Catégorie : 08 Bibliothèque de la Roseraie. Un titre, un auteur.

  • Le Grand Monde, Pierre Lemaitre

    Le grand mondeLE GRAND MONDE

    PIERRE LEMAITRE

    CALMANN-LEVY

    La famille Pelletier

    Trois histoires d’amour, un lanceur d’alerte, une adolescente égarée, deux processions, Bouddha et Confucius, un journaliste ambitieux, une mort tragique, le chat Joseph, une épouse impossible, un sale trafic, une actrice incognito, une descente aux enfers, cet imbécile de Doueiri, un accent mystérieux, la postière de Lamberghem, grosse promotion sur le linge de maison, le retour du passé, un parfum d’exotisme, une passion soudaine et irrésistible.
    Et quelques meurtres.

    Les romans de Pierre Lemaitre ont été récompensés par de nombreux prix  littéraires nationaux et internationaux. Après sa remarquable fresque de l’entre-deux-guerres, il nous propose aujourd’hui une plongée mouvementée et jubilatoire dans les Trente Glorieuses.

    Né à Paris, Pierre Lemaitre a enseigné aux adultes, notamment les littératures française et américaine, l’analyse littéraire et la culture générale. Il est aujourd’hui écrivain et scénariste. 
    Ses romans ont été récompensés par de nombreux prix littéraires nationaux et internationaux.
    En 2013, le prix Goncourt lui est décerné pour Au revoir là-haut, premier volet de sa trilogie Les Enfants du désastre (Au revoir là-haut, Couleurs de l’incendie, Miroir
    de nos peines
    ). En 2018, il a reçu le César de la meilleure adaptation avec Albert Dupontel pour ce même roman.

  • Un clafoutis aux tomates cerises, Véronique de Bure

    Un clafoutis aux tomates cerises, Véronique de Bure

    Un clafoutis aux tomates cerisesUN CLAFOUTIS AUX TOMATES CERISES

    VERONIQUE DE BURE

    J'AI LU

    Jeanne, 90 ans, décide d'écrire son journal intime. Du premier jour du printemps au dernier jour de l'hiver, d'événements minuscules en réflexions désopilantes, elle consigne pendant toute une année ses humeurs, ses souvenirs, sa petite vie de Parisienne exilée dans l'Allier, dans sa maison posée au milieu des prés, des bois et des vaches. La liberté de vie et de ton est l'un des privilèges du très grand âge, aussi Jeanne fait-elle ce qu'elle veut : regarder pousser ses fleurs, boire du vin blanc avec ses amies, accueillir – pas trop souvent – ses petits-enfants, remplir son congélateur de petits choux au fromage, déplier un transat pour se perdre dans les étoiles en espérant les voir toujours à la saison prochaine…

    Véronique de Bure est l'auteur d'un premier roman très remarqué par la critique, Une confession (Stock, 2009), et de plusieurs récits dont Un retraité (Stock, 2011).

     Un clafoutis aux tomates cerises est édité en 2017 aux Éditions Flammarion

  • Les jours heureux, Adelaide de Clermont-Tonnerre

    Les jours heureuxLES JOURS HEUREUX

    ADELAIDE DE CLERMONT-TONNERRE

    GRASSET

    «  Edouard Vian et Laure Brankovic ont formé puis déformé pendant trente ans le couple le plus terrible et le plus célèbre du cinéma européen. Ils se sont mariés trois mois avant ma naissance. Ils ont divorcé quand j’avais un an. Se sont remariés quand j’en avais cinq et se sont à nouveau séparés pour mes quinze ans. Ils ont signé leur dernier divorce la veille de mes vingt-cinq ans. Entre temps ils ont fait une trentaine de film ensemble et un seul enfant  : moi. A eux deux ils ont créé une sorte de légende, lui à la réalisation, elle au scénario. Moi… c’est une autre histoire.  »
    Oscar, un jeune homme talentueux tente d’échapper à l’amour écrasant de ses parents, couple infernal et merveilleux qui ne sait vivre que dans l’urgence et la passion. Les tenir à distance est pour lui la meilleure manière de les aimer, jusqu’à ce matin de février où, dans le bureau glacial d’un hôpital, il apprend que sa mère est condamnée. Un secret qu’elle tient farouchement à garder. Naît alors en Oscar une idée absurde et obsédante  : inciter ses parents à se retrouver une dernière fois, avec l’espoir secret que sa mère en sera sauvée.
    La difficulté  ? Edouard Vian s’affiche depuis deux ans avec Natalya, une jeune franco-russe, influenceuse dans le milieu de la mode. Si, au départ, Oscar a le plus grand mal à supporter cette évaporée, Natalya va se révéler beaucoup plus complexe qu’il ne l’imaginait…
    Ainsi commence une ronde, entre Fitzgerald et Schnitzler, où ces héros fantasques et attachants jouent, se cachent, s’aiment, des marches de Cannes aux studios hollywoodiens, de Paris à New York et de la Grèce au Mexique, avant d’être percutés par les secousses de la grande histoire qui font peu à peu basculer le monde dans une ère nouvelle. A leur côté, dans les rues de Paris, sur un plateau de tournage, ou au sommet des Alpes, des amis, des amants, des femmes venues du passé.   Mais aussi des disparus, des êtres de cruauté, et bien des énigmes. Tout mot est réplique. Tout personnage porte un masque. Connaître est impossible sans se départir d’un secret. Et tous aiment la vie, imparfaite mais follement vécue.
    Un talent romanesque magnifique et tendre, qui voit Oscar grandir, se débattre, oser, écrire, dissimuler avant de comprendre enfin ce qui l’affranchira de ses démons.

    Autrice et journaliste française, ancienne élève de l’École normale supérieure, Adélïde de Clermont-Tonnerre a travaillé dans les banques d’affaires en France et au Mexique avant de prendre la direction du magazine Point de vue. Chroniqueuse, elle a participé à diverses émissions de télévision et de radio, notamment « Ça balance à Paris » présenté par Éric Naulleau ou « Le journal inattendu » sur RTL. Son premier ouvrage, Fourrure, a été récompensé par cinq prix littéraires, dont le prix Maison de la Presse et le prix Sagan, et a été finaliste du Prix Goncourt du premier roman. Le Dernier des nôtres, son deuxième roman, a notamment reçu le Grand Prix du roman de l’Académie française en 2016 et a été un immense succès en librairie.

  • Mohican, Éric Fottorino

    Mohican, Éric Fottorino

    MOHICANMOHICAN

    ERIC FOTTORINO

    GALLIMARD

    Brun va mourir. Il laissera bientôt ses terres à son fils Mo. Mais avant de disparaître, pour éviter la faillite et gommer son image de pollueur, il décide de couvrir ses champs de gigantesques éoliennes.

    Mo, lui, aime la lenteur des jours, la quiétude des herbages, les horizons préservés. Quand le chantier démarre, un déluge de ferraille et de béton s'abat sur sa ferme. Mo ne supporte pas cette invasion qui défigure les paysages et bouleverse les équilibres entre les hommes, les bêtes et la nature.

    Dans un Jura rude et majestueux se noue le destin d'une longue lignée de paysans. Aux illusions de la modernité, Mo oppose sa quête d'enracinement. Et l'espoir d'un avenir à visage humain. Avec Mohican, Éric Fottorino mobilise toute la puissance du roman pour brosser le tableau d'un monde qui ne veut pas mourir.

    Journaliste et romancier, Éric Fottorino est né en 1960. Il a notamment publié récemment aux Éditions Gallimard Chevrotine (collection blanche, 2014, Folio n° 6053), Trois jours avec Norman Jail (collection blanche, 2016, Folio n° 6389), Dix-sept ans (collection blanche, 2018, Folio n° 6735) et Marina A en janvier 2021.

  • S’adapter, Clara Dupond-Monod

    S’adapter, Clara Dupond-Monod

    S'adapterS'ADAPTER

    CLARA DUPONT-MONOD

    STOCK

    Prix Femina 2021, Prix Landerneau 2021
     
    C’est l’histoire d’un enfant aux yeux noirs qui flottent, et s’échappent dans le vague, un enfant toujours allongé, aux joues douces et rebondies, aux jambes translucides et veinées de bleu, au filet de voix haut, aux pieds recourbés et au palais creux, un bébé éternel, un enfant inadapté qui trace une frontière invisible entre sa famille et les autres.
    C’est l’histoire de sa place dans la maison cévenole où il naît, au milieu de la nature puissante et des montagnes protectrices ; de sa place dans la fratrie et dans les enfances bouleversées.
    Celle de l’aîné qui fusionne avec l’enfant, qui, joue contre joue, attentionné et presque siamois, s’y attache, s’y abandonne et s’y perd.
    Celle de la cadette, en qui s’implante le dégoût et la colère, le rejet de l’enfant qui aspire la joie de ses parents et l’énergie de l’aîné.
    Celle du petit dernier qui vit dans l’ombre des fantômes familiaux tout en portant la renaissance d’un présent hors de la mémoire.
    Comme dans un conte, les pierres de la cour témoignent. Comme dans les contes, la force vient des enfants, de l’amour fou de l’aîné qui protège, de la cadette révoltée qui rejettera le chagrin pour sauver la famille à la dérive. Du dernier qui saura réconcilier les histoires.
    La naissance d'un enfant handicapé racontée par sa fratrie.
    Un livre magnifique et lumineux.

    Autres romans de Clara Dupont-Monod: La Passion selon Juette (Grasset, 2007), Le roi disait que j’étais diable (Grasset, 2014) et chez Stock en 2018, La Révolte.

    Anna de NoaillesA propos du Prix FEMINA

    En 1904, avec d'autres femmes de lettres, Anna de Noailles (1876-1933) crée le prix « Vie Heureuse », issu de la revue La vie heureuse qui deviendra en 1922 le Prix FEMINA, récompensant la meilleure œuvre française écrite en prose ou en poésie. 

    Elle fut la première femme reçue à l'Académie royale de langue et de littérature française de Belgique au fauteuil 33, précédant Colette et Cocteau… et en 1931, la première femme commandeur de la Légion d'honneur.

  • Villevaudé, Histoire

    Villevaudé, Histoire

    Le rayon du fonds local est peu fréquenté… Pourtant, une grande partie de l'histoire de notre commune et de ses environs représente un intérêt non négligeable… la dernière revue Clio est arrivée… De la Batterie 308 de la grande guerre, au bicentenaire de Napoléon et de son chirurgien Percy qui vivait à Villevaudé, vous y découvrirez des documents inédits… 

    CLIO

     

    Clio1

    Clio2

    Clio3

  • La carte postale, Anne Berest

    La carte postale, Anne Berest

    Carte postaleLA CARTE POSTALE

    ANNE BEREST

    GRASSET

    Prix Renaudot des lycéens 2021

    C’était en janvier 2003.
    Dans notre boîte aux lettres, au milieu des traditionnelles cartes de vœux, se trouvait une carte postale étrange.
    Elle n’était pas signée, l’auteur avait voulu rester anonyme.
    L’Opéra Garnier d’un côté, et de l’autre, les prénoms des grands-parents de ma mère, de sa tante et son oncle, morts à Auschwitz en 1942.

    Vingt ans plus tard, j’ai décidé de savoir qui nous avait envoyé cette carte postale. J’ai mené l’enquête, avec l’aide de ma mère. En explorant toutes les hypothèses qui s’ouvraient à moi. Avec l’aide d’un détective privé, d’un criminologue, j’ai interrogé les habitants du village où ma famille a été arrêtée, j’ai remué ciel et terre.

    Et j’y suis arrivée.
    Cette enquête m’a menée cent ans en arrière. J’ai retracé le destin romanesque des Rabinovitch, leur fuite de Russie, leur voyage en Lettonie puis en Palestine. Et enfin, leur arrivée à Paris, avec la guerre et son désastre.
    J’ai essayé de comprendre comment ma grand-mère Myriam fut la seule qui échappa à la déportation.

    Et éclaircir les mystères qui entouraient ses deux mariages. J’ai dû m’imprégner de l’histoire de mes ancêtres, comme je l’avais fait avec ma sœur Claire pour mon livre précédent, Gabriële.
    Ce livre est à la fois une enquête, le roman de mes ancêtres, et une quête initiatique sur la signification du mot « Juif » dans une vie laïque.

    Anne Berest est l’auteur de romans : La Fille de son père (Seuil, 2010), Les Patriarches (Grasset, 2012), Sagan 1954 (Stock, 2014), Recherche femme parfaite (Grasset, 2016), Gabriële, coécrit avec sa sœur Claire (Stock, 2017), de pièces de théâtre : La Visite, Les filles de nos filles (Actes Sud, 2020).
    Elle a aussi écrit la série Mytho pour Arte, qui a reçu de nombreux prix, en France comme à l’étranger.

  • Seule en sa demeure, Cécile Coulon

    EULE EN SA SEMEURESEULE EN SA DEMEURE

    CECILE COULON

    ICONOCLASTE

    "Le domaine Marchère lui apparaîtrait comme un paysage après la brume. Jamais elle n'aurait vu un lieu pareil, jamais elle n'aurait pensé y vivre. " C'est un mariage arrangé comme il en existait tant au XIXe siècle. À dix-huit ans, Aimée se plie au charme froid d'un riche propriétaire du Jura. Mais très vite, elle se heurte à ses silences et découvre avec effroi que sa première épouse est morte peu de temps après les noces. Tout devient menaçant, les murs hantés, les cris d'oiseaux la nuit, l'emprise d'Henria la servante. Jusqu'au jour où apparaît Émeline. Le domaine se transforme alors en un théâtre de non-dits, de désirs et de secrets enchâssés, " car ici les âmes enterrent leurs fautes sous les feuilles et les branches, dans la terre et les ronces, et cela pour des siècles ".

    Originaire de Clermont-Ferrand, Cécile Coulon publie son premier livre à seize ans.
    Depuis, elle ne cesse de nous surprendre, de nous émerveiller. En quelques années, elle a publié sept romans dont Une bête au paradis, un grand succès de librairie, récompensé par le prix littéraire du Monde, et deux recueils de poèmes dont l'un a reçu le prix Apollinaire en 2018. Cécile Coulon est également éditrice à l'Iconopop, une collection de textes brefs et poétiques à l'Iconoclaste.

  • Hôtel Berlin 43, Vicki Baum

    Hôtel Berlin 43, Vicki Baum

    Vicki BaumHOTEL BERLIN 43
    VICKI BAUM
    METAILIE
    Écrit en pleine guerre, ce roman de Vicki Baum ressuscite dans sa version originale et sans censure pour la rentrée littéraire 2021.
    Parmi la production foisonnante de la rentrée littéraire 2021 (521 romans, dont 379 français et 142 étrangers) figure le roman de Vicki Baum, Hôtel Berlin 43, publié aux éditions Métailié. Il raconte avec un réalisme surprenant ce que personne en Allemagne n’avait osé imaginer en 1943.
    Il ne s’agit donc pas d’un livre contemporain puisqu’il est sorti pour la première fois en 1944 et qu’il a connu la censure et des coupures au fil de ses retirages successifs, notamment tous les passages érotiques et ceux où l’auteur critiquait l’Allemagne nazie.
    Il était donc justifié que ce livre ressorte enfin dans une traduction fidèle à l’œuvre originale.
    Née en Autriche en 1888, Vicki Baum a rédigé ce livre depuis son exil aux Etats-Unis où elle obtiendra la citoyenneté américaine en 1938. Elle avait en effet des origines juives et a été déchue de sa nationalité, tandis que ses livres étaient brûlés dans les autodafés du Troisième Reich.
    Dans Hôtel Berlin 43, elle essaye d’imaginer ce qui a pu se passer dans son pays qu’elle a dû quitter précipitamment en 1931.
    Après la guerre, Vicki Baum voyagera en Europe, mais ne retournera jamais en Allemagne ni en Autriche.
    Un microcosme du Troisième Reich
    Ce grand hôtel berlinois, qui a subi les bombardements des Alliés, est une sorte d’annexe semi-officielle du gouvernement hitlérien en même temps qu’une vitrine de la propagande nazie. On y organise des grandes réunions diplomatiques et l’on y scelle d’importants accords commerciaux entre pays. Les généraux allemands viennent y prendre un peu de repos aux bras d’actrices et de quelques prostituées mises à leur disposition.
    L’intrigue se déroule dans un huis-clos et sur une durée de vingt-quatre heures selon le sacro-saint principe du théâtre : unité de temps, de lieu et d’action. Son suspense repose sur le jeu du chat et de la souris, c’est-à-dire entre les agents de la Gestapo et Martin Richter, leader d’une révolte d’étudiants à Leipzig, qui a échappé à ses bourreaux la veille de son exécution.
    Cependant une rumeur circule selon laquelle il serait peut-être caché là où on l’attendrait le moins, c’est-à-dire dans cet hôtel surveillé par la Gestapo.
    Entre théâtre et cinéma
    L’ambiance du théâtre est donc prégnante.
    Il faut dire que Vicki Baum a eu la chance de voir plusieurs de ses livres adaptés au théâtre et au cinéma. Elle possède en effet un vrai sens du scénario, du rebondissement et du coup de théâtre avec des personnages qui se cachent, se déguisent et évoluent. A la lecture, on a l’impression que certaines scènes ont été pensées pour une future adaptation, avec des fondus enchaînés entre deux chapitres et de bons dosages de suspense, d’érotisme et d’humour dans un contexte historique éminemment dangereux. Peter Godfrey réalisera d’ailleurs en 1945 « Hôtel Berlin », un film produit par la Warner et dont l’intrigue s’inspire du roman.
    Mais au-delà de ce côté théâtral, on sent chez l’auteur un véritable effort pour sonder le ressenti de ses compatriotes. A cet effet, elle a créé toute une galerie de personnages animés par leurs propres histoires et drames.
    Chacun poursuit son être, disait Spinoza et, dans cet hôtel, chacun poursuit sa vie avec les moyens dont il dispose pour améliorer son ordinaire ou un semblant de paraître, tout en croyant toujours ou non en la victoire de l’Allemagne nazie : l’employé de réception, Kauders lieutenant en permission devenu fou, Von Dahnwitz le général vainqueur de Kharkov, fatigué et venu prendre du bon temps, Helm, commissaire rusé de la Gestapo, Tilli la prostituée, Lisa Dorn l’actrice préférée du Führer, etc.
    Des personnages certes un peu caricaturaux au début, mais qui gagnent en ambivalence au fur et à mesure que l’action va progresser.
    Sous prétexte de fiction, Vicki Baum imagine avec clairvoyance ce qui va arriver à l’Allemagne. Elle le fait sans concession et d’une manière assez visionnaire puisque le livre, rappelons-le, rédigé pendant l’été 1943, décrit par exemple une attaque aérienne sur des civils… qui n’existait pas encore à cette époque.
    Une préface en guise de conclusion
    Dans sa préface à l’édition de 1947 (la première aura lieu en 1944 en anglais), Vicki Baum déclarait :« J’ai peu de choses à ajouter aujourd’hui, sinon que je souhaiterais que les Allemands, tout comme leurs adversaires d’hier, établissent une différence claire entre responsabilité et faute. La faute de la guerre incombait, incombe aux dirigeants allemands qui ont précipité sans raison le monde entier dans ce malheur effrayant. Mais la responsabilité de l’issue dévastatrice de cette guerre incombe au peuple allemand qui n’eut ni le courage ni le désir de renverser ses dirigeants quand il en était encore temps. Mon livre ne prétend être rien d’autre qu’un petit miroir, sans doute un peu trouble, dans lequel se reflète le visage de l’Allemagne tel qu’on pouvait le voir deux ans avant la fin de la guerre. » Serge Moroy

    Extrait choisi (pages 56-57-58) :

    Le serveur venait de faire tomber une cuiller quand on frappa timidement à la porte. C’est le général pensa-t-elle (car même dans ses pensées, elle se sentait rarement assez intime pour l’appeler par son nom), et elle dit, une légère nuance de déception dans la voix : « Entrez ». Terminée, ma soirée tranquille, songea-t-elle. La porte s’ouvrit avec hésitation, deux hommes en uniforme se tenaient sur le seuil. Lisa se leva.

    –  Que la Fraulein veuille bien nous excuser. Nous sommes de la police, dit l’un d’eux.

    –  La police ? s’étonna Lisa. Que voulez-vous ?

    – Nous sommes désolés de déranger la Fraulein, dit le plus grand. Mais les ordres sont les ordres. Nous devons perquisitionner toutes les chambres.

    – Dans votre cas ce n’est qu’une formalité, bien sûr, Fraulein Dorn, ajouta l’autre.

    – Faites comme chez vous, messieurs, dit Lisa, assez amusée par l’embarras des policiers. Cela ne vous dérange pas que je prenne mon souper avant qu’il ne soit froid ? Vous voulez une cigarette ?

    – Merci, Fraulein, dit le plus grand.

    – Merci, Fraulein dit le plus petit.

    Ils se servirent avec avidité dans le petit coffret doré. « Excusez-nous », dirent-ils à l’unisson avant de déambuler dans la pièce. Lisa les observait tout en tendant sa tasse au serveur pour qu’il y verse un liquide marron appelé café. C’était comme au théâtre. Le plus grand approchait du lit de l’alcôve comme s’il risquait de lui exploser au visage à tout instant. Il maîtrisa difficilement son regard exorbité et son petit sourire en lorgnant sur la chemise de nuit de mousseline bleue. L’autre se perdait dans les profondeurs de la garde-robe, entre les nouvelles tenues, ne cessant de lui lancer de curieux regards obliques. Ils jetèrent un coup d’œil de pure forme  au balcon puis pénètrent dans la salle de bain. Le tout avait à peine duré deux minutes.

    – Excusez-nous, dirent-ils en réapparaissant. Le petit rassembla tout son courage : Je n’aurais jamais imaginé avoir l’honneur de faire personnellement la connaissance de Lisa Dorn. Ma femme sera bien étonnée quand je lui raconterai. Et ma petite fille… serait-ce trop vous demander de vous prier de me donner un autographe ? Ma fille en fait collection. Merci infiniment, Fraulein, vous êtes très gentille.

    – Je vous ai vue dans L’amour par le bout du nez, Fraulein Dorn, dit l’autre. Je ne vais pas beaucoup au cinéma mais ce film m’a vraiment plu.

    Il parcourait son négligé du regard. Lisa en eut soudain assez.

    – Bonne nuit, messieurs. J’espère que vous trouverez ce que vous cherchez.

    – Excusez-nous, firent-ils en chœur, se dirigeant vers la porte en trébuchant. Nous ne faisons que notre devoir : excusez le dérangement. Heil Hitler.

    Quand la porte se referma, Lisa fut frappée d’une pensée déplaisante. Elle se précipita dans la salle de bain. Son précieux savon Roger & Gallet était toujours là. Dieu merci. Mais le petit morceau de savon gris rationné avait disparu du lavabo. Tandis qu’elle hésitait entre colère et rire, un bruit mat provint de sa chambre. Elle ouvrit la porte. Le serveur s’était évanoui. Pendant quelques instants de confusion, Lisa ne sut que faire. Tout ce qu’elle avait appris dans la formation de la Croix-Rouge s’était envolé. S’agenouillant, elle souleva la tête du jeune homme, versa de l’eau sur sa serviette de table, lui tamponna le visage. Elle se souvient enfin qu’il fallait desserrer le col et ouvrir la chemise. Après s’être cassé un ongle dans sa tentative, elle considéra d’un air impuissant ce procédé inconnu. La chemise se dénoua soudain, se défit d’une secousse. Ce n’était qu’un plastron raide et blanc avec une cravate noir et un col de celluloïd. Lisa considéra l’objet avec étonnement ; elle pensait qu’on n’utilisait ce genre de plastron que dans les farces, à des fins comiques. Elle posa avec hésitation les mains sur le torse dénudé de l’homme pour sentir son cœur. Il avait la peau chaude et moite. Ses doigts réticents rencontrèrent une étrange compresse noire, sèche, friable, près de l’épaule gauche et lorsqu’elle la déplaça, une ligne rouge se mit à couleur sur la petite pointe, terriblement inconnue, du sein gauche, et disparut dans le queue-de-pie noir et froissé.

    Au théâtre ou au cinéma, Lisa avait connu d’innombrables situations bizarres qui s’étaient résolues selon les lois strictes et efficaces du drame, mais à présent, la panique l’envahissait. Elle écarta la tête du serveur de ses genoux, celle-ci heurta le parquet avec un bruit mat. Trébuchant sur l’ourlet de son négligé, elle se précipita vers l’alcôve, s’empara du téléphone de la table de nuit et demanda l’opérateur d’une voix rauque.

    -Posez ce téléphone, dit tout à coup l’homme à terre.

    On aurait cru un mort qui se mettait à parler. Lisa en eut le souffle coupé. « Posez ce téléphone », répéta-t-il. Lisa le dévisagea, téléphone à la main, le cœur battant de peur. Il s’était redressé en position assise mais vacillait de vertige. Pour Lisa, c’était comme un rêve où elle se trouverait sur scène pour jouer une pièce dont elle n’avait jamais entendu parler, pour interpréter un rôle dont elle ne connaissait pas la moindre ligne. Dans la seconde qui lui fut nécessaire pour regagner une parcelle de contenance, l’homme se précipita à travers la pièce et arracha la fiche murale du téléphone. Voilà qui lui redevenait familier (Les gens du fleuve, acte II, scène 3), et son esprit s’ouvrit, lui offrit une réplique.

    – Si vous faites un seul geste, je tire, dit-elle d’une pauvre petite voix.

  • Des diables des saints, Jean Baptiste Andrea

    Des diables des saints, Jean Baptiste Andrea

    IMG_4710DES DIABLES ET DES SAINTS

    JEAN BAPTISTE ANDREA

    ICONOCLASTE

    Qui prête attention à Joe ? Ses doigts agiles courent sur le clavier des pianos publics dans les gares. Il joue divinement Beethoven. Les voyageurs passent. Lui reste.
    Il attend quelqu'un, qui descendra d'un train, un jour peut-être.
    C'est une longue histoire. Elle a commencé il y a cinquante ans dans un orphelinat lugubre.
    On y croise des diables et des saints.
    Et une rose.

    Scénariste et réalisateur, Jean-Baptiste Andrea a rencontré un grand succès avec son premier roman Ma Reine, qui a reçu douze prix littéraires, dont le Femina des lycéens, puis avec son deuxième roman Cent millions d'années et un jour. Une fois de plus, il fait preuve ici d'un talent rare pour saisir avec subtilité l'enfance et la trace indélébile qu'elle laisse en nous.