fin. Sa fille, Violine, âgée de 16 ans, éprouve pour Bonaparte un amour quasi religieux dès qu’elle l’aperçoit pour la première fois à Paris en 1792. Elle sera elle-même femme de chambre de Joséphine, puis aide-cantinière pour suivre Napoléon dans ses campagnes, avant de mourir pendant la terrible retraite de Russie de 1812. Juste avant, Violine aura eu le temps de révéler à l’empereur la passion brûlante qu’elle éprouvait pour lui.
    Fantaisie ou réalité ? Abel Gance a toujours affirmé respecter l’histoire de son grand héros pour lequel il vouait une vive admiration (on n’en a jamais douté). Pourtant aucun historien n’a corroboré l’existence de Violine, rôle tenu par Annabella (1907-1996), dont c’était le tout premier film. Un prétexte pour faciliter l’adhésion du public populaire à son œuvre ? Alors qu’il planchait sur le scénario, Abel Gance déclarait le 15 septembre 1923 (source Cinématographe n° 83, nov. 1982) : « Je me suis permis cependant de dresser dans l’ombre de l’empereur une histoire touchante et obscure pour donner encore plus de relief et d’éclat par contrastes à mon film, et lui éviter la froideur et la raideur continue des tableaux de David par exemple, mais cela, sans jamais changer une virgule de l’histoire. » 
    S. Moroy 
  • NAPOLÉON ET LES FEMMES,  Eléonore Denuelle de la Plaigne

    NAPOLÉON ET LES FEMMES, Eléonore Denuelle de la Plaigne

    Danielle Darieux -Eleonore Denuelle-
    NAPOLÉON ET LES FEMMES 
    Eléonore Denuelle de la Plaigne : celle qui lui prouva qu’il n’était pas stérile
    Dans sa fresque consacrée à Napoléon (1955, durée 3 heures) et qui bénéficie d’une distribution exceptionnelle, Sacha Guitry (encore lui) évoque l’aventure amoureuse de l’empereur avec Eléonore Denuelle de la Plaigne (interprétée par Danielle Darrieux). Éléonore Denuelle de La Plaigne  maîtresse de Napoléon  et mère de son premier enfant.
     
    Dame de service de Caroline Murat, épouse du maréchal de l’empire, dont elle deviendra la maîtresse… avant de s’intéresser de plus près à l’empereur.
     
    En décembre 1806, elle lui donnera un fils, Charles-Léon, lui prouvant ainsi qu’il n’était pas stérile mais plutôt l’impératrice Joséphine de Beauharnais (rôle campé par Michelle Morgan). Hélas pour Eléonore, son impérial amant ne veut plus la revoir – même s’il lui octroiera par la suite une rente confortable – lorsqu’elle viendra frapper aux portes du château de Fontainebleau.
    S. Moroy
  • NAPOLEON ET LES FEMMES « Marie Walewska » Clarence Brown

    NAPOLEON ET LES FEMMES « Marie Walewska » Clarence Brown

    Marie Walewska : sans doute le plus grand amour de Napoléon
     
    Maris Walewska
    « Marie Walewska » (Conquest) est un film américain de 1937 de Clarence Brown qui relate la passion entre Napoléon et Marie Walewska, comtesse polonaise. Le rôle de l’empereur est interprété par Charles Boyer et celui de Marie Walewska par la sublime Greta Garbo qui devient, une fois pour toute, la « Divine ». Une épithète amplement justifiée par sa beauté et son élégance, non démenti dans ses films suivants : « Le roman de Marguerite Gautier » et « Ninotchka ».
    « Je n’ai vu que vous, je n’ai admiré que vous, je ne désire que vous »
    Elle est blonde, a 20 ans et les yeux bleus. Napoléon fait sa rencontre en janvier 1807 alors que ses troupes occupent la Pologne, pays divisé en trois : Autriche, Prusse et Russie. Certains historiens invoquent le fait « qu’elle s’est sacrifiée pour sauver la Pologne » avec la création du Duché de Varsovie. Quoi qu’il en soit, ils sont très épris l’un de l’autre, même si elle semble réticente au début. Bien que mariée, elle devient sa maîtresse et l’empereur va s’organiser de façon à lui consacrer du temps.
    Elle lui donne un fils
    Waleska2 (2)Marie deviendra son « épouse polonaise » et leur amour donnera naissance en mai 1810 à un fils, Alexandre.
    Napoléon apprend sa naissance alors qu’il est en Belgique avec l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche, qu’il choisira pourtant pour devenir la seconde impératrice (choix stratégique et c'était aussi, à l'époque, la plus grande princesse d'Europe).
    Marie Walewska reçoit une dotation très confortable de l’empereur et s’installe pendant deux ans dans une maison à Boulogne-sur-Seine (au 7 rue de Montmorency, toujours visible) avec ses deux fils, dont le leur. Marie Walewska et son fils lui rendront même visite début septembre 1814 alors qu’il est en exil sur l’île d’Elbe.
    Elle mourra en 1817, à l'âge de 31 ans, pendant un accouchement.
    S. Moroy
  • NAPOLÉON ET LES FEMMES  Le destin fabuleux de Désirée Clary, film de Sacha Guitry (1942).

    NAPOLÉON ET LES FEMMES Le destin fabuleux de Désirée Clary, film de Sacha Guitry (1942).

    Le destin fabuleux de Désirée Clary, film de Sacha Guitry (1942).
     
    Desirée Clary (Guitry)
    La vie de Napoléon Bonaparte est une source d’inspiration intarissable dans laquelle romanciers et auteurs ont puisé allégrement. Sacha Guitry (1885-1957) a réalisé ce film en 1942 alors que la France était occupée. Il en a fait la mise en scène, mais aussi le scénario et les dialogues. Qui d’autre que lui, d’ailleurs, pouvait traiter un sujet historique de façon aussi romantique et raffinée, instructive et divertissante avec, toujours, ce brin d’humour piquant qui reste sa marque de fabrique tout au long de son œuvre (125 comédies et 35 films).
     
    Le destin de Désirée Clary est en effet fabuleux. Née à Marseille en 1777, elle mourut en 1860 à Stockholm en tant que reine de Suède. Entre-temps, elle aura été la première fiancée de Napoléon Bonaparte.

    En 1794, Bonaparte, alors jeune général de la République en garnison à Marseille, fait sa connaissance et en tombe amoureux.
    Désirée gaby morlay
    Ils se fiancent avant de partir en Vendée pour prendre, sous Hoche, le commandement de l’artillerie. Bonaparte promet à la jeune fille de l’épouser dès que la guerre le permettra. Finalement, il refuse d’aller mater la répression en Vendée et rejoint Paris où il erre dans l’attente d’une autre affectation.
    Il y rencontre Joséphine de Beauharnais, dont il tombe éperdument amoureux (elle, ambitieuse, y voit le moyen de reconquérir ses titres de noblesse) et l’épouse avant de partir pour la campagne d’Italie. Désirée Clary jure de se venger. Ce qu’elle fait en épousant Bernadotte, qu’elle connaissait à peine mais qu’elle a choisi parce que « il était homme à tenir tête à Napoléon ».
    Devenu empereur, Napoléon se méfie de Bernadotte, mais pour réparer ses torts envers Désirée, il le nomme maréchal d’empire. En 1810, Bernadotte propose sa candidature à la succession de Charles XIII de Suède. Espérant avoir un solide allié dans le nord de l'Europe, Napoléon donne son accord, et c’est ainsi que Désirée Clary devint princesse héritière de Suède. La période qui va suivre nous révélera le rôle de Bernadotte dans la chute de l’empereur et le film se termine en 1840, avec le rapatriement de ses cendres en France sur ordre de Louis-Philippe.
    Nota : C’est Sacha Guitry lui-même qui joue le rôle de Napoléon 1er et Jean-Louis Barrault celui du général Bonaparte. Gaby Morlay incarne Désirée Clary. Un remake américain sera tourné en 1954 (Désirée), avec Marlon Brando et Jean Simmons.
    S. Moroy
    ► Critique du journal L’illustration du 5 septembre 1942 :
    « Après une période de production assez terne, Le destin fabuleux de Désirée Clary ouvre brillamment la nouvelle saison
    cinématographique française. »
    Memorial sainte hélène► Réflexion de Napoléon sur les femmes et la polygamie (Juin 1816) :
    « Si l’homme fait une infidélité à sa femme, qu’il lui en fasse l’aveu, s’en repente, il n’en demeure plus de traces ; la femme se fâche, pardonne, ou se raccommode, et encore y gagne-t-elle parfois. Il ne saurait en être ainsi de l’infidélité de la femme : elle aurait beau l’avouer, s’en repentir ; qui garantit qu’il n’en demeurera rien ?
    Le mal est irréparable ; aussi ne doit-elle, ne peut-elle jamais en convenir. Il n’y a donc, mesdames, et vous devez l’avouer, que le manque de jugement, les idées communes et le défaut d’éducation qui puissent porter une femme à se croire en tout l’égale du mari : du reste, rien de déshonorant dans la différence ; chacun a ses propriétés et ses obligations : vos propriétés, mesdames, sont la beauté, les grâces, la séduction ; vos obligations, la dépendance et la soumission, etc. »
    Extrait du « Mémorial de Sainte-Hélène » du Comte de Las Cases (édition 1895) – Tome II, page 682 – dont je possède un exemplaire. S Moroy
     
  • Une fille de Napoléon, mémoires d’Emilie Pellapra, Princesse Bibesco

    Une fille de Napoléon, mémoires d’Emilie Pellapra, Princesse Bibesco

    Une fille de Napoleon 1921Il y a tout juste un siècle, les amoureux de l'épopée impériale voyaient paraître un ouvrage très documenté de la grande femme de lettres Marthe, Princesse Bibesco:

    UNE FILLE DE NAPOLEON,

    MEMOIRES D'EMILIE PELLAPRA, COMTESSE DE BRIGODE, PRINCESSE DE CHIMAY (187 pages),

    Editions de La Sirène (Paris, 1921).

    Avec cette étude, l'historienne mettait en lumière la grand-mère maternelle de son mari, le Prince Georges-Valentin Bibesco.

    Ce travail, alors très favorablement accueilli par le public, fut complété douze ans plus tard par la publication de la correspondance de cette fière Napoléonide:

    Lettres d-une fille de Napoleon 1933Lettres d'une fille de Napoléon (Fontainebleau et Windsor) 1853-1859 (249 pages), Editions Flammarion (Paris, 1933).

    Née à Lyon le 11 novembre 1806, officiellement fille de Françoise-Marie Leroy, elle-même fille d'un libraire de Lyon, et de son mari Leu-Henri Pellapra, un important financier devenu sous l'Empire Receveur Général des Finances à Caen, Emilie ne connaîtra ce père légal qu'à l'âge de quatre ans!

    Sa vie durant, elle laissa entendre que son véritable géniteur était l'Empereur Napoléon, lequel a entretenu, c'est un fait rapporté par les mémorialistes contemporains et les chroniqueurs, une liaison intermittente avec la belle Madame Pellapra.

    La première entrevue entre l'Empereur et la jeune femme de la haute société lyonnaise a eu lieu au mois d'avril 1805.

    Ils se sont revus souvent jusqu'en 1810.

    Pellapra-adultePortrait d'Emilie Pellapra, par Franz Xaver Winterhalter

    PellapraPhoto d'Emilie Pellapra à l'époque du second Empire

    La fille naturelle de Napoléon, très belle comme sa mère mais portant les traits caractéristiques des Bonaparte, rappelant idéalement ceux des sœurs de l'Aigle, a été comtesse par mariage en épousant en premières noces M. de Brigode, Pair de France et ancien Maire de Lille, puis, après veuvage, princesse, en épousant un représentant d'une des plus importantes maisons princières européennes, M. de Chimay.

    Eglise St-Sebastien Crypte Brigode

    Eglise St-Sebastien Stele Brigode

    Sépulture du premier mari d'Emilie Pellapra, dans l'église Saint-Sébastien à Villeneuve d'Ascq.

    Avec une descendance qui subsiste actuellement, Emilie Pellapra, Princesse de Chimay, est morte dans sa 65ème année, le 22 mai 1871, au château de Ménars, en Loir-et-Cher, splendide propriété de sa famille ayant appartenu auparavant à la grande Marquise de Pompadour puis au frère de cette dernière, le Marquis de Marigny.

    Princesse Marthe BibescoPhoto originale de la Princesse Marthe Bibesco (Collection J.-C. Orticoni)

    Marthe Lucie Lahovary, par mariage princesse Bibesco, également connue sous le pseudonyme de Lucile Decaux, est une femme de lettres française d'origine roumaine, née le 28 janvier 1886 à Bucarest et morte le 28 novembre 1973.

    Sources: Jean Christophe Orticoni que nous remercions pour l'intérêt qu'il porte à notre blog et à nos travaux.