Catégorie : 08 Bibliothèque de la Roseraie. Un titre, un auteur.

  • Jayne Mansfield 1967, Simon Liberati

    Jayne Mansfield 1967, Simon Liberati

    JaynemansfieldJAYNE MANSFIELD 1967

    SIMON LIBERATI

    GRASSET

    PRIX FEMINA 2011

    « Aux basses heures de la nuit, le 29 juin 1967 sur un tronçon de la route US 90 qui relie la ville de Biloxi à la Nouvelle Orléans, une Buick Electra 225 bleu métallisé, modèle 66, se trouva engagée dans une collision mortelle. »

    Ainsi commence le roman de Simon Liberati pour se dévider invariablement tel un écheveau tout le long de l’asphalte noir de cette route droite qui arrêta net le destin de Jayne Mansfield à l’âge de 34 ans. Sous forme d’enquête très fouillée, l’auteur revient sur les circonstances précises de cet accident mortel avec moult détails pendant une cinquantaine de pages (témoignages, expertises, rapports des autorités, coupures de presse) démolissant au passage certaines idées reçues (comme celle par exemple de la décapitation lors du choc contre l’arrière du camion)…

    Une investigation où tout est rigoureusement passé au crible avec une méthode frisant le morbide, au risque d’incommoder le lecteur. A juste titre. Il faudra attendre le chapitre 3 pour faire un bond en arrière de 250 jours avant l’accident fatal, selon un itinéraire chronologique habilement reconstitué, pour que le lecteur en sache un peu mieux sur la personnalité interlope de Jayne Mansfield. « Yes, the one and only »… telles furent ses toutes dernières paroles, lâchées lors d’une étape sur l’autoroute à une caissière d’un restaurant qui l’interpellait pour lui demander si elle était bien la vraie Jayne Mansfied…

    La beauté du Diable

    Entre ses amours turbulentes, son humour et goûts vulgaires, ses sautes d’humeur permanentes, sa frénésie pour le LSD et les tranquillisants, son amour immodéré pour les animaux et les peluches, son irrésistible besoin de séduire les hommes, son attirance pour le mystique (tendance satanique), la plantureuse et blonde peroxydée pin-up Jayne Mansfield fut avec son aînée Marylin Monroe l’un des plus célèbres sex-symboles des années 50. Malgré ses petits rôles de blonde idiote (environ 30 films à son actif), la pin-up s’avérait être une surdouée à la mémoire prodigieuse, capable de déclamer à brûle-pourpoint des poèmes entiers de Keats ou de Shelley, des vers de Shakespeare. Elle ne parlait pas moins de 5 langues, était pianiste classique et possédait un QI de 165. Une erreur d'itinéraire et un destin gâché à cause d’une machine à rêve fabriquée pour des mâles concupiscents qui lorgnaient sur sa croupe incendiaire et sa poitrine accorte. Le glamour aime parfois frayer avec le sordide.
    S. Moroy

    Disponible à la bibliothèque de la Roseraie

    Jayne Mansfield 1967 – Roman de Simon Liberati – Edition Bernard Grasset / Paris – 196 pages – ISBN : 978-2-246-77181-4.

    Simon Liberati est né en 1960 à Paris. Il est l’auteur aux éditions Flammarion de trois romans : Anthologie des apparitions (2004), nada exist (2007) et L’hyper Justine (2009, prix de Flore).

  • Les barreaux du Rossignol, Serge Santin

    Les barreaux du Rossignol, Serge Santin

    Barreaux du rossignolSerge Santin, venu de Noisy-le-Grand, écrit depuis qu’il est en retraite. Lors du Marché de Noël organisé par l'Atelier Créatif les 26 et 27 décembre, Il dédicaçait son 3e roman qui vient de paraître, « Les barreaux du rossignol », inspiré d’une histoire vraie ayant pour cadre une prison pour femmes.

    Le roman, sous-titré « histoires de femmes », relate la vie d’une jeune femme incarcérée et les confessions de ses compagnes de cellule.

    « Mes deux premiers romans couvraient la période 1942 à la Libération. Ils narraient une saga familiale et une histoire d’amour via les pérégrinations d’un immigré italien qui fondera une famille dans notre région.

    J’ai choisi cette fois un thème contemporain, toujours dans un contexte local pour que le lecteur ait des repères : celui d’une femme amoureuse qui se trouve compromise involontairement dans un trafic de drogue » a-t-il précisé, avant d’ajouter : « Cette passion de l’écriture m’est venue tard, mais depuis je suis mordu.

    Il y a un écrivain qui sommeille en chacun de nous, car nous avons tous une histoire de vie, souvent intéressante et originale, à raconter. Mais encore faut-il avoir envie d’écrire et ceci est une autre histoire ».

    Propos recueillis par Serge Moroy 

    Un coeur pur en enfer et Le passage du premier pont de Georges Santin sont disponibles à la bibliothèque

  • Acquisitions juin juillet 2011

    Acquisitions juin juillet 2011

    Naheulbeuk Jeunesse    

    Bandes dessinées:

    Le donjon de Naheulbeuk,

    Marion Poinsot, John Lang

    Tomes 1, 2, 3, 4, saisons 1 et 2

    La compagnie la moins douée de la Terre de Fangh poursuit le rêve de gagner enfin les pièces promises en échange d'une abominable statuette. Seulement, la voix-off l'avait prédit : " Les dangers ne se trouvent pas toujours à l'intérieur des donjons… " La traversée des territoires sauvages n'est pas une promenade de grand-père, à plus forte raison quand le groupe comporte une Elfe naturiste, un Nain sont les blagues ont le poids d'une enclume et une Magicienne fâchée avec les points cardinaux… Armez-vous d'un bon gourdin, de deux saucissons et d'une gourde de vinasse, et suivez-les à travers la deuxième saison de Naheulbeuk.

     

    SEULS ( BD jeunesse): Tomes 1, 2, 3, 4, 5. Gazzoti et Vehlmann

    Contes de Sages Jardiniers, Patrick Fishmann

    Voyage au Pays des Arbres, Le Clézio

    L’Arbre qui Chante, Bernard Clavel

    Maman merveille, Elsen Lescoat

    Il y a quelqu'un sous mon lit, Chris Riddel

    J'attends mamy, Séverine Vidal

    Adultes:

    Nos ancêtres les Gaulois et autres fadaises, François Reynaert

    Un long silence, Mikal Gilmore

    L’Etrange Voyage de Monsieur Daldry, Marc Levy

    L’Oiseau bariolé, Jerzy Kosinski

    Le Léopard, Jo Nesbo

    Les mois d'avril sont meurtriers, Robin Cook

    La blonde en béton, Michael Connelly

    Lumière morte, Michael Connelly

    Je ne suis pas un serial killer,  Dan Welles

    Le Roman des Morts secrètes de l’Histoire, Philippe Charlier (en réimpression)

  • Dans les griffes de la Hammer, Nicolas Stanzick

    Dans les griffes de la Hammer, Nicolas Stanzick

    Dane les griffes de la H DANS LES GRIFFES DE LA HAMMER

    NICOLAS STANZICK

    LE BORD DE L'EAU

    Un livre sur le studio anglais spécialisé dans le cinéma fantastique

    Christopher Lee, Bela Lugosi, Boris Karloff, Peter Cushing ont immortalisé au cinéma, art intemporel par excellence, les personnages mythiques de Dracula, Frankenstein et autres créatures sorties tout droit de l’enfer ou de la déraison humaine…  

     So british

    C'est en Angleterre, où le fantastique a toujours été un genre populaire, que les créatures et les monstres de la littérature du XIXe siècle vont renaître dans les années 1960, grâce à une firme cinématographique, la Hammer, qui en fera sa marque de fabrique. Spécialisée dans les films à petit budget, la société de production « Hammer Films » imaginera en 1957 de ressusciter les monstres et créatures de ce que l'on appelle le fantastique gothique, en y ajoutant sa patte avec la couleur et une violence plus réaliste. Et c'est le cinéaste Terence Fisher (1904-1980) qui sera l'artisan de ce renouveau. En 1957, son adaptation de Frankenstein, « The Curse of Frankenstein », suivie du  « Cauchemar de Dracula » l'année suivante, remportent un tel succès que l'on verra resurgir un peu partout dans le monde diverses imitations qui contribueront à relancer la mode du genre. Avec les productions de la Hammer, c'est tout un XIXe siècle romantique, magique, occultiste qui ressuscite avec les romans de Mary Shelley (Frankenstein) et de Bram Stocker (Dracula), mais aussi d'Arthur Conan Doyle et de Robert Louis Stevenson.

     Le plaisir d’avoir peur

    Si vous aimez le cinéma fantastique voire d’épouvante, voici la seconde édition enrichie et augmentée (la première en 2008 avait été rapidement épuisée) du livre magistral de Nicolas Stanzick. Plus qu’une date dans l’histoire du cinéma qui vit l’épouvante déployer ses ailes et assumer enfin sa vraie dimension, à la fois érotique et violente, le style engendré par la firme « Hammer Films » fut en France un des signes déclencheurs de la naissance d’une contre-culture cinématographique. La Hammer transporte sur grand écran l’histoire sombre et implacable du combat entre le bien et le mal, mais aussi celle d’une étonnante bataille d’Hernani auréolée de luttes esthétiques, de passions cinéphiles aux accents rémanents de révolution pop et de revendications politico-culturelles. Après une préface signée Jimmy Sangster (scénariste des classiques de la Hammer), Nicolas Stanzick relate ces évènements sous la forme d’un passionnant récit agrémenté d'entretiens avec des spécialistes, tels Michel Caen (spécialiste de Terence Fisher), Jean-Claude Romer (cinéphile et critique), Jacques Zimmer, Noël Simsolo, Bernard Charnacé (spécialiste de l’acteur Peter Cushing), Jean-Pierre Bouyxou, Gérard Lenne, Alain Schlokoff, Norbert Moutier, Christophe Lemaire, Jean-François Rauger (responsable de la programmation des films à la Cinémathèque française) et Francis Moury. Cet ouvrage apporte aussi et surtout du sang neuf à l’abondante littérature anglo-saxonne jusqu’alors existante sur le sujet. Délicieusement jubilatoire sous le frisson de l’effroi, voici le récit de la condamnation morale d’un genre en même temps que la naissance de la cinéphilie fantastique française, petite communauté joyeusement libertaire et assoiffée d’un cinéma du sang et de sexe, avec des égéries (blondes ou brunes) nommées Barbara Steele, Yvonne Romain, Caroline Munro, Barbara Shelley, Maggie Kimberly, Susan Denberg…

    Délectons-nous sans modération à la lecture de la chronique libérée de ces francs-tireurs d’un genre particulier qui ont consciencieusement forgé un style, hissant au pinacle une « mythologie Hammer » qui demeure toujours vivace plus de 50 ans après ; à l’instar de ce vampire mystérieux qui somnole au fond du tombeau encore inexploré de notre âme la plus noire. S. Moroy

    « Dans les griffes de la Hammer » – Nicolas Stanzick – Collection Ciné-Mythologies – Format : 15 x 23 – 486 pages – ISBN : 978-2-35687-068-1 – Dépôt légal : juin 2010 - Disponible à la bibliothèque.

    Né en 1978 à Poitiers, Nicolas Stanzick se passionne très tôt pour le cinéma fantastique, le rock et la contre-culture au sens large du terme. Après des études d'histoire à Paris I Panthéon-Sorbonne, il collabore comme auteur au Dictionnaire du Cinéma populaire français (Nouveau monde, 2004), puis comme journaliste au Nouvel Observateur via Télécinéobs, à L'Ecran Fantastique, Repérages et France Culture. Nominé au Grand Prix de l'Imaginaire en 2010, Dans les griffes de la Hammer est son premier ouvrage. Il poursuit parallèlement une carrière de musicien dans le groupe UItrazeen.

    Un lien intéressant signalé dans le commentaire de Serge

  • Archives secrètes du cinéma français (1945-1975)

    Archives secrètes du cinéma français (1945-1975)

    Archives secrètes du cinéma.. ARCHIVES SECRETES DU CINEMA FRANCAIS (1945-1975)

    PUF

    Cet ouvrage paru le 6 mai aux éditions PUF (Presses Universitaires de France) révèle la première étude sur les archives de la censure cinématographique en France pour la période 1945 à 1975, une période communément appelée « les trente glorieuses ».

    « Vous vous débrouillez mais ce film ne sort pas, c’est un ordre ! » (Dixit le Général de Gaulle à son ministre Alain Peyrefitte en 1965 à propos du film « La religieuse » de Jacques Rivette).
    1966 – Quatorze membres sur vingt-trois de la Commission de contrôle des films votent en faveur de la délivrance du visa d’exploitation du film. Yvon Bourges, alors secrétaire d’Etat à l’information, décide pourtant de son interdiction, ce qui créera un scandale et une énorme mobilisation dans les milieux culturels et politiques.
    1967 – Le film repasse en commission. Il est finalement autorisé à sortir.

    Voici donc la première histoire contemporaine de la censure cinématographique en France. Et il était temps de lever le voile sur cette institution de l’ombre. L’ouvrage de Laurent Garreau (philosophe et historien de formation, archiviste au service audiovisuel du Centre National de Documentation Pédagogique) résulte d’une thèse de doctorat. Le lecteur pourra y découvrir les mobiles et décisions justifiant les interdictions, coupures et classifications de films aussi célèbres que, entre autres, « Le petit monde de Don Camillo » (1952), « Belle de jour » (1967), « Le dernier tango à Paris » (1972). On pourra ainsi juger du bien-fondé des motivations des fonctionnaires en charge de la bonne garde de nos mœurs et de la cohésion de notre identité culturelle. Grâce à de nombreux exemples et témoignages, on découvrira combien la commission de contrôle des films reflète les évolutions de notre société depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à la fin des trente glorieuses, cette période véritablement bénie pour la France (boom social et prospérité économique sans précédent). Les sources utilisées proviennent de documents inédits que l’auteur a pu consulter auprès du CNC dans le cadre de son travail universitaire : archives des comités d’épuration, des autorités coloniales et de la commission de contrôle. Tout au long de ces trente années, ces documents révèlent les multiples facettes de la censure et la vigilante attention portée sur les films par une administration soucieuse de surveiller la production cinématographique nationale. Une administration sourcilleuse qui avait bien compris que le cinéma était devenu un art extrêmement populaire, détenteur d’une force extraordinaire de persuasion, jusqu’alors inégalée par les autres formes d’expression. Laurent Garreau analyse de façon détaillée la fonction politique en même temps que le rôle moral de la censure, laquelle aura bien évidemment des effets sur le contenu de la production cinématographique à venir. On comprendra enfin comment, par les effets des interdictions qu’elle décide et recommande, la censure incite les producteurs à proposer un cinéma de « pur divertissement ». Egalement  par quels biais des négociations entre censeurs et producteurs ont pu finalement s’établir pour façonner, progressivement, ce qui allait devenir sous la Ve République le cinéma français, européen et international que l’on connaît aujourd’hui.

    Ce livre, dont le récit est « juridiquement impeccable et culturellement passionnant » comme le souligne dans la préface Jacques Rigaud (administrateur de l'INA et de l'établissement public du Musée du Louvre), nous amène jusqu’au moment où le contrôle de la censure devient archaïque, voire totalement déplacé. Autres temps, autres mœurs. Sa lecture constituera un excellent complément au livre d’Edouard Sablier (La télé du général) paru en 2000 et à celui, dans un tout autre genre, d’Ignacio Ramonet (Propagandes silencieuses) paru fin 2002. « Qui ne sait que les loups doucereux de tous les loups sont les plus dangereux » déclarait Charles Perrault.             Serge MOROY

    Archives secrètes du cinéma français 1945-1975 – Laurent Garreau – 352 pages – Editeur : PUF / Collection : Perspectives Critiques – Parution : mai 2009 – ISBN : 2130574866 – Prix public relevé : 19,95 € (FNAC).

    Disponible à la bibliothèque de la Roseraie

  • Leni Riefenstahl, une ambition allemande, Steven Bach

    Leni Riefenstahl, une ambition allemande, Steven Bach

     

    Leni Riefenstahl  Leni Riefenstahl,

    une ambition allemande

    Biographie

    STEVEN BACH

    Editions Jacqueline Chambon

    Leni Riefenstahl (1902-2003) fait partie de ces artistes les plus controversés de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Elle créait des images avec l’ombre et la lumière, du mouvement, du courage physique et surtout une ambition sans bornes. Elle cherchait la beauté dans la nature, au sommet des montagnes, mais aussi dans les drapeaux des parades militaires, dans les compétitions sportives, dans la perfection morphologique et érotique des guerriers Massaï qu’elle photographiera beaucoup plus tard et, depuis le début, au plus profond d’elle-même. A 101 ans, Leni Riefenstahl mourut tranquillement chez elle dans son lit face à un portrait la représentant âgée de 30 ans dans son film ‘’La lumière bleue’’ (1). Elle n’avait aucun remords.

     

    ‘’Le Triomphe de la volonté’’ et ‘’Les Dieux du stade’’ restent les films phares de Leni Riefenstahl et figurent même parmi les deux plus grands documentaires jamais réalisés. Il n’est pas possible de les voir en Europe suite à une interdiction persistante car ces films sont des hymnes à la gloire d’Adolf Hitler, du IIIe Reich et de la nauséabonde idéologie nazie. Pourtant, toute sa vie, la cinéaste allemande prétendra ne s’être jamais intéressée qu’à l’art et à la beauté. Mensonge ou vérité ?

     

     

    Je veux devenir quelque chose de grand (1920)

    Après avoir débuté comme danseuse dans le Berlin des années 20, la jeune Leni fait une brève apparition dans ‘’Wege zu Kraft und Schönheit’’ (Chemins vers la force et la beauté – 1925), un long-métrage ‘’culturel’’ promouvant la culture physique et la gymnastique… dans le plus simple appareil. Elle rencontre le cinéaste Arnold Fanck (considéré alors comme le pionnier des films alpins) – qui devient son mentor et son amant – et obtient le premier rôle dans son film ‘’Der heilige Berg’’ (La montagne sacrée –1926). Comme en toutes choses qui la passionnent, Leni apprend vite et fait preuve d’un sens du cadrage et du montage impressionnant qu’elle confirme en 1932 avec son premier film ‘’Das blaue Licht’’ (La lumière bleue). Parmi ses admirateurs, un homme d’état en pleine ascension : Adolf Hitler. Leni réalise sur sa demande deux documentaires sur les congrès annuels de son parti à Nuremberg. Ce sera d’abord en 1933 ‘’Der Sieg des Glaubens’’ (La victoire de la foi) puis, l’année suivante, ‘’Triumph des Willens’’ (Le Triomphe de la volonté), grandiose hommage qui a le plus contribué à façonner le culte du Führer. ‘’Quiconque a vu le visage du Führer dans Le Triomphe de la volonté, ne peut l’oublier. Cette image le hantera jour et nuit et restera gravée dans son âme’’ dira Goebbels enthousiaste. Et la nouvelle égérie du IIIe Reich de surenchérir : ‘’Ce film ne contient aucune scène reconstituée. Tout y est vrai. C’est de l’histoire. Un pur film historique’’. Aujourd’hui encore, la vision que l’on a d’Hitler en orateur fascinant vient pour une bonne part de la façon dont la cinéaste l’a représenté dans ce film, même si c’est à Albert Speer que l’on doit la construction monumentale des décors et la mise en scène de l’iconographie nazie. Le philosophe allemand Walter Benjamin dira des Nazis qu’ils ‘’ont inventé l’esthétisation de la politique’’ et le journaliste américain William L. Shirer remarquera que ‘’ce qu’Hitler disait importait moins que la façon dont il le disait’’. Bénéficiant de l’estime du dictateur et surtout de son soutien financier, L. Riefenstahl réalise ensuite ‘’Olympia’’ (Les Dieux du stade), une ode pharaonique en deux parties (deux heures chacune) sur les jeux olympiques organisés à Berlin du 1er au 16 août 1936 dans laquelle elle exprime son esthétisme cinématographique grandiloquent car, comme elle le déclare volontiers ‘’Je n’aime pas faire les choses à moitié. Je déteste les moitiés’’. La première a lieu à Berlin le 20 avril 1938 pour coïncider avec le 49e anniversaire du Führer. Le succès en Allemagne est foudroyant. Son film remporte le premier prix (la coupe Mussolini) au festival de Venise de 1938, grâce à l’influence d’Adolf Hitler, au détriment de ‘’Quai des brumes’’ (Marcel Carné) et de ‘’Blanche-Neige et les sept nains’’ (Walt Disney). Alors Leni se met à rêver de Hollywood et se rend à New York fin octobre 1938 pour faire sa propre promotion. Mauvaise pub pour elle : dans la nuit du 9 au 10 novembre (cyniquement baptisée ‘’Nuit de cristal’’ par Goebbels), Hitler fait organiser par Reinhard Heydrich un vaste pogrom à travers l’Allemagne, prélude au génocide des Juifs. Les ligues américaines antinazies se mobilisent pour un boycott de celle qu’elles considèrent comme une ambassadrice d’Hitler. C’est réussi. Leni a fait le voyage pour rien : Hollywood ne veut pas d’elle.

     

     

    (suite…)

  • Ils ont filmé la guerre en couleur, René-Jean Bouyer, David Dufresne

    Ils_ont_film_la_guerre France 1939-1945

    Ils ont filmé la guerre en couleur

    Les trésors des archives,
    L'histoire de leur découverte, le choc de la couleur

    Editions Bayard


    Après le succès rencontré par la série des émissions TV, un livre de « mémoire » se devait de voir le jour. C’est chose faite grâce à David Dufresne, chroniqueur et journaliste à ‘’Libération’’, qui s’est associé à René-Jean Bouyer, le réalisateur de la série « Ils ont filmé la guerre en couleur », pour éditer cet ouvrage consacré à la période 1939-1945, c’est-à-dire des préludes de la guerre en France jusqu’à sa libération par les Alliés.

    Le livre offre une sélection des photogrammes les plus significatifs tirés des films argentiques 8 mm et 16 mm retrouvés parmi les descendants des protagonistes du conflit et les archives secrètes des pays belligérants. Le texte, même court, est important pour apporter un éclairage, un commentaire ou un complément d’information bienvenu (notamment sur les procédés de traitement du film couleurs selon les fabricants Agfa [pour l’Allemagne] ou Kodak [pour les Etats-Unis]).

    Au cours d’un entretien sur le Web, le réalisateur R-J Bouyer déclarait : ‘’On filme plus volontiers sa victoire que sa défaite. C’est une constatation qui se vérifie chez les Allemands, qui ont tourné beaucoup d’images de l’invasion et de l’occupation de la France mais très peu de leur propre déroute’’. 

    On appréciera au passage les efforts des chercheurs et leurs difficiles mais néanmoins indispensables travaux pour l’identification puis la conservation de ces petits bouts de films amateurs réalisés sans autre prétention que celle de témoigner.

    Et David Dufresne de préciser : ‘’Aujourd’hui, ces images nous étonnent encore. Elles ébranlent nos certitudes et brouillent nos repères. Tirées de l’oubli, elles bouleversent tout, nos chronologies, nos chromos, nos idées toutes faites : hier la vie était en noir et blanc, celle d’aujourd’hui s’exhibe en couleur’’. 

    C’est donc un « livre d’images » vraies qu’il faut posséder et ranger à côté de ses vieux livres d’histoire poussiéreux. Quand le cinéma d’amateur obtient enfin sa reconnaissance « d’utilité publique »… ( Serge Moroy)

  • Louis Feuillade, Maître du cinéma populaire, P. Gauthier et F. Lacassin

    Feuillade LOUIS FEUILLADE, Maître du cinéma populaire

    Patrice Gauthier et Francis Lacassin

    Collection Découvertes

    Editions Gallimard

      
    « Mon domaine est celui où rien n’est impossible, où l’on fait arriver tout ce qui vous passe par l’esprit »

    (Louis Feuillade)

     

    Quand Louis Feuillade (1873-1925) se lance en 1905 dans le cinéma, celui-ci n’est encore qu’un divertissement forain. Scénariste et réalisateur, directeur artistique de la puissante société Gaumont (la grande rivale de Pathé), il va contribuer à lui donner ses lettres de noblesse. Louis Feuillade, avec sa culture classique et son goût pour les fêtes populaires, est en effet le relais idéal entre le cinéma des forains et l’éclosion des salles de cinéma qui vont petit à petit essaimer à partir de 1910. Il prend la direction artistique de la cité Elgé en 1907, année ou Charles Pathé chamboule la distribution des films en remplaçant la vente des copies aux exploitants par la location. Parallèlement, les spectateurs sont devenus plus difficiles et les metteurs en scène plus ambitieux. Feuillade est sans conteste l’un des principaux artisans de cette révolution. Films historiques, comédies, drames, Feuillade s’essaie à tous les genres…. Et réussit. Surtout les serials : dès 1913, ses films policiers à épisodes (Fantomas, Les Vampires, Judex), qui ont pour héros d’ingénieux criminels ou d’obscurs justiciers issus de la littérature populaire du XIX et début XXe siècle, le propulsent au sommet de sa carrière. Unissant avec bonheur réalisme et poésie, Feuillade filme leurs poursuites sur les toits ou dans les égouts de Paris, suit la mystérieuse Irma Vep dans les couloirs d’un hôtel, installe Judex dans les souterrains d’un château en ruines. Ce réalisateur inspiré et prolifique atteint toujours son objectif : séduire le grand public. Il réalise ainsi 800 films entre 1905 et 1925 (date de sa mort) et devient le maître incontesté du cinéma populaire, celui dont Alain Resnais (entre autres) n’hésitera pas à dire : « Il est l’un de mes dieux ». Les auteurs, Patrice Gauthier et Francis Lacassin, ressuscitent cette période exceptionnelle qui favorise l’émergence d’une jeune industrie en même temps que la reconnaissance internationale d’un art nouveau. Grâce à une foule de documents, ils brossent le destin passionnant d’un homme qui s’inscrit dans la foulée des frères Lumière et de Méliès, en même temps qu’ils lèvent un coin du voile sur les coulisses de la Gaumont à ses débuts.

    Cet ouvrage, au format de poche, fait partie de la série « Découvertes » lancée avec succès par Gallimard. Tout le talent de Feuillade est mis en valeur par l’abondance de scénarios, manuscrits, photos de films et de plateaux de tournage. Avec l’évocation des acteurs fétiches du cinéaste (hommes et bêtes), ainsi que la reproduction des superbes affiches éditées par Gaumont à cette époque, ce sont en tout plus de 140 documents qui retracent l’œuvre et le portrait du maître. Parmi les témoignages (22 pages), je vous recommande les lettres de Léon Gaumont faisant part de ses réflexions et directives à Feuillade et qui nous renseignent sur les relations entre les deux hommes. Captivant.

    Une véritable petite réussite bibliographique qui réactualise merveilleusement le trop ancien ouvrage que lui avait déjà consacré Francis Lacassin (paru chez Seghers en janvier 1964). Feuillade méritait bien ce dépoussiérage. ( Serge Moroy)


    Louis Feuillade, Maître du cinéma populaire – Patrice Gauthier et Francis Lacassin – 128 pages – Dimensions : 12,5 x 17,5 cm – Illustrations noir et blanc et couleurs –
    Editions Gallimard – Collection Découvertes n° 486 – Dépôt légal : février 2006 – ISBN : 2-07-031926-1 – Prix : 13,10  €.

     

     

     

     

  • Louis Feuillade, Maître du cinéma populaire, P. Gauthier et F. Lacassin

    Feuillade LOUIS FEUILLADE, Maître du cinéma populaire

    Patrice Gauthier et Francis Lacassin

    Collection Découvertes

    Editions Gallimard

      
    « Mon domaine est celui où rien n’est impossible, où l’on fait arriver tout ce qui vous passe par l’esprit »

    (Louis Feuillade)

     

    Quand Louis Feuillade (1873-1925) se lance en 1905 dans le cinéma, celui-ci n’est encore qu’un divertissement forain. Scénariste et réalisateur, directeur artistique de la puissante société Gaumont (la grande rivale de Pathé), il va contribuer à lui donner ses lettres de noblesse. Louis Feuillade, avec sa culture classique et son goût pour les fêtes populaires, est en effet le relais idéal entre le cinéma des forains et l’éclosion des salles de cinéma qui vont petit à petit essaimer à partir de 1910. Il prend la direction artistique de la cité Elgé en 1907, année ou Charles Pathé chamboule la distribution des films en remplaçant la vente des copies aux exploitants par la location. Parallèlement, les spectateurs sont devenus plus difficiles et les metteurs en scène plus ambitieux. Feuillade est sans conteste l’un des principaux artisans de cette révolution. Films historiques, comédies, drames, Feuillade s’essaie à tous les genres…. Et réussit. Surtout les serials : dès 1913, ses films policiers à épisodes (Fantomas, Les Vampires, Judex), qui ont pour héros d’ingénieux criminels ou d’obscurs justiciers issus de la littérature populaire du XIX et début XXe siècle, le propulsent au sommet de sa carrière. Unissant avec bonheur réalisme et poésie, Feuillade filme leurs poursuites sur les toits ou dans les égouts de Paris, suit la mystérieuse Irma Vep dans les couloirs d’un hôtel, installe Judex dans les souterrains d’un château en ruines. Ce réalisateur inspiré et prolifique atteint toujours son objectif : séduire le grand public. Il réalise ainsi 800 films entre 1905 et 1925 (date de sa mort) et devient le maître incontesté du cinéma populaire, celui dont Alain Resnais (entre autres) n’hésitera pas à dire : « Il est l’un de mes dieux ». Les auteurs, Patrice Gauthier et Francis Lacassin, ressuscitent cette période exceptionnelle qui favorise l’émergence d’une jeune industrie en même temps que la reconnaissance internationale d’un art nouveau. Grâce à une foule de documents, ils brossent le destin passionnant d’un homme qui s’inscrit dans la foulée des frères Lumière et de Méliès, en même temps qu’ils lèvent un coin du voile sur les coulisses de la Gaumont à ses débuts.

    Cet ouvrage, au format de poche, fait partie de la série « Découvertes » lancée avec succès par Gallimard. Tout le talent de Feuillade est mis en valeur par l’abondance de scénarios, manuscrits, photos de films et de plateaux de tournage. Avec l’évocation des acteurs fétiches du cinéaste (hommes et bêtes), ainsi que la reproduction des superbes affiches éditées par Gaumont à cette époque, ce sont en tout plus de 140 documents qui retracent l’œuvre et le portrait du maître. Parmi les témoignages (22 pages), je vous recommande les lettres de Léon Gaumont faisant part de ses réflexions et directives à Feuillade et qui nous renseignent sur les relations entre les deux hommes. Captivant.

    Une véritable petite réussite bibliographique qui réactualise merveilleusement le trop ancien ouvrage que lui avait déjà consacré Francis Lacassin (paru chez Seghers en janvier 1964). Feuillade méritait bien ce dépoussiérage. ( Serge Moroy)


    Louis Feuillade, Maître du cinéma populaire – Patrice Gauthier et Francis Lacassin – 128 pages – Dimensions : 12,5 x 17,5 cm – Illustrations noir et blanc et couleurs –
    Editions Gallimard – Collection Découvertes n° 486 – Dépôt légal : février 2006 – ISBN : 2-07-031926-1 – Prix : 13,10  €.

     

     

     

     

  • Les chevaliers de la pellicule, Madeleine Aubert

    Chevaliers_pellicule LES CHEVALIERS DE LA PELLICULE

    MADELEINE AUBERT

    EDITIONS PAGES DU MONDE

     

    « Tout ce qui s’est fait en ce monde s’est fait au nom d’espérances exagérées »

    (Jules Verne)

     

    « Sur l’écran un grand film, sur scène l’auteur »… Un concept simple qui verra le jour le 4 février 1936 mais dont le développement sera contrarié par l’approche de la guerre. Dès lors, ce livre relate l’aventure extraordinaire de la plus grande organisation de conférences filmées du monde, « Connaissance du monde », qui a fêté en 2005 ses 60 ans d’existence.

    L’auteur est étudiant en lettres quand elle rencontre en 1967 son futur mari, Michel Aubert. Ce dernier est alors un explorateur fraîchement rentré de la forêt amazonienne où il a réalisé un reportage filmé sur les indiens Jivaros. Sa passion depuis l’enfance : le dessin et l’image. Sa passion à elle depuis l’enfance : l’écriture. Ces incorrigibles rêveurs chroniques vont alors former un couple d’écrivain et de cinéaste voyageurs. Ils sillonneront le globe, lui caméra au poing, elle, bloc-notes et stylo à la main.

    Forte de cette expérience, Madeleine Aubert a pris la plume pour s’attacher à retracer le plus fidèlement possible l’aventure extraordinaire de « Connaissance du monde », de ses précurseurs et de ses acteurs hors du commun, ces derniers que l’un d’entre eux, Alain Bombard, appela fort justement « les chevaliers de la pellicule ». Car certains sont des personnalités célèbres : Jean-Baptiste Charcot, Paul-Emile Victor, Norbert Casteret, Jean Rouch, Roger Frison-Roche, Maurice Herzog, René Desmaison, Haroun Tazieff, Maurice Kraft, Christian Zuber, Jean Raspail, Pierre Tairraz, Lionel Terray, Gaston Rebuffat. D’autres le sont moins : Maximilien Daubert, Guy Thomas, Gérard Givet, Hervé Haon, Freddy Boller, Patrick Bernard, etc. Mais tous sont animés par la même boulimie d’exploration et de connaissance. A la tribune de « Connaissance du monde », ils furent nombreux et comme échappés des pages d’un Hergé ou d’un Jules Verne, à parcourir ce monde pour témoigner et sensibiliser le public à sa cause, à son immensité, à sa beauté. Explorateurs au long cours avec leur caméra 16 mm en bandoulière, ils voient le monde derrière un viseur étroit mais le dévoilent exclusivement sur grand écran, en même temps qu’ils le commentent avec la voix pleine d’émotion dans une salle, hélas, pas toujours bondée.

    Et, quelque part dans une ville du fin fond de la France, grâce aux images lumineuses des Chevaliers de la pellicule, les yeux d’un gosse brilleront dans la pénombre de la salle que l’on aura hâtivement obscurcie pour la circonstance. Le petit spectateur rêvera d’escalader la muraille de Chine, se promener dans les jardins de l’Alhambra, toiser la pyramide de Kheops ou se fondre dans la Médina de Meknès. Et il n’oubliera pas d’enregistrer ses souvenirs sous la forme d’une étrange bande d’acétate perforée pour mieux les faire partager à ses contemporains.

    Les chevaliers de la pellicule – Madeleine Aubert  – 112 pages – Dimensions : 24 x 16 cm
    – 33 photos noir et blanc et 37 photos couleurs – Editions Pages du Monde – Dépôt légal : 2ème trimestre 2006 – ISBN : 2 915867 07-0 – Prix : 15  €.

    (Serge Moroy)